Angola : Cinq milliards de dollars à investir

Angola : Cinq milliards de dollars à investir

Pour faire fructifier les recettes pétrolières, le pays vient de se doter d’un fonds d’État. Un véritable défi en matière de gestion et de savoir-faire.

Il s’appelle officiellement « Fundo Soberano de Angola ». C’est l’un des derniers-nés de la famille des fonds souverains, ces fonds d’investissement publics dirigés et alimentés par des États. Lancé en octobre 2012, le fonds angolais dispose d’un capital initial de 5 milliards de dollars (environ 3,8 milliards d’euros). Un pécule issu des recettes de la vente du pétrole, dont le pays est le deuxième producteur en Afrique derrière le Nigeria. Ancienne, l’idée d’un fonds souverain angolais a mis du temps à se concrétiser. En novembre 2008, le président José Eduardo dos Santos annonce la création d’une commission devant poser les bases du fonds en vue de son lancement en 2009.

Mais la crise financière mondiale et la chute collatérale du cours du pétrole repoussent sa création. En 2011, le Fonds pétrolier pour le développement est finalement mis sur pieds. Puis, c’est à nouveau le silence, avant le lancement en RENCONTRES I ENQUÊTES I REPORTAGES grande pompe à l’automne 2012 du Fonds souverain d’Angola. Son objectif est de contribuer au développement économique et social du pays. « La transparence, la rentabilité des investissements et l’amélioration des conditions de vie des Angolais seront les trois principes essentiels de ce fonds », avait annoncé Armando Manuel, son président. Il recevra en outre chaque année un versement additionnel équivalent à la vente de 100 000 barils de pétrole par jour, soit environ 3,5 milliards de dollars.

La stratégie de placements du fonds sera diversifiée : recherche d’une rentabilité à court et long terme ; placements en Angola et à l’étranger sur les marchés émergents ; portefeuille varié, avec des produits financiers, de l’immobilier et des projets de développement. « Les investissements dans les infrastructures constitueront le coeur de l’activité du fonds, notamment dans le domaine de l’agriculture, du tourisme et de l’accès à l’eau et à l’électricité », avait encore précisé Armando Manuel. Car l’essor du pays passe aussi par la réduction de sa dépendance au pétrole.

De fait, le lancement du fonds fait partie de l’action du parti au pouvoir, le MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola) du président dos Santos, visant à diversifier l’économie angolaise. C’est d’ailleurs le chef de l’État qui définira, à travers un décret, la stratégie du fonds, ensuite mise en oeuvre par sa direction. Celle-ci se compose d’un trio d’administrateurs : Armando Manuel, conseiller économique du président, José Filomeno de Sousa dos Santos, l’un de ses fils (voir interview ci-dessous), et Hugo Gonçalves, un ancien cadre de la Standard Bank d’Angola. Ce conseil d’administration est épaulé par un conseil consultatif qui rassemble les ministres des Finances, de l’Économie, du Plan et le gouverneur de la Banque Centrale. L’un des cabinets de conseil et de gestion employés par le fonds sera la société suisse Quantum Global Investment Management, dont le fondateur et dirigeant, Jean- Claude Bastos de Morais, est un ami et un ancien associé de José Filomeno de Sousa dos Santos.

Le choix de cette société, comme la nomination du fils du président, a suscité de nombreuses critiques de la part de l’opposition et d’organismes anticorruption. Avec la création de ce fonds, l’Angola suit l’exemple de nombreux pays, notamment la Russie, le Brésil ou encore le Nigeria. Il accompagne aussi un mouvement à l’oeuvre en Afrique, plusieurs pays du continent dont l’Afrique du Sud et la Tanzanie ayant annoncé leur volonté de créer leur propre fonds. Ces derniers sont vus comme des outils de stabilisation d’économies très dépendantes des ressources naturelles, pétrolières, gazières ou minérales, et des variations de leur prix. C’est le cas du fonds du Botswana (6,9 milliards de dollars), le plus ancien du continent, créé en 1994 pour gérer au mieux les richesses minières du pays (diamants, cuivre, nickel). Les géants de Libye (Libyan Investment Authority) et d’Algérie (Fonds de régulation des recettes), les deux plus importants d’Afrique avec respectivement 65 et 56,7 milliards de dollars, affichent le même objectif. Ceux-ci ne jouent toutefois pas dans la même catégorie que les leaders mondiaux, véritables acteurs des marchés financiers internationaux : le Fonds de pension gouvernemental norvégien (715,9 milliards de dollars), le fonds des Émirats arabes unis (Abu Dhabi Investment Authority, 627 milliards de dollars), celui de l’Arabie saoudite (Sama Foreign Holdings, 532,8 milliards de dollars) et ceux de la Chine, qui en possède cinq.

 

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