Conjoncture : en 2014, la locomotive africaine ne ralentira pas

Conjoncture : en 2014, la locomotive africaine ne ralentira pas

Avec l’Asie, le continent affichera les meilleures performances en matière de croissance économique. Près de 30 pays devraient enregistrer des taux de progression de leur produit intérieur brut (PIB) supérieurs ou égaux à 5 %.

L’année de l’Afrique ? À lire les différents rapports de conjoncture, on serait tenté de l’affirmer. Les traditionnelles prévisions du Fonds monétaire international (FMI), publiées début octobre 2013, valident le thème, déjà récurrent depuis une dizaine d’années, d’un continent en plein dynamisme économique avec une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 6 % en 2014 pour l’Afrique subsaharienne (4,8 % selon les calculs d’AMB si l’on prend en compte les pays du Maghreb et l’Égypte). Dans un contexte attendu de croissance molle aux États-Unis (on y parle aussi de jobless recovery, autrement dit de « reprise sans création d’emplois ») et de stagnation pour ne pas dire de récession en Europe, il n’y a guère que l’Asie qui devrait faire mieux avec une progression de la création annuelle de richesse de près de 7 %. Bien entendu, les statistiques fournies par le FMI méritent une lecture ligne à ligne car la cartographie de la croissance en Afrique est tout sauf homogène.

Certaines économies devraient afficher des performances spectaculaires quand d’autres peinent à être à la hauteur de leur potentiel. Aussi, dans le tableau apparaissent plusieurs catégories qui donnent un aperçu de ces disparités. La première partie concerne des taux de croissance hors norme mais qui n’en sont pas moins liés à des circonstances exceptionnelles comme la reconstruction d’un pays après un conflit (Libye, Sierra Leone) ou même sa naissance récente (Soudan du Sud). On relèvera tout de même que le FMI parie sur une renaissance de l’économie libyenne en 2014 et sur un boom à venir au Tchad du fait notamment d’un grand programme d’investissements publics.

Mais le plus important réside dans la deuxième partie du tableau. En effet, pas moins de 24 pays sur 53 affichent un taux de croissance compris dans une tranche allant de 5 % à 9 %, soit cet intervalle dit « vertueux » où le dynamisme économique permet notamment de diminuer le niveau général de pauvreté tout en créant des emplois pour les nouveaux diplômés. Ainsi, selon les projections de la Banque africaine de développement (BAD), les pays d’Afrique de l’Ouest ont besoin d’une croissance annuelle de 6 % sur plusieurs années pour faire face à leurs défis en matière de lutte contre le chômage et d’élargissement de leurs classes moyennes. Parmi les 24, on ne sera pas surpris de trouver l’Éthiopie (+ 7,5 %), un pays dont la forte croissance ne se dément pas depuis le milieu des années 2000 et qui est même en train d’échapper à la surchauffe (8,2 % d’inflation prévue en 2014 contre 33,2 % [!] en 2011). On y recense aussi d’autres valeurs sûres de l’afro-optimisme à l’image du Rwanda, de la Tanzanie, du Ghana et cela aux côtés de pays producteurs d’hydrocarbures comme le Nigeria, l’Angola et le Gabon, qui semblent réussir à compenser, du moins sur le plan macroéconomique, les aléas engendrés par la manne pétrolière. À noter aussi que le FMI estime que « l’éveil » ivoirien devrait se poursuivre en 2014.

DES CHIFFRES À PEINE SUFFISANTS

La troisième partie du tableau concerne les « devraient mieux faire » avec des niveaux de croissance compris entre 4 % et 5 %. Des taux qui feraient le bonheur de n’importe quel pays industrialisé mais qui, dans le contexte d’un continent qui peine à sortir du sous-développement, demeurent à peine suffisants. Néanmoins, les chiffres du Cameroun, du Bénin, du Sénégal ou du Botswana confirment que la dynamique économique subsaharienne est bien plus qu’un épiphénomène et qu’elle s’inscrit aussi dans des dynamiques régionales. À l’inverse, on notera que tous les pays d’Afrique du Nord sont dans le bas du classement, dans la cinquième partie (croissance comprise entre 3 % et 4 %), voire dans la dernière (croissance inférieure à 3 %) pour ce qui est de l’Égypte. Là aussi, rien de déshonorant en théorie mais ce n’est pas exagérer que d’affirmer que ces pays plombent les performances générales du continent. On sera d’ailleurs aussi surpris de retrouver l’Afrique du Sud aux derniers rangs de cette hiérarchie. « On peut penser que les pays du Maghreb et l’Afrique du Sud enregistrent des croissances plus faibles parce qu’ils ont moins de “rattrapage” à effectuer notamment en matière d’infrastructures », estime l’économiste égyptien Selim Oussama, ajoutant : « Mais il faudrait tout de même s’interroger sur les raisons de ce découplage car, pour ce qui est du Maghreb et de l’Égypte, les turbulences dues aux révolutions arabes n’expliquent pas tout. »

UNE CONDITION NÉCESSAIRE

Il reste enfin à savoir si ces bonnes nouvelles sur le front de la croissance se suffisent à elles-mêmes. Certes, comme le rappelle de manière systématique le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, « le PIB n’est pas tout », c’est-à-dire que cet indicateur ne saurait résumer à lui seul l’état et l’évolution d’une économie, notamment en ce qui concerne les aspects de préservation des ressources naturelles. Mais il n’en demeure pas moins que la croissance économique reste une condition nécessaire, même si elle n’est pas suffisante, pour le développement et la réduction des inégalités. Pour preuve, cette récente étude de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) qui montre que 50 millions de personnes sont sorties de la pauvreté en Amérique latine durant les années 2000 et cela essentiellement grâce à cette croissance plutôt qu’aux politiques de redistribution. Mais, dans le même temps, le continent doit réfléchir à d’autres enjeux, à commencer par la nature même de sa croissance économique. Pour Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement (BAD), il est temps de remettre en cause la prééminence des investissements pour les infrastructures. « Il y a urgence pour les États à investir dans l’éducation », insistet- il. Un message auquel fait écho Mallam Sanusi Lamido Sanusi, gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, pour qui le rôle de l’État « est d’assurer la formation, le secteur privé faisant le reste ». La croissance oui, mais avec l’éducation, sans oublier la bonne gouvernance.

Déjà Membre ?

Email : Mot de passe :