Avis de tempête climatique

La planète est en surchauffe, et le pire est à venir. Il est grand temps pour l’Inde et la Chine, notamment, d’intégrer les impératifs environnementaux. Le rapport sur le climat publié récemment par la Banque mondiale prédit un changement d’ampleur historique : vagues de chaleur sans précédent, pénuries alimentaires généralisées, augmentation du nombre de cyclones, inondations et sécheresses, dans un monde où l’élévation des températures par rapport aux niveaux de la période préindustrielle peut atteindre jusqu’à 4 °C.

En Afrique subsaharienne, le dérèglement climatique se traduit par une réduction des terres destinées à la culture du maïs (d’environ 40 % d’ici à 2030), alors que l’élévation des températures transforme la savane en désert. La proportion d’Africains souffrant de malnutrition devrait probablement doubler au cours des quarante années à venir. En Asie, la Chine voit son écosystème se dégrader de façon permanente; l’Inde souffre d’une élévation du niveau de la mer, d’une érosion côtière, d’une perte de terres, d’un déclin des précipitations et de sécheresses; le Bangladesh et les Philippines rétrécissent; et de grandes villes telles Bangkok et Jakarta risquent de ne plus exister dans trente ans.

Cette analyse a été effectuée avant que nous ne nous intéressions à ce qui se cache sous la surface en Asie. Ce continent entend construire près de 1000 centrales électriques au charbon (la Chine et l’Inde représentant à elles seules 76 % de la capacité mondiale de production d’électricité à partir de ce combustible), l’équivalent de cinquante années d’approvisionnement, ce qui provoquerait une hausse apocalyptique de la température (de 5 °C à 6 °C) d’ici à la fin du siècle.

Mais tout n’est pas perdu pas perdu. Premièrement, nous devons supprimer les subventions liées aux combustibles fossiles (au moins 1900 milliards de dollars, soit 1430 milliards d’euros, 2,5 % du PIB mondial, selon le FMI) et les remplacer par des feed-in tariffs (tarifs de rachat) afin de favoriser les énergies renouvelables. Cela permettrait de réaliser des économies et d’affecter cet argent aux plus pauvres pour qu’ils s’adaptent au changement climatique. Deuxièmement, l’Afrique et l’Asie, en particulier les pays les plus peuplés (Chine, Inde, Indonésie, Nigeria, Égypte et Philippines), devraient changer de tactique et orienter les négociations mondiales sur le sujet vers des actions décisives : s’engager à réduire les émissions polluantes et utiliser les marchés du carbone pour mobiliser des capitaux à grande échelle et ainsi financer l’évolution vers une économie « propre ». Troisièmement, la Banque mondiale et les autres institutions financières doivent cesser d’encourager les projets relatifs aux énergies et aux infrastructures qui ne respectent pas les exigences environ- nementales. Quand la Banque mondiale aide à financer une route ou un port, pourquoi ne privilégie-t-elle pas les infrastructures vertes? Peut-être faudrait-il confier la lutte contre le changement climatique à une nouvelle institution... Quatrièmement, nous devons poursuivre nos efforts pour instaurer un vrai coût du CO2. Actuellement, les experts-comptables signent des états financiers qui n’ont aucun sens. Par exemple, la valeur marchande d’Exxon tient compte de ses recettes et de ses réserves de pétrole et de gaz, quand un coût raisonnable du carbone induirait une baisse significative de la valeur de la compagnie. En effet, des secteurs tels que les industries pétrolière, gazière, minière, papetière, etc. pourraient se trouver dans une situation déficitaire si la destruction du capital naturel dont elles sont à l’origine était prise en compte. Sans l’instauration d’un prix du carbone, les entreprises sont « rentables » même si elles détruisent l’éco-système et menacent la santé comme la sécurité de millions de gens. L’Afrique, l’Asie et leurs financiers doivent relever ce défi et combler le fossé entre le discours et les actes.

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