Inde et Afrique : Une approche pas si différente (de la Chine)

Inde et Afrique : Une approche pas si différente (de la Chine)

Le cinquième consommateur d’énergie au monde se présente comme le principal concurrent de Pékin.

L’Inde est le deuxième acteur du continent parmi les émergents. Un substrat historique de résistance commune à l’imposition d’une doxa politico-économique occidentale (lutte contre les Britanniques, engagement de Nehru au sein des non-alignés) est mis en avant par le pouvoir. À ce titre, le pays refuse de payer pour les émissions de gaz à effet de serre des États du Nord, ce qui fondera une déclaration commune lors du sommet Inde-Afrique en 2008. Ce sont autant de sujets qui permettent à l’ancienne colonie de compter sur un soutien africain précieux dans la quête d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Cette implication multilatérale se traduit par le fait que l’Inde est le troisième contributeur au monde dans les missions de l’organisation.

La politique africaine de cet État semble encore se chercher, partagée entre le rejet et l’adoption du « modèle chinois ». D’un côté, les autorités de New Delhi ont exprimé leur volonté de prendre le contre-pied de la Chine en promouvant les transferts de technologie, en produisant sur place et en s’appuyant sur des entreprises locales. Un projet de coopération qualifi é de « Sud-Sud » et destiné à combler la fracture numérique sur le continent résume à lui seul l’ambition de ce partenaire. Intitulé Pan African e-Network (« réseau panafricain en ligne »), il consiste à proposer des services de télé-enseignement à 10 000 étudiants et à dispenser de la télémédecine dans certains hôpitaux. Une initiative qui contribue à mettre en relief la valeur ajoutée indienne en matière de NTIC.

Ce discours de rupture est quelque peu mis à mal dans la pratique. Consciente des limites d’une politique d’investissements privés qui ne permet pas de résister à la puissance publique chinoise, l’Inde a mis en place un fonds souverain dont l’objectif est de financer les acquisitions de l’entreprise pétrolière nationale ONGC (Oil and Natural Gas Corporation) à l’étranger (en Côte d’Ivoire, en Égypte, au Gabon, en Libye, au Nigeria, à São Tomé-et- Principe, au Soudan et au Soudan du Sud). De même, certaines entreprises soutenues par l’État indien profitent de l’aide publique pour prendre des parts de marché en Afrique. C’est le cas de Rites, filiale d’Indian Railways, l’entreprise publique des chemins de fer.

D’où l’augmentation de la ligne de crédit qui leur est ouverte et s’élèvera à 5,4 milliards de dollars d’ici à 2014. Tout comme la Chine, l’Inde fait de la satisfaction de ses besoins énergétiques une priorité. Mais contrairement à l’empire du Milieu, qui produit près de 4 millions de barils par jour, l’Inde, troisième importateur mondial d’or noir, produit peu de pétrole et dispose de moins de 0,5 % des réserves mondiales avérées. Déjà cinquième consommateur d’énergie de la planète, le pays est appelé à doubler sa consommation au cours de la prochaine décennie. En effet, la population indienne compte 50 % de moins de 25 ans et devrait dépasser celle de la Chine à l’horizon 2050. Les besoins énergétiques de l’Inde se manifestent également dans le domaine minier. L’entreprise Vedanta Resources a investi plus de 750 millions de dollars dans une mine de cuivre de Zambie, tandis qu’ArcelorMittal, premier producteur mondial d’acier, a consacré 1 milliard de dollars à une mine de fer au Liberia, projet qui a suscité moult controverses et fait l’objet de renégociations.

Les échanges indo-africains ne cessent de croître : 1 milliard de dollars en 1990, 9 milliards en 2004, 56 milliards en 2011, au point de dépasser les échanges franco-africains. Les investissements de l’ancienne colonie sur le continent étaient estimés à 30 milliards de dollars en 2010, et 70 % des lignes de crédit de l’Exim Bank indienne concernent des projets en Afrique. L’Inde peut compter sur des firmes multinationales dont l’envergure est supérieure à celle des entreprises chinoises, exception faite des sociétés nationales. Certaines, comme Tata, sont présentes depuis les années 1960 ; d’autres plus récentes ont massivement investi les télécoms (Bharti Airtel) et l’automobile, au Kenya, en Zambie ou en Afrique du Sud.

D’importants conglomérats industriels tels Mandhira ou ArcelorMittal, Mahindra & Mahindra, ou Iffco sont devenus des acteurs économiques majeurs, sans oublier les entreprises indiennes intéressées par l’acquisition de terres agricoles. En 2009, l’entreprise Karuturi Global a loué plus de 100 000 hectares en Éthiopie pour y cultiver le maïs et l’huile de palme. Les entrepreneurs récemment arrivés sur le continent peuvent s’appuyer sur des réseaux de commerçants indiens déjà constitués depuis plus d’un siècle, singulièrement en Afrique australe (Afrique du Sud, Madagascar, Tanzanie, Kenya), et sur un réseau diplomatique très dense. Le pays fut le premier d’Asie à établir une représentation diplomatique à Juba, en 2007, soit un an avant la Chine. Au même moment, la société d’État OVL investit 3 milliards de dollars dans l’exploration et la production pétrolière sur des blocs du Soudan du Sud. Une stratégie d’implantation qui n’a rien à envier à celle de Pékin.

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