Driss Benhima : « Une vision continentale »

Driss Benhima : « Une vision continentale »

À la tête de la compagnie depuis 2006, il a su imposer ses choix, composer avec l’État et redresser une entreprise en péril.

AMB : La RAM vient de réussir une opération de restructuration d’envergure. Peut-on dire qu’elle est « sauvée » ?

La compagnie regarde de nouveau vers l’avenir. Elle a trouvé les ressources internes pour mener des réformes. La restructuration nous a permis de réduire considérablement nos charges d’exploitation en agissant sur tous les plans : flotte, distribution, dessertes, masse salariale, etc. Avec un outil de production rationalisé, nous disposons aujourd’hui de coûts de revient compétitifs. Nous avons aussi rétabli la confiance dans notre capacité à anticiper les mutations du marché et nous nous engageons dans une politique de développement. Il s’agit de renforcer nos positions sur les créneaux traditionnels et d’étendre notre réseau à de nouvelles destinations, tout en ouvrant d’autres chantiers prioritaires en matière de qualité de service. Cela passe, entre autres, par l’amélioration des conditions d’exploitation des aéroports. Dans ce cadre, nous avons, en particulier, mis en place un programme qui vise à optimiser le transit de nos passagers sur les vols en provenance ou à destination de l’Afrique en leur offrant de nouveaux espaces de détente et de confort.

La RAM adopte une démarche cohérente avec la stratégie politique et économique de l’État, à savoir proposer davantage de vols pour l’Afrique, par exemple. En quoi est-ce rentable ?

Notre politique va au-delà des considérations commerciales et de rentabilité. Il n’en demeure pas moins que nos intérêts convergent parfaitement avec la politique poursuivie par l’État depuis des siècles. Ceux-ci recouvrent la volonté de croissance et d’ouverture des classes moyennes africaines, qui feront la croissance mondiale de demain, et dans laquelle le Maroc est profondément impliqué en tant qu’acteur économique pionnier. Cette volonté intervient dans le cadre d’un engagement du royaume à inscrire son développement à travers une vision continentale, la plus authentique qui soit au regard de notre histoire, une vision renouvelée et renforcée par Sa Majesté.

Aux dires des professionnels du tourisme, la compagnie ne soutient pas leurs investissements au Maroc. Ce secteur est-il perdant dans la restructuration ? Quelles sont les solutions envisageables ?

Je reste perplexe face à leur politique, qui consiste à recourir massivement aux low cost là où ils veulent bien aller et, en même temps, à protester contre l’absence de la RAM là où personne ne veut se rendre. Il faut favoriser le recentrage de notre réseau sur le pôle de Casablanca en lui dédiant un terminal à l’aéroport Mohammed-V, comme c’est le cas pour toutes les compagnies d’envergure continentale, qui disposent d’un hub au service d’une stratégie nationale intégrée. De plus, le tourisme a tout à gagner dans une restructuration réussie de la Royal Air Maroc. Nous avons lancé un vaste programme d’extension, qui porte surtout sur de nouvelles routes aériennes donnant accès à des marchés au potentiel important telles la Scandinavie (où nous avons déjà ouvert des liaisons directes avec Stockholm et Copenhague) et l’Europe de l’Est (République tchèque, Hongrie, Serbie, Ukraine et Russie, avec une ligne sur Kiev en plus de Moscou)…

Selon une rumeur, une compagnie du Golfe envisagerait d’investir dans la RAM. Qu’en est-il ?

Le contrat-programme signé avec l’État impliquait effectivement la recherche de partenariats stratégiques éventuels pour la compagnie comme perspectives de son développement. Encore une fois, cela ne pourra se faire que lorsque la Royal Air Maroc aura retrouvé une bonne santé et une croissance pérenne et sereine. À ce jour, aucune démarche dans ce sens n’a été concrètement engagée avec une compagnie internationale.

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