Chine et Afrique : Entre ombre et lumière

Chine et Afrique : Entre ombre et lumière

La coopération ne va pas sans heurts. L’image du premier partenaire se dégrade, mais les affaires continuent de prospérer.

« La Chine n’est plus un camarade dont l’économie est sous-développée il est le deuxième acteur économique mondial, capable des mêmes formes d’exploitation que l’Occident. » En égratignant ainsi l’image de la Chine dans les colonnes du Financial Times le 11 mars, Lamido Sanusi jette un pavé dans la mare. Venant du gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, désigné meilleur gouverneur de banque centrale au monde (The Banker) et personnalité africaine de l’année 2011 (Forbes), voilà une sortie médiatique qui laisse songeur.

Cette vision dépassionnée de l’empire du Milieu est de plus en plus partagée à l’échelle du continent. Les manifestations d’hostilité devenues hebdomadaires en Zambie, au Sénégal, au Cameroun et en Algérie obligent la Chine à rectifier le tir et à normaliser sa présence en se rapprochant des partenaires occidentaux, ou en s’engageant davantage en matière de responsabilité sociale d’entreprise (RSE). En Algérie, l’octroi du marché de construction de la Grande Mosquée d’Alger à la China State Construction Engineering Corporation (CSCEC) a suscité la controverse. La CSCEC et l’ambassade de Chine ont donc choisi de faire monter en compétence 976 formateurs algériens pendant les quarantedeux mois du chantier. La Chine qui transfère son savoir-faire : une première ! Cet engagement en matière de RSE, pour relatif qu’il soit, est fermement soutenu par le MofCom (ministère du Commerce) à Pékin. Faut-il s’attendre à d’autres ajustements, conformément aux déclarations du nouveau chef de l’État, Xi Jinping, lors de sa première tournée africaine fin mars ?

Malgré tout, l’empire du Milieu ne cesse de renforcer ses relations commerciales avec l’Afrique. Le volume des échanges a ainsi été multiplié par 200 en dix ans, alors qu’il s’élevait à seulement 1 milliard de dollars en 1990. Les projections évoquent 400 milliards en 2015… Douze ans après la création du Forum sur la coopération sino-africaine (Focac), la Chine est devenue le premier bailleur du continent. Depuis qu’il est avéré qu’elle a davantage prêté à l’Afrique depuis 2001 que la Banque mondiale, ce que l’on pourrait appeler le Consensus de Pékin, caractérisé par des prêts sans conditionnalités, a de fait supplanté le Consensus de Washington, critiqué pour les impacts de ses ajustements structurels. Et l’annonce en août 2012 par l’ancien président Hu Jintao d’un doublement des crédits alloués pour les trois années à venir (20 milliards de dollars) risque encore d’accélérer cette tendance. Sur le plan culturel, le soft power chinois est assuré grâce au travail de 29 instituts Confucius, équivalent des Alliances françaises.

Le capitalisme chinois, toujours très lié à l’État, a créé d’importants opérateurs économiques en quête de marchés à l’étranger, dans les secteurs de l’énergie (Sinopec, Cnooc, CNPC), du BTP (Synohydro, CRCC) ou des télécommunications. Le géant Huawei et son ennemi juré, ZTE, sont présents dans 95 % des pays africains, ont mis en place plus de 40 réseaux de télécommunications mobiles 3G ainsi que des réseaux de communication gouvernementaux dans plus de 20 États. Contrairement à certaines idées reçues, Huawei et ZTE recruteraient environ 60 % de leur personnel localement. Toutefois, ces entreprises restent des outils à disposition des autorités chinoises dans le cadre des fameux package deals, inspirés de l’expérience angolaise où des entreprises chinoises se sont vu confi er la réalisation d’infrastructures en échange d’une garantie d’accès aux matières premières. En Angola, au Nigeria, au Soudan, au Gabon ou au Ghana, ce procédé a fait ses preuves. Et le Brésil comme l’Inde s’en inspirent…

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