Réformes : la Chine se cherche un nouveau modèle économique

Où va la Chine ? À l’heure des bilans de fin d’année et des prévisions pour 2014, c’est l’une des questions essentielles qui taraudent la planète entière. Il faut dire que le poids économique et financier de ce pays sur la scène internationale est devenu tel qu’il n’est plus exagéré de dire que « quand la Chine tousse, le reste du monde a l’impression de mal respirer ! » Et il est vrai que ce géant se cherche. Deuxième puissance économique mondiale aujourd’hui, sans doute la première à l’horizon 2020-2030, l’empire du Milieu se trouve confronté à une crise de son développement, qui marque visiblement le pas comme en témoignent le ralentissement de son économie (croissance du PIB à 7,5 % seulement au second semestre 2013), la persistance des déséquilibres sectoriels et régionaux et la multiplication des conflits sociaux.

La majorité des experts chinois s’accordent d’ailleurs pour diagnostiquer l’essoufflement d’une stratégie fondée sur l’exportation et les investissements en infrastructures. Ils prédisent en conséquence un changement nécessaire de modèle. De fait, le lancement du 12e plan quinquennal en 2010 prévoyait bien de faire de la consommation domestique l’un des piliers essentiels de l’économie, mais les résultats de cette politique se font toujours attendre. Voilà pourquoi le 3e plénum du XVIIIe Comité central du Parti communiste chinois (PCC), qui s’est tenu à Pékin du 9 au 12 novembre, a retenu toute l’attention. En effet, c’est la troisième fois depuis novembre 2012, lorsque Xi Jinping est devenu secrétaire général du PCC, que les 205 membres du Comité central, organe de direction suprême du parti, se sont réunis pour définir les grandes orientations politiques du pays. Historiquement, le 3e plénum de chaque Comité central a toujours constitué un moment clé puisque c’est là où est décidée la politique économique de la nation.

UNE FEUILLE DE ROUTE À PLUSIEURS ÉTAGES

Cette année, les travaux du plénum se sont appuyés sur un texte intitulé « Plan 383 », proposé par le Development Research Center (DRC), un think tank de premier plan relevant directement du Premier ministre Li Keqiang. Pourquoi « 383 » ? Parce qu’il s’agit d’une feuille de route à plusieurs étages, avec 3 instances réunies pour avancer ensemble, 8 secteurs prioritaires, et 3 voies de réforme décisive combinées. Le premier 3 représente donc les trois acteurs majeurs que sont le marché, le gouvernement et les entreprises, qui doivent être réformés pour mieux fonctionner ensemble. Pour cela, Pékin entend améliorer l’efficience du marché, accroître l’efficacité du gouvernement et créer un nouvel environnement pour les entreprises. Quant aux 8 secteurs prioritaires à réformer, il s’agit de la gestion gouvernementale, la production de base, la propriété des terres, le système financier, le système fiscal, la gestion des entreprises d’État, l’économie internationale et enfin l’écologie et l’innovation. Le second 3 indique quant à lui les voies des réformes à entreprendre simultanément : le renforcement de l’ouverture et de la concurrence, afin d’attirer les investissements étrangers, l’approfondissement de la refonte de la protection sociale et l’intensification de la réforme foncière.

Avec une telle feuille de route qui conditionne l’avenir même du pays, le président Xi Jinping espère réformer l’économie en profondeur. L’enjeu est crucial, et le dirigeant chinois s’attend à de formidables résistances de la part de ses opposants conservateurs et de puissants groupes d’intérêts particuliers. Cela est d’autant plus vrai que nombreux sont les observateurs à avoir remarqué le changement de tonalité de ce programme, lequel rompt avec les textes de facture idéologique des régimes précédents. Plus que l’affirmation d’une doctrine, il s’agit bien d’un ensemble de mesures pratiques destinées à favoriser la productivité et l’efficacité. Ainsi, les nouveaux dirigeants chinois se montrent avant tout pragmatiques : ils n’entendent pas exposer ni appliquer un modèle abstrait, peu adéquat pour répondre aux besoins de leur pays, mais s’efforcent de trouver des solutions aux problèmes concrets qui se présentent ou vont se présenter. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’importance de la mise en place de véritables laboratoires d’essai dans les régions, comme par exemple la nouvelle zone de libre-échange (Free Trade Zone) de Shanghai, inaugurée à la fin septembre 2013. L’un de ses objectifs est de réaliser des expérimentations en matière de législation financière et, notamment, de tester les premières mesures de dérégulation.

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