Sonatrach : tempêtes en série sur la compagnie nationale

En janvier 2013, l’attaque terroriste du grand champ gazier d’In Amenas, exploité entre autres par BP et Statoil, a fait naître de nombreux doutes sur la sécurité des installations d’hydrocarbures, jusque-là sanctuarisées par l’État algérien et ses forces de sécurité. Ce coup de boutoir, qui n’a pas provoqué le départ des compagnies étrangères, a encore alourdi le climat autour de la compagnie nationale Sonatrach, douzième au rang mondial en matière de production et de réserves. Depuis les années 2000, cette dernière vit en eff et au rythme des scandales judiciaires qui indignent l’opinion publique. Pour s’y retrouver, la presse locale évoque les aff aires « Sonatrach 1 » et « Sonatrach 2 » tout en annonçant pour bientôt « Sonatrach 3 et 4 ».

L’AFFAIRE BRC EN PRÉLUDE

EN 2006, LES AUTORITÉS algériennes annoncent une enquête sur des surcoûts délictueux, dite « affaire Brown & Root-Condor » (BRC), une joint-venture créée en 1994 par Sonatrach et Kellogg Brown & Root (KBR), alors filiale ingénierie du grand groupe américain Halliburton. À Alger, l’Inspection générale des finances (IGF) révèle que des surfacturations importantes et systématiques, parfois proches de 50 % des montants payés, ont accompagné les projets confiés à BRC. L’affaire n’est pas anodine car BRC s’est vu confier un nombre important de chantiers parmi lesquels la mise en exploitation du gisement pétrolier El Merkh (au sud-est du champ de Hassi Messaoud) d’un montant de 5 milliards de dollars. Le ministre de l’Énergie et des Mines, Chakib Khelil, proche de Bouteflika et natif comme lui d’Oujda au Maroc, est alors accusé de favoritisme outrancier pour KBR dans l’octroi des marchés, ces derniers ayant été passés de gré à gré et non pas, comme il est de mise dans le secteur public algérien, après un appel d’offres strictement codifié. L’affaire n’ira pas plus loin, l’Algérie ayant d’abord racheté d’abord les parts de l’américain KBR dans BRC pour dissoudre cette dernière en 2007.

« SONATRACH 1 » : UN ÉTAT-MAJOR DÉCAPITÉ

EN JANVIER 2010, des enquêteurs du DRS le service de renseignements national mettent à jour des malversations dans l’octroi de marchés par la Sonatrach. L’ensemble de la direction de la compagnie pétrolière est arrêté : le PDG Mohamed Meziane et les vice-présidents, Chawki Rahal, Belkacem Boumediène et Benamar Zenasni. Circonstance aggravante pour le PDG, ses deux enfants sont impliqués en tant qu’« intermédiaires » et « facilitateurs » au bénéfice de fournisseurs de la Sonatrach. Devant les juges, Mohamed Meziane met en cause le ministre de l’Énergie. « Je ne pouvais rien lui refuser, dit-il. Il jouissait de la protection du numéro un [Boutefl ika]. » Comme pour l’affaire BRC, les contrats de gré à gré ont été le vecteur par excellence de ces affaires de corruption et de pots-de-vin. De nouveau, Chakib Khelil n’est pas inquiété par la justice. Il restera en poste jusqu’en mai 2010 où il sera remplacé par Youcef Yousfi dans le cadre d’un remaniement qui lui épargne un limogeage en solo. L’affaire « Sonatrach 1 » provoque de graves problèmes de gouvernance de l’entreprise au cours des deux années suivantes, les cadres étant terrorisés à l’idée de prendre la moindre décision, y compris de simple routine.

« SONATRACH 2 » : LA BOURRASQUE ITALIENNE

LA PARTICULARITÉ DE L’AFFAIRE « Sonatrach 2 » est d’avoir été déclenchée début 2013 par des enquêtes de la justice italienne sur des pots-de-vin versés par l’entreprise d’ingénierie Saipem, filiale du groupe pétrolier ENI, pour l’obtention de contrats. Selon la justice italienne, sept contrats obtenus entre 2007 et 2008 d’une valeur globale de 8 milliards d’euros auraient donné lieu à des versements de commissions de 197 millions d’euros. Chakib Khelil, sa femme et ses deux enfants sont explicitement accusés. Selon les dernières estimations, les commissions versées par Saipem dépasseraient ainsi 800 millions d’euros ! La majorité des personnes mises en cause sont des proches de Bouteflika ou des hommes de l’Ouest algérien, la région du président. En Algérie l’émotion est considérable et ce scandale jette alors le doute sur la possibilité d’un quatrième mandat présidentiel, bien avant l’accident vasculaire cérébral d’Abdelaziz Bouteflika, le 27 avril 2013. Des articles de presse, notamment du quotidien El Watan s’interrogent sur l’implication de Saïd Bouteflika, le frère du président. Mais surtout, les doigts accusateurs désignent une nouvelle fois Chakib Khelil. En août 2013, la justice algérienne lance des mandats d’arrêt internationaux contre Khelil désormais installé aux États-Unis son épouse et ses deux fils, ainsi que Farid Bedjaoui et Réda Hemche, ancien chef de cabinet du PDG de Sonatrach. En tout, 20 personnes et deux entreprises (Saipem et Orascom Construction Industries) sont poursuivies.

 

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