BTP : le boom du bâtiment

La multiplication des cimenteries dans la capitale économique témoigne d’une reprise vigoureuse de l’immobilier et des grands chantiers d’infrastructures.

Base navale Elf de Douala. Derrière l’immense clôture en béton qui cerne les 10 000 m2 du site d’implantation de la cimenterie du milliardaire nigérian Aliko Dangote, une nuée d’ouvriers s’active jour et nuit pour faire avancer la construction de ce qui sera bientôt une des plus grandes cimenteries du pays. Objectif de cet investissement de près de 60 milliards de francs CFA (environ 91,5 millions d’euros) : débiter 1 million de tonnes de ciment dès janvier 2014 et porter progressivement cette capacité de production à 1,5 million de tonnes. De quoi entamer la position dominante de Cimencam, le pionnier du secteur, dont une installation se dresse sur l’autre rive du Wouri, dans la zone industrielle de Bonabéri. Filiale du géant mondial Lafarge, les Cimenteries du Cameroun (1,7 million de tonnes par an) ont gardé pendant longtemps une position monopolistique au Cameroun.

Bien qu’elle ait amélioré les capacités de ses usines de Douala et de Figuil, et qu’elle annonce la construction d‘une nouvelle à Nomayos, dans le centre du pays, Cimencam voit donc arriver de nouveaux concurrents, tels que le marocain Ciments de l’Afrique (Cimaf), installé lui aussi dans la zone industrielle de Bonabéri (500 000 tonnes par an), G Power Cement à Limbé (1 million de tonnes par an dès 2015) et le projet Afko, toujours à Limbé, qui ambitionne également de produire 1 million de tonnes par an. La multiplication des cimenteries va de pair avec le dynamisme du BTP et le lancement de grands travaux d’infrastructures. La demande, estimée à 4 millions de tonnes par les autorités, est pour le moment couverte par la production de Cimencam, mais aussi par des importations en provenance de Turquie ou de Chine. Le ministère de l’Industrie estime toutefois que cette demande va doubler avec le lancement simultané de plusieurs grands projets d’infrastructures.

Exemple emblématique de grand projet BTP dans la capitale économique : la construction d’un second pont sur le Wouri, soit 100 milliards de francs CFA d’investissement pour trente-six mois de travaux. Un ouvrage colossal qui a vocation à fluidifier le trafic entre la zone industrielle de Bonabéri et le reste de la ville, mais surtout à faciliter l’accès au port des marchandises venant de l’hinterland. Au-delà, la voirie va être développée et modernisée, à l’image des aménagements et agrandissements effectués pour la circulation à Akwa, la principale zone commerciale. Plusieurs bailleurs de fonds ont été mobilisés pour financer la construction de routes à deux voies dans les entrées est et ouest de la ville afin de faciliter la circulation.

Autre preuve de l’essor du bâtiment, l’apparition de tours en de nombreux points de Douala. L’État, qui, du fait de la crise économique, avait limité ses investissements immobiliers, a relancé ses chantiers, principalement à Bonanjo, le coeur administratif et financier de la cité. La construction de logements sociaux subventionnés par le gouvernement et les organismes publics a également contribué à cette forte croissance du BTP à l’exemple du projet de logements de Banga Bakoko.

La dynamique du secteur de la construction profite à quelques firmes réputées, à l’image de Razel ou d’Asquini, qui obtiennent les meilleurs contrats. Mais les jeunes compagnies de promoteurs locaux, à l’instar de Foma dans le bâtiment ou encore de Ketch dans les grands travaux, parviennent à tirer leur épingle du jeu. Cette montée en puissance des nationaux dans le BTP demeure toutefois insuffisante à en croire ce cadre d’une entreprise locale, pour qui trop peu d’entreprises camerounaises bénéficient de gros contrats : « On nous confine aux petits travaux d’entretien, les chantiers importants sont systématiquement confiés aux firmes étrangères alors que nous sommes en mesure de faire des grandes réalisations. »

Reste un autre problème de taille. Celui de la sécurité et de la fiabilité des opérateurs. Comme dans toute activité florissante, des entrepreneurs véreux ont tôt fait d’apparaître. Ces derniers mois, plusieurs immeubles de construction récente, édifiés sans respect des normes, se sont ainsi effondrés à Douala, causant parfois des pertes en vies humaines. Des incidents qui ont nui aussi à l’image de certains ingénieurs et entrepreneurs locaux régulièrement mis en cause.

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