Quand la musique circule en numérique

Les producteurs occidentaux, en quête de nouveaux talents à Bamako ou à Casa, n’en sont pas encore revenus : les artistes ne leur présentent plus un CD en guise de carte de visite, mais leurs chansons téléchargées sur un mobile ! Les règles ont changé, les mélomanes d’Alger à Joburg ont pour la plupart « sauté la case » CD et lecteur, propres aux années 1990, pour passer directement de l’ère du vinyle et de la cassette des années 1970 à celle du fichier numérique, du portable et de l’ordinateur d’aujourd’hui. On recensait, en 2012, 500 millions d’abonnés mobile, dont au moins 15 millions de propriétaires de smartphones.

L’Afrique est donc devenue un poids lourd dans ce domaine, et le téléphone constitue la principale porte d’accès à internet. La conjoncture économique a, elle aussi, changé : la croissance sur le continent tourne désormais autour de 5 ou 6 %. Et, à l’occasion du Mondial sud-africain de 2010, on a multiplié par 5 le transport de données et augmenté les débits dans de nombreux pays.

Il faut donc impérativement créer un modèle spécifique à l’Afrique. Les services de musique en continu (streaming) se sont attelés à cette tâche. Le français Deezer s’est installé sur l’ensemble du continent, depuis le début de l’année. En mars, la multinationale Universal annonçait la création d’une plateforme panafricaine baptisée The Kleek et qui inclura de la musique locale. Et les start-up, comme le nigérian iRoking, déboulent également sur le marché. Seuls problèmes : la gratuité de l’accès et les budgets réduits des annonceurs. Deezer a opté pour un abonnement mensuel variant entre 3 et 4 euros selon les pays.

Les services de distribution et de diffusion par téléchargement ne sont pas en reste. La société Yala Music, qui revendique un catalogue de 100 000 titres, est en train de s’imposer au Moyen-Orient et au Maghreb, car elle offre au public des téléchargements gratuits (puisque sponsorisés par Pepsi !). iTunes, la bibliothèque numérique du géant Apple, est de son côté accessible, depuis 2012, dans douze pays africains. Un potentiel qui ne saurait se réaliser pleinement que lorsque seront résolus les problèmes majeurs qui empoisonnent le show-business africain : le piratage endémique qui va tenter de s’attaquer aux fournisseurs de sons, la juste rémunération des artistes ou le respect du droit d’auteur.

Déjà Membre ?

Email : Mot de passe :