Kees Heuveling Directeur général de l’hôtel Kempinski, N’Djamena, Tchad

Kees Heuveling Directeur général de l’hôtel Kempinski, N’Djamena, Tchad

On ne se connaît pas. Je l’avais aperçu à N’Djamena en juillet dernier lors d’un dîner de rupture du jeûne très animé que l’hôtel offrait à son personnel et à ses clients musulmans. Retour au même hôtel en octobre et rendez-vous pris pour un déjeuner avec Kees Heuveling, directeur général du Kempinski Tchad. Soyons francs, le seul grand, vrai, bel établissement de la capitale à ce jour, c’est celuici : 977 chambres incluant 20 suites, dont une présidentielle, service de niveau international et piscine sublime. Kees a réservé une table ronde au restaurant Tibesti, face à la piscine, déco aux tons sahel, ocre et vert doux, qui propose son buffet géant. Choix de plats mixte : ragoût d’agneau et couscous royal contre canard aux olives et filet de merlu grillé. Kees Heuveling, 62 ans, Hollandais originaire d’Utrecht, est pile à l’heure. Look sérieux, blaser bleu marine, petites lunettes rondes. Un brin intimidé, peutêtre. Il parle d’abord maison. Et raconte la saga Kempinski, la plus vieille chaîne hôtelière d’Europe, créée en 1897.

Une entreprise allemande dont le siège est à Genève, qui compte aujourd’hui 73 établissements dans le monde, et 13 en cours d’ouverture. Kees annonce, parmi les projets, de nouvelles adresses en Afrique. « Où ça ? » Réponse circonspecte : « Je ne peux pas encore révéler les pays. Mais le continent africain est très important dans notre plan de développement. » Bon, réponse batave, sans doute… En tous les cas, à ce jour, la belle chaîne venue du froid bat pavillon en Égypte, à Djibouti, au Ghana, au Kenya, aux Seychelles, et bien sûr, au Tchad. « Chacun de nos hôtels est différent, offre une touche singulière, contrairement à d’autres, comme les Hilton. » Petit coup de griffe amical au confrère qui devrait ouvrir un établissement à N’Djamena dans les mois qui viennent… Puis on va se servir. Monsieur le DG ne prend que des entrées. Un peu de toutes. Farandole de crudités, saumon fumé, jambons, salami… Quelques feuilles de salade plus tard, Kees se détend, s’anime.

Surtout lorsqu’il parle de son personnel : 244 permanents, et un millier d’extras en cas de banquets. « Travailler ici nécessite un niveau de standard international. Parler anglais est une condition sine qua non. Nous envoyons régulièrement notre personnel en stage dans nos hôtels à l’étranger, et vice versa. Certains Tchadiens partent en poste ailleurs aussi, à l’Emirates Palace Kempinski par exemple, ou encore à Doha ou aux Seychelles. Notre cuisinier devrait bientôt rejoindre Dubaï. Nos employés sont très positifs, ils apprennent vite, ont envie de réussir. C’est un énorme atout. Et ça crée une bonne ambiance. Il y a une école d’hôtellerie à N’Djamena, mais la plupart ont fait une formation au Cameroun ou au Nigeria. »

La formation et le bourlingage d’hôtel en hôtel, Kees, il connaît bien. Son CV le prouve. École d’hôtellerie dans le sud de l’Allemagne, dont il sort en 1976 pour faire un stage en cuisine à Bonn, à la réception à Londres, puis comme serveur à Liège. Il travaille ensuite cinq ans en Hollande pour la chaîne japonaise Okura. Puis en Écosse. En 1988, il s’envole pour Shanghai, recruté par le Sheraton, qui l’envoie ensuite aux Seychelles. Puis il change d’employeur et sert le label Swissôtel en Corée du Sud, à Séoul. Là, il sympathise avec le directeur, Reto Wittwer, devenu l’actuel directeur général de Kempinski. Puis Kees repart. Cette fois-ci pour la chaîne Intercontinental, à Istanbul, à Séoul, en Jordanie, à Bethléem, et enfin à Athènes. Ensuite il part aux Seychelles travailler pour un petit groupe hôtelier de luxe, Constance. Et enfin, il y a sept ans, il entre dans le groupe Kempinski. La Jordanie d’abord, puis Abu Dhabi. Et enfin N’Djamena, il y a deux ans. Ouf ! « Alors, la vie ici ? » Il dit aimer ça. Vraiment. Mais sort peu. Il vit à l’hôtel. Fréquente volontiers les clients, qui deviennent souvent des amis.

Et il s’occupe beaucoup du village d’enfants SOS qui accueille 120 orphelins à quelques pas de là. Le Kempinski sponsorise, incite les clients à planter des arbres dans leur jardin en échange d’un don de 50 000 francs CFA pour une bouture… Voilà. Monsieur Heuveling a fini de déjeuner. Et ne prend pas de dessert, à mon grand regret. Moi qui louche depuis un moment sur le buffet des douceurs. Gâteau au caramel, tartes à l’abricot et à la noix de coco, crème brûlée, profiteroles, dame blanche, gâteau au chocolat noir… On se lève pour la séance photo. Kees pose avec amusement, par 46 °C, sur la passerelle de la piscine qui surplombe l’eau toute bleue. Merci beaucoup, monsieur le DG… Pour ma part, je rebrousse chemin vers les tables, afin d’attraper une petite profiterole…

 ■ Kempinsky est le plus ancien groupe d’hôtels de luxe européen, (fondé en 1897). La chaîne concentre ses efforts sur des destinations européennes et adopte une stratégie d’expansion en Chine, au Moyen- Orient et en Afrique.

■ L’unité de N’Djamena a été inaugurée en décembre 2005. Situé dans un des quartiers les plus courus de la capitale, l’hôtel dispose de tous les services et équipements d’un grand établissement international.

■ Le secteur hôtelier sur le continent est en plein boom. Selon le Conseil mondial du voyage et du tourisme, l’industrie hôtelière africaine haut de gamme devrait se doter, au minimum, de 40 000 lits supplémentaires d’ici à 2020.

Directeur général de l’hôtel Kempinski, N’Djamena, Tchad

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