Pétrole, intégration et harmonisation

L’UNION AFRICAINE (UA) célèbre cette année, le cinquantenaire de sa création (1963-2013), à un moment où les États semblent retrouver des taux de croissance économique intéressants. La nécessité et le réalisme commandent de tout mettre en oeuvre pour réaliser d’abord l’intégration au niveau des sous-régions traditionnellement reconnues, comme une étape de pédagogie nécessaire, pour espérer atteindre l’intégration du continent entier et en assurer le plein développement.

Dans chacune de ces sous-régions (Maghreb, Afrique de l’Ouest, Afrique de l’Est, Afrique centrale, Afrique australe), l’harmonisation des politiques douanières, voire l’adoption d’une monnaie unique, a conduit à de meilleurs échanges commerciaux inter-États. Mais l’impératif de l’intensification des échanges met la pression sur les dirigeants, contraints de faciliter voire de libéraliser la circulation des biens et des personnes. C’est dans ce contexte qu’il semble impérieux d’aborder la cruciale question de l’harmonisation, au niveau de chaque sous-région, des politiques de prix des produits pétroliers élaborées par les différents États.

En effet, ces produits constituent au moins 80 % de la source énergétique directe ou indirecte nécessaire à la satisfaction des besoins économiques et sociaux. Si la tendance est à la découverte du pétrole brut, tous les pays ne possèdent pas de raffineries (quand celles qui existent ne sont pas d’un calibre et d’une technologie appropriés aux besoins des marchés). À ce facteur différenciateur se greffent les aspects d’ordre technique portant sur les spécifications de chacun des produits et les tolérances pratiquées pour chaque pays. S’y ajoute enfin la différence des structures de prix de commercialisation sur le marché intérieur des produits pétroliers.

Ainsi, à cause de la nonconcordance entre deux États voisins sur leur politique de prix de vente, on verra un même produit présenter de part et d’autre de la frontière commune des différences pouvant atteindre 30 à 50 % du prix, ce qui encourage les exportations-importations frauduleuses. Et comme ils ne vont pas forcément dans le même sens pour l’ensemble des produits entre les deux États, ces mouvements vont fausser les statistiques de consommation intérieure qui alimentent les bases de données sur lesquelles précisément reposent les calculs des structures de prix et donc l’équilibre des recettes et dépenses relatives aux factures pétrolières. Et l’on peut donc pressentir le chaos si l’on considère le cas des États qui partagent des frontières avec plusieurs pays.

On comprend alors que permettre la libre circulation des biens et des personnes, dont les produits pétroliers font partie, pose immédiatement et avec plus d’acuité que jamais, la question de la traversée des frontières intra ou interrégions par ces produits qui ne sont pas nécessairement identiques, sur le plan tant technique que financier, alors qu’ils portent les mêmes noms d’un pays à un autre. La pratique du conseil auprès des organismes gouvernementaux africains chargés des questions pétrolières a permis à notre cabinet de faire des constats édifiants concernant ces disparités et les déséquilibres qu’elles entraînent.

Ces différences peuvent devenir des sources de problèmes graves à la fois pour les recettes des États et pour la sécurité des installations, des personnes et des biens. Il est donc urgent qu’une étude appropriée et efficiente soit entreprise dans le cadre de chaque sous-région et à terme dans le cadre continental et que des démarches volontaristes soient engagées sur le plan politique (comme la Commission économique africaine, ou la Conférence des chefs d’États et de l’UA) afin de s’assurer que l’avènement de cette circulation libre serve véritablement l’intégration tant souhaitée et attendue.

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