Dubaï à la conquête des voix de l’Afrique

Si le Qatar a obtenu l’organisation de la Coupe du monde de football 2022, Dubaï et les Émirats arabes unis (EAU) entendent accueillir l’Exposition universelle de 2020 ! Organisée tous les cinq ans, cette manifestation non commerciale la troisième en termes d’impact culturel et économique après le Mondial de foot et les Jeux olympiques se veut être une vitrine planétaire sur les savoirs et les technologies (c’est pour celle de 1889 à Paris qu’a été construite la tour Eiffel). Dans l’hypothèse où la cité-État devait l’accueillir en 2020, ce serait la première fois que cette manifestation serait organisée par un pays arabo-musulman.

Pourtant, l’affaire est loin d’être entendue car quatre autres candidats sont en lice : Ayutthaya (Thaïlande), Ekaterinbourg (Russie), Izmir (Turquie) et São Paulo (Brésil). Officialisées en novembre 2012, les cinq candidatures seront soumises au vote, en novembre 2013, des 160 pays membres du Bureau international des expositions (BIE), installé à Paris.

Du coup, les villes concernées sont en campagne car « chaque voix va compter », comme l’explique Reem Ibrahim Al Hashimi, ministre d’État des EAU et directrice générale du comité d’organisation de l’Expo 2020 à Dubaï. Depuis plusieurs mois, des délégations de chaque candidat sillonnent donc le globe avec pour destination principale l’Afrique.

« En règle générale, les pays votent pour le candidat de leur continent. Du coup, l’Afrique, qui n’en présente pas, peut faire la différence », explique un homme d’affaires français installé à Abou Dhabi. Ayant obtenu le soutien de l’ensemble des membres de la Ligue arabe, Dubaï veut donc convaincre l’Afrique subsaharienne d’appuyer sa candidature.

Quelle en serait la contrepartie ? Officiellement aucune, car le règlement de la compétition interdit tout « achat » de voix. Mais, dans la réalité, les choses sont tout autres. « On ne peut exclure un transfert de technologie, et certaines infrastructures ayant servi à abriter l’exposition pourraient être démontées et remontées sur le continent », résume un observateur.

Dubaï pourra mettre en avant une spécificité africaine que ne possèdent pas ses concurrents. L’émirat est ainsi devenu le lieu de convergence de nombreuses diasporas du continent noir. Dans la « cité aux cent nationalités », on compte une importante communauté sénégalaise mais aussi des Ivoiriens, des Ghanéens et des Nigérians, sans oublier des ressortissants de la plupart des pays d’Afrique de l’Est : Kenya, Éthiopie, Ouganda, mais aussi le non-reconnu Somaliland, sont autant de pays avec lesquels l’émirat entretien des relations commerciales anciennes. Dubaï s’est ainsi beaucoup rapproché des pays membres du Marché commun d’Afrique orientale et australe (Comesa) avec pour ligne de mire la signature à terme d’un accord de libre-échange entre les Émirats arabes unis et cette union régionale économique. En mai 2013, Dubaï a accueilli le quatrième forum pour les relations entre l’émirat et le Comesa.

Sur le plan commercial, l’Afrique ne contribue qu’à hauteur de 15 % des flux de marchandises à destination et au départ de Dubaï, mais ce taux ne cesse de progresser et les autorités de l’émirat ont donc clairement identifié l’Afrique, avec l’Asie, comme principal objectif en matière de développement de relations économiques à l’horizon 2020. Un constat le prouve : à ce jour, c’est à partir de Dubaï que l’on recense le plus grand nombre de fréquences aériennes quotidiennes à destination de l’Afrique subsaharienne, un rôle naguère dévolu aux aéroports européens.

Plus important encore, Dubaï est désormais le « terrain neutre », à mi-chemin entre l’Afrique et la Chine et les dragons du Sud-Est asiatique. Avec ses hôtels fastueux et son libéralisme économique, la capitale est le lieu où les affaires se font, où s’enregistrent les sociétés mixtes sino-africaines.

De façon générale, Dubaï entend mettre en avant son statut de carrefour et de passerelle entre les continents. « Nous sommes à la fois une ville hyperconnectée sur le plan des liaisons internet et des voies aériennes et maritimes, relève Reem Ibrahim Al Hashimi. Nous sommes aussi une ville jeune dont les deux tiers de la population ont entre 20 et 39 ans. En cela, nous sommes représentatifs de la mondialisation et de l’évolution de la planète en ce début de siècle. » Et, last but not least, Dubaï a promis de consacrer 3 milliards de dollars en infrastructures si sa candidature est retenue. Un montant qui fait saliver tous les grands groupes de BTP mondiaux. Rendez-vous est donc pris en novembre 2013.

Déjà Membre ?

Email : Mot de passe :