Pays du Golfe et Afrique : Chacun sa priorité

Toute opportunité est bonne à saisir pour les uns. Les autres ont des motivations géoéconomiques.

Sans que leur engagement s’inscrive dans une stratégie intégrée, d’autres États observent le continent, motivés par des intérêts divers…

L’IRAN a d’abord pour objectif d’engranger des soutiens diplomatiques afin de réduire son isolement sur la scène internationale et d’étendre l’influence chiite en terre musulmane, en particulier depuis la Révolution islamique de 1979. Le Nigeria, le Soudan et l’Afrique du Sud figurent parmi ses partenaires traditionnels. Si le pays des ayatollahs peut compter sur son allié sud-africain dans la quête de l’énergie nucléaire civile, ce dernier a succombé aux pressions internationales et réduit ses approvisionnements de brut iranien (qui représentaient près de 30 % des importations sud-africaines). Indépendamment de ces activités avouables, l’Iran est suspecté de jouer un certain rôle dans les trafics d’héroïne et d’armes sur le continent et a récemment été accusé d’avoir implanté au Nigeria une cellule du Hezbollah.

LE QATAR n’est pas en reste en matière de prosélytisme. Le puissant royaume, partisan de la diplomatie du carnet de chèques, s’emploie à bâtir une sphère d’influence géopolitique, quitte à soutenir des groupes islamistes en Égypte, en Libye, en Tunisie, et, peut-être même, jihadistes au Mali. Sur le plan économique, l’Afrique reste marginale pour l’émirat, et son bras financier, la Qatar Investment Authority (QIA). Pour autant, des investissements notables ont été consentis au Maghreb dans les télécommunications, l’immobilier, ou le tourisme. Prochaine cible annoncée des Qataris ? Les matières premières et les mines, dont le continent regorge. Mais point de particularisme africain. Un membre du comité exécutif de la QIA, Hussain Al Abdullah, a récemment éclairé la démarche de l’émirat : « Notre stratégie est simple. Nous sommes opportunistes. S’il y a des opportunités d’investissements en France, nous irons en France ; s’il y en a au Rwanda, nous irons au Rwanda. »

LES ÉMIRATS ARABES UNIS, tout autant portés sur les projets de grande ampleur, mais peu soucieux de soutiens diplomatiques et d’extension de leur sphère d’influence, se distinguent notablement de leur voisin qatari. À l’image de Dubaï, ils nourrissent une ambition clairement affichée : s’imposer comme un pont entre le continent et le reste du monde, comme ce fut réaffirmé en mai, lors de l’Africa Global Business Forum. Plateforme de réexportation par excellence, Dubaï entend devenir un hub incontournable entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique. Pour ce faire, la société d’État Dubai World a massivement investi les secteurs portuaire et aéroportuaire. Sa filiale, DP World, qui a enregistré un bénéfice en hausse de 21 % en 2012, est concessionnaire de ports au Sénégal (malgré l’arrestation de Karim Wade, poursuivi pour enrichissement illicite), en Égypte ou à Djibouti, portes d’entrée sur le continent, tandis qu’Etihad Airways possède 40 % d’Air Seychelles. Afin d’attirer les investisseurs et d’accroître le commerce en Afrique, DP World a privilégié l’approche multimodale. Chacune de ses implantations s’accompagne presque toujours de l’instauration d’une zone franche confiée à Jebel Ali Free Zone International (Jafzi), une autre filiale du conglomérat Dubai World.

Déjà Membre ?

Email : Mot de passe :