Émirats : Une singularité arabe

Émirats : Une singularité arabe

LES ÉMIRATS ARABES UNIS, UNE EXCEPTION ARABE ? ASSURÉMENT. Avec toutes les réserves que l’on peut émettre à l’égard d’une nation qui demeure en construction : la fédération des sept émirats ne date que de 1971. Pour qui vient du Maghreb, d’Afrique subsaharienne ou même d’Europe, il y a quelque chose de vertigineux à découvrir Dubaï, son dynamisme, sa modernité et sa démesure. Des projets en pagaille, un cosmopolitisme qui n’existe guère ailleurs et, surtout, un discours résolument optimiste et tourné vers l’avenir, au point parfois de confiner au volontarisme. On est loin de la morosité européenne née de la crise de 2008 ou des convulsions postrévolutionnaires du monde arabe…

Certes, on peut se gausser de cette frénésie de projets touristiques qui ne relèvent pas toujours du meilleur goût et dont la rentabilité à long terme reste à prouver. On peut aussi s’interroger sur la pérennité d’une cité-État où les « locaux » comme les désignent les expatriés avec parfois un zeste de condescendance, sont ultraminoritaires sur leur sol. Est-ce tenable ? Ne faudraitil pas que les autorités émiraties assouplissent leur législation en matière de naturalisations, ce que réclament de plus en plus fort, à Dubaï comme à Abou Dhabi ou à Sharjah, des Indiens, des Syriens et, bien sûr, des Palestiniens installés depuis trois ou quatre générations ? L’enjeu est évident : il s’agit de cohésion ; de définir ce que sera le « vivre ensemble » dans une ou deux décennies. En clair, l’identité nationale (qui concerne aussi les petites pétromonarchies voisines) est l’un des défis majeurs pour les Émirats arabes unis. Car, avec la question de l’identité, se pose celle de l’employabilité des Émiratis, notamment les jeunes. De manière régulière, les autorités fédérales annoncent des mesures destinées à augmenter le taux de nationaux dans le secteur privé. Mais elles n’ont pas réussi à gommer la dépendance à l’égard de la main-d’oeuvre étrangère. La question qui se pose pour les Émirats est donc simple : est-il sain de développer un pays grâce à autrui ? Et pour quel but ? Les Émirats ne gagneraient-ils pas à réduire la cadence, à mieux répartir leur développement dans le temps ?

UN VOISINAGE ENCOMBRANT Enfin, il est impossible d’ignorer la fragilité d’un tel édifice sur le plan géopolitique. Les Émirats arabes unis, l’un des pays le plus riche au monde, sont entourés de géants naturellement expansionnistes. Arabie saoudite, Iran, mais aussi Irak et Inde sont autant de partenaires encombrants avec lesquels la fédération doit sans cesse composer en s’appuyant sur son grand allié états-unien. À cela s’ajoute la perspective d’une intervention militaire occidentale contre l’Iran, qui n’est pas sans inquiéter le régime, déjà préoccupé par l’activisme islamiste dans la région. Finalement, on peut se demander si ce n’est pas de la dualité défi dynamisme que les Émirats arabes unis tirent leur substance.

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