Brésil et Afrique : Au nom de l’identité. Et des intérêts…

Brésil et Afrique : Au nom de l’identité. Et des intérêts…

Commerce doit rimer, officiellement, avec exemplarité.

Dans la continuité du président Fernando Henrique Cardoso, son successeur, Lula da Silva, aura fait du Brésil un acteur incontournable du continent. Avec 12 tournées dans 29 États, 20 nouvelles représentations diplomatiques depuis 2000 (38 au total), un ministère des Affaires africaines, un volume de relations commerciales qui a quintuplé entre 2000 et 2011 : l’Afrique est bel et bien une priorité.

Avec 26,5 milliards de dollars d’échanges commerciaux, le Brésil s’impose comme le quatrième partenaire émergent de l’Afrique, derrière la Chine, l’Inde et la Corée du Sud. Surtout, il enregistre la deuxième plus importante croissance de ses transactions avec le continent, derrière la Chine. À l’instar des autres partenaires de l’Afrique, le Brésil s’approvisionne surtout en ressources naturelles, celles-ci comptant pour 89 % de ses importations. Toutefois, contrairement à l’Inde, à la Chine et à la Corée du Sud, il n’a besoin ni de minerais, ni de pétrole, il en exporte même. Pour des géants comme Vale et Petrobras, l’Afrique se présente davantage comme un théâtre d’investissements, dans une logique plus entrepreneuriale que nationale, même si le continent pourrait perdre de son intérêt depuis les découvertes pétrolières dans les eaux brésiliennes en 2008. Ainsi, Petrobas envisage dans son plan 2012-2015 de concentrer 95 % de ses investissements sur le territoire national. Le raisonnement est le même dans le secteur de la construction, deuxième poste où se concentrent les IDE brésiliens, après l’énergie. Les multinationales Odebrecht et Andrade Gutierrez cherchent en Afrique de nouveaux marchés, et les principales destinations sont lusophones, Mozambique et Angola en tête. Enfin, le continent représente surtout un nouvel espace de consommation, ce qui explique que 42 % des exportations brésiliennes soient des produits manufacturés. Une tendance qui va toutefois à rebours de l’évolution économique, en proie à une inquiétante désindustrialisation.

Lula avait en 2012 marqué les esprits en précisant que le pays « tire sa force actuelle du fait que, pendant plus de trois siècles d’esclavage, il a pu compter sur le sang et la sueur de millions d’Africains ». Au nom de cette « dette de solidarité », le Brésil se veut un partenaire exemplaire. Odebrecht symbolise, quitte à embellir la réalité, ce comportement responsable. En contrepoint des entreprises chinoises, pointées du doigt pour le manque de recrutement local, ce groupe se targue de son statut de « premier employeur d’Angola », avec 20 000 salariés dont 93 % de locaux, qui a par ailleurs formé 3 000 travailleurs issus de ce territoire. À l’image de l’Inde, le Brésil tente de s’assurer l’appui des Africains en vue de l’obtention d’un siège permanent au Conseil de sécurité.

La coopération Sud-Sud est en tout cas bel et bien effective. À travers l’engagement de la Banque nationale de développement économique et social (BNDES) ou celui de l’Entreprise brésilienne de recherche agricole (Embrapa), les autorités ont consenti d’importants transferts de technologie en matière de recherche médicale, d’agriculture mécanisée ou de biocarburants. Le pays exporte partout en Afrique sa technologie et son savoir-faire dans la production de biocarburants. Grâce à cette expertise, le Soudan est déjà exportateur d’éthanol, tandis que le Ghana projette de faire de l’éthanol son quatrième poste d’exportation.

 

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