Pour commencer AMB N°3

Réalités françaises

On a du mal à comprendre la déprime, disons même la déliquescence de la France d’aujourd’hui. On parle tout de même d’un pays à la démographie dynamique. Qui reste, malgré tous les discours catastrophistes, la cinquième puissance économique du monde (selon le PIB global). Dont les habitants sont plus riches (PIB par tête) que les Allemands ou les Anglais. Qui reste la première destination touristique mondiale. Et qui peut s’enorgueillir d’être l’un des derniers pays, hors États-Unis, à pouvoir projeter des forces militaires à des milliers de kilomètres de son sol. Tout est réuni pour lui permettre d’entrer enfin dans le XXIe siècle. À condition de s’adapter au monde en train de naître, à l’émergence des nouveaux acteurs.

À la puissance de la Chine et de l’Asie. Au développement de l’Amérique latine. Au retour de l’Afrique. Au lieu de s’ouvrir, la France s’enferme. Derrière ses murs et ses privilèges, ses rentes et ses droits inaliénables. Pour éviter la modernisation et le changement, l’État s’endette (pas un seul budget en équilibre depuis 1973…). Pour gagner une paix sociale, improbable. Or la nouvelle économie impose ses lois, détruit des emplois, en crée d’autres. Mais aucun homme politique ne dit cette vérité, à droite comme à gauche. Personne ne mobilise. On préfère gérer au jour le jour la colère et la frustration des Français, stupéfaits de ce qui leur arrive.

Continent chic

C’est une petite info sortie début novembre et qui laisse rêveur… Porsche, le fabriquant allemand d’automobiles de luxe (avec des prix généralement à six chiffres), Porsche donc s’intéresse à l’Afrique, et à l’Afrique subsaharienne… Porsche ! Un signe indéniable ! L’Afrique serait-elle devenue la nouvelle Mecque des luxury brands ? Peut-être pas encore. En volume, le marché se limite largement à l’Afrique du Sud. Et le continent manque cruellement de ce qui compte pour vendre des produits haut de gamme : des centres commerciaux chics et de l’immobilier luxueux. Pour le moment, les riches Africains font surtout vivre les boutiques de Londres, Paris, New York, Dubaï ou Shanghai… Et le luxe nécessite quelques infrastructures malgré tout. On peut imaginer le spectacle d’une superbe Porsche Panamera roulant à 20 kilomètres à l’heure sur une de nos routes déglinguées…

Bref, cynisme mis à part, la réalité sociale du continent change. Les pauvres sont toujours là, mais les riches sont de plus en plus nombreux. Selon le World Wealth Report produit par Cap Gemini, le nombre d’Africains que l’on peut classer dans la catégorie HNW1 (high net worth individuals) a augmenté de 9,9 % en 2012, au-dessus de la moyenne globale de l’humanité (9,2 %). On estime le nombre de millionnaires en dollars à près de 300 000, chiffre qui devrait doubler d’ici à 2017 pour atteindre 650 000. En 2020, près de 25 millions de Nigérians auront des revenus élevés ou très élevés. Etc, etc. On pourrait se réjouir de tous ces chiffres. Mais il ne faudrait pas que cela nous aveugle. La réalité du développement, c’est surtout de sortir les masses de la pauvreté et d’asseoir la stabilité des pays sur une large classe moyenne, industrieuse et consommatrice. Nous en reparlerons dans ces colonnes.

Crise globale

On pourrait croire que cela va mieux. On n’arrête pas de nous le dire d’ailleurs. Pour relativiser ce petit moment d’optimisme, il est toujours utile de lire les rapports du FMI, vénérable institution que l’on a aimé haïr.Dernier travail en date, le Global Financial Stability Report semestriel. Son auteur, José Vinals, directeur du département des marchés de capitaux, nous annonce une économie globale en « transitions multiples », transitions qui s’accompagnent de « risques considérables ». En clair, le système financier mondial est au bord du dérapage non contrôlé. Fin de l’assouplissement monétaire américain et remontée des taux, crise des liquidités et de devises dans les pays émergents, crises multiples de la zone euro (dettes publiques, banques fragiles, entreprises sous-capitalisées et surendettées…), Japon à contrecourant, Chine où désormais « la moitié des crédits sont octroyés par des banques parallèles » (shadow banking)… On ne comprend pas tout, mais on ressent l’essentiel. Le grand désordre violemment illustré par le crash de 2008 est toujours là. Le capitalisme global est toujours malade, marqué par un chacun pour soi dévastateur. Et on est loin, loin d’une approche commune, d’un début de cohérence planétaire…

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