L’énergie n’est plus un problème

L’énergie n’est plus un problème

L’offre en électricité est désormais suffisante et la modernisation du réseau se poursuit. Reste à juguler les branchements frauduleux.

Oubliées, les longues coupures d’électricité ? À Douala, on veut bien l’espérer, car ce poumon économique a beaucoup souffert de la pénurie d’énergie qui a sévi dans le pays durant la dernière décennie. Aujourd’hui, la situation s’est améliorée grâce à la mise en place de plusieurs centrales thermiques, en attendant la livraison des barrages hydroélectriques en cours de construction à Lom Pangar, Memve’ele et Mekin. L’un des principaux facteurs de l’amélioration de l’offre énergétique aura été la mise en service cette année de la toute première centrale au gaz naturel du pays à Kribi. « Douala est l’un des plus gros consommateurs de l’énergie produite par cette installation », explique un cadre de Sonel, longtemps filiale du groupe américain AES avant que ce dernier n’annonce sa cession en novembre 2013.

D’une capacité installée de 216 mégawatts (MW), la centrale de Kribi, qui a nécessité un investissement de 170 milliards de francs CFA, a porté à 1 238 MW la capacité installée du pays. De quoi inverser la donne énergétique en rendant l’offre plus importante que la demande. Du coup, Douala ne devrait pas souffrir de pénuries d’alimentation électrique jusqu’en 2016, au moins. « Avec la centrale à gaz de Kribi, la demande à Douala comme ailleurs dans le pays est largement couverte », explique Lucas Fotso, directeur régional chez Sonel. Ce dernier explique aussi que les rares délestages encore constatés sont le fait de surcharges de lignes causées par les branchements anarchiques ou des pannes de réseau.

Bien que l’offre d’énergie soit désormais supérieure à la demande actuelle, les interrogations concernant l’alimentation électrique de Douala persistent. « Les défis auxquels nous devons faire face concernent la modernisation et l’extension du réseau. Et nous nous y employons », explique Lucas Fotso, qui énumère les multiples mesures prises à ce sujet : installation d’un système de télésurveillance et d’acquisition de données pour 9 milliards de francs CFA, construction d’une ligne de transport à 225 kilovolts (kV) entre Bekoko et Nkongsamba pour plus de 17,5 milliards de francs CFA, construction de postes de réseaux pour près de 6 milliards de francs CFA. Sonel entend aussi augmenter d’ici à 2014 la capacité de transit de quatre lignes à 90 kV et d’acquérir trois transformateurs d’une puissance de 50 mégavoltampères (MVA) pour 3 milliards de francs CFA.

Tirant la leçon d’un passé récent où il subissait nombre de critiques, le concessionnaire met désormais l’accent sur sa proximité avec la clientèle. Une ligne téléphonique d’assistance permanente a ainsi été mise en place. Sonel a aussi lancé la plateforme Easylight, une sorte d’agence en ligne pour mieux répondre aux attentes des clients. « Avec Easylight, explique Lucas Fotso, nous écoutons les clients. Ceux-ci sont alertés de la disponibilité de leurs factures, les consultent sur Internet et les paient par téléphone portable. Dans une ville comme Douala où les gens sont pressés, il n’y a pas meilleur outil pour leur faire gagner du temps. »

Reste à faire face aux branchements frauduleux, pour l’essentiel liés à l’urbanisation anarchique de la ville et à l’extension incontrôlée des marchés urbains. « Des gens se connectent directement sur les poteaux et redistribuent l’électricité autour d’eux, en violation des règles de sécurité. Ils mettent en péril leurs vies et la qualité du service chez nos clients », déplore Lucas Fotso. Ces dernières années, plusieurs incendies de marchés ont été provoqués par des surchauffes de lignes liées à ces branchements frauduleux. Pertes en vies humaines, blessures graves, marchandises calcinées, le bilan est lourd. Et il est difficile de faire entendre raison aux contrevenants. Ni les campagnes de sensibilisation ni même les branchements à des tarifs sociaux (40 000 francs CFA au lieu de 85 000 francs CFA) ne sont parvenus à limiter ces détournements. « Le problème n‘est pas le prix du branchement, mais le racket et le chantage qu’exercent les personnes chargées de ces branchements. C’est décourageant, et par moments on n’a pas d’autre choix que de se brancher illégalement », plaide un commerçant. Un autre chantier pour Sonel, dans sa relation avec les clients.

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