Serge Asso'o Directeur général de Cam Iron SA, Yaoundé, Cameroun

Serge Asso'o Directeur général de Cam Iron SA, Yaoundé, Cameroun

Il est 20 heures. Serge Asso’o, 45 ans, marié, directeur général de Cam Iron SA, est déjà là. Presque en avance. Il se prête de bonne grâce au jeu des photos. Portrait serré. Nous sommes dans le salon privé du restaurant Petrus, à l’ambiance faussement studieuse avec ses murs recouverts d’une bibliothèque en trompe-l’oeil. Une excellente table parisienne qu’il a tenu à choisir lui-même. « Je viens ici depuis longtemps, c’est délicieux, vous allez voir ! » déclare-t-il souriant et plus détendu après le départ de la photographe. Nous nous installons finalement en terrasse. Fin juin, la température à Paris se fait plus clémente. L’entrepreneur regarde la carte avec envie et conseille les grands classiques de la maison. Il commande un cochon de lait accompagné d’une purée maison. Et prévient déjà que je ne pourrai couper au fameux mille-feuille géant, « maison » toujours, à la vanille… À Yaoundé, il reçoit en costume-cravate à son bureau du quartier Hippodrome.

À Paris, à moitié en villégiature, à moitié au boulot, il sort le soir en jean et chemise décontractée. Ce qui n’empêche pas le jeune patron d’une des sociétés dont on parle le plus au Cameroun depuis quelques années de parler business avec plaisir. Il raconte son histoire. Un papa général, une maman qui élève les enfants à la maison. La famille a un pied-à-terre à Montpellier, et, tout naturellement, Serge part en internat à Béziers en troisième. Puis passe son bac à Tours, au lycée Descartes. Après la France, cap sur les États-Unis pour des études d’agrobusiness à l’université de Géorgie à Athens, du côté d’Atlanta, avant de rentrer au Cameroun pour un stage, en 1996. Finalement, il y reste, pour s’occuper de l’exploitation forestière familiale jusqu’en 2005. Avant de se brouiller avec son père et de décider de voler de ses propres ailes. Le déclic se fera très vite grâce à un ami compatriote qui travaille dans les mines en Afrique du Sud et l’entraîne dans le même secteur… au pays. Ils s’associent pour obtenir le permis d’exploitation du fer de Mbalam.

C’est la création de Cam Iron, une société de droit camerounais, avec 100 % de capitaux du cru. À Yaoundé, la presse s’emballe, et l’exploitation minière devient l’un des credo de la politique des « grandes réalisations » menée par le gouvernement. Un projet tellement intéressant que, dès 2006, Serge Asso’o et son associé se font racheter par le groupe australien Sundance Resources Ltd, qui prend 90 % de Cam Iron. Les deux fondateurs gardent 10 % du capital, qu’ils partagent aujourd’hui avec plusieurs petits actionnaires locaux. La société Cam Iron a dépensé 100 millions de dollars (76,3 millions d’euros), entre 2006 et 2013, pour la phase d’exploration de Mbalam. Un projet conjoint avec celui du Congo, pour le gisement de Nabeba, exploité par Congo Iron SA. Aujourd’hui, le groupe australien contrôle les deux sociétés. Côté camerounais, le potentiel est de 200 millions de tonnes de fer riche, pour 400 millions du côté congolais. Auxquelles il faut ajouter 5 milliards de tonnes de fer moyen réparties entre les deux pays.

« Il existe aujourd’hui un projet de construction de 590 kilomètres de chemin de fer depuis la mine de Nabeba, au Congo, via Mbalam et Kribi, au Cameroun. Nous avons obtenu en novembre 2012 la signature de la convention minière avec le Cameroun, et la même chose un mois plus tard au Congo », précise- t-il. Cam Iron a dix-huit mois pour atteindre le closing financier à partir de la signature. Comprenez : boucler le tour de table des partenaires et des banques. Ce qui devrait se faire sans trop de souci. « La Chine, l’un des plus gros consommateurs de fer au monde avec l’Inde, compte parmi les pays capables de financer le projet », confie Serge. Avant de faire une pause pour passer à la carte des desserts. Le DG de Cam Iron voyage beaucoup, surtout depuis que le comité de pilotage camerounais a mis en place une équipe de conseillers, minier en Afrique du Sud, juridique aux États-Unis et financier au Maroc, avec la BMCE. Et lorsqu’on le voit déguster son mille-feuille à la vanille, il n’a même pas besoin de préciser : « C’est quand même en France qu’on mange le mieux ! » Souvenirs d’enfance, sûrement. Une sorte de madeleine d’Asso’o. « Avec option sauce caramel, please ? »

Directeur général de Cam Iron SA, Yaoundé, Cameroun

Cam Iron SA appartient au groupe australien Sundance Resources Ltd dont l’objectif est la mise en exploitation des mines de fer du bassin Mbalam (Cameroun) et de Nabeba (Congo).

Le potentiel du site est de 200 millions de tonnes de fer riche côté Cameroun et de 400 millions de tonnes côté Congo. Et de 5 milliards de tonnes de fer moyen entre les deux pays.

Le marché mondial est dominé par quelques grands producteurs (Vale, Rio Tinto, BHP Billiton), qui augmentent leur capacité de production afin de limiter l’apparition de nouveaux concurrents et le développement de nouveaux sites.

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