Turquie et Afrique : Prochaine étape, au sud du Sahara

Turquie et Afrique : Prochaine étape, au sud du Sahara

Forte de sa relation historique avec le Maghreb, Ankara se tourne vers l’Afrique noire.

« Un partenaire stratégique prioritaire pour le XXIe siècle ». C’est en ces termes que le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a qualifié l’Afrique. En 2005, « année de l’Afrique » en Turquie, le pays n’y disposait que de deux ambassades. Il compte aujourd’hui 33 représentations diplomatiques, un bond en avant qui témoigne de la mise en application, certes tardive, du programme gouvernemental « Opening up to Africa », adopté dès 1998. De son côté, l’Agence turque de coopération et de développement (Tika) est représentée dans sept pays africains : Éthiopie, Soudan, Sénégal, Égypte, Tunisie, Somalie, Kenya et, bientôt, Niger. Indépendamment de cette structure officielle, les entrepreneurs de cet État trouvent un appui sans pareil dans les cercles religieux du prédicateur Fethullah Gülen, lequel anime un réseau d’enseignement turc dans une dizaine de pays du continent, touchant une quinzaine de milliers d’étudiants africains. Un vecteur d’influence et de diplomatie économique certain.

Si 90 % des projets des entreprises turques se concentrent au Maghreb, singulièrement en Algérie et en Libye, les regards se tournent désormais vers la région subsaharienne. Le commerce turco-africain, de l’ordre de 17 milliards de dollars en 2011 (contre 742 millions en 2000) doit atteindre 50 milliards en 2015, selon le Premier ministre. Une relation qui est amenée à s’intensifier : le continent compte désormais pour 11 % des exportations turques (contre 3 % en 2003), devant l’Amérique du Nord. Cet intérêt doit se comprendre à travers la structure de l’économie nationale : 80 % des exportations sont constituées de produits manufacturés (machinerie et équipements de transport, vêtements, fer et acier…). Une aubaine sur un continent où la classe moyenne émergente est avide de produits haut de gamme à peine plus chers que les « chinoiseries ».

De même, la Turquie a développé de longue date un savoir-faire dans le domaine du BTP. Et ses fleurons voient dans l’Afrique un marché considérable eu égard aux besoins en matière d’infrastructures. Le ministère du Commerce extérieur avance le chiffre astronomique de 35 milliards de dollars de commandes sur le continent pour les entreprises de travaux publics, notamment dans la construction de logements au Gabon et en Tunisie. La Turquie aime à dire qu’elle se désintéresse des sous-sols africains. Bien qu’étant un hub énergétique de par sa position géographique et géopolitique, elle reste pourtant très dépendante sur ce plan visà- vis de l’extérieur (à hauteur de 91,6 % pour le pétrole et de 98 % pour le gaz naturel). Pour l’instant, ses importations d’hydrocarbures se concentrent surtout en Russie, en Iran et en Algérie, mais les richesses naturelles de l’Afrique constituent une source essentielle de diversification. Illustration de cette attention nouvelle et sans doute durable de la Turquie pour l’Afrique, la compagnie aérienne nationale Turkish Airlines dessert désormais une vingtaine de pays sur le continent.

Déjà Membre ?

Email : Mot de passe :