Pour commencer AMB N°4

BIG CITIES

On le sait, l’humanité se déplace massivement vers les villes. Chaque année, notre planète compte 70 millions de citadins supplémentaires. Six-cents villes majeures regroupent 1,5 milliard d’habitants soit plus de 20 % de la population. Et le top 100 de ces « big cities » représente, à lui tout seul, près de 40 % de la richesse globale de l’humanité. En 2025, selon McKinsey, 735 millions de familles vivront dans ces 600 villes, avec un revenu annuel de 30 000 dollars par an (contre une moyenne de 20 000 dollars pour le monde en développement). Ces méga-villes concentrent le pouvoir global.

Économique, politique et culturel. Elles drainent l’énergie. Elles absorbent les territoires qui les entourent. Elles transcendent les frontières. Elles concentrent les défis sociaux et environnementaux. Elles sont l’incarnation de l’économie du monde : métissage, mélange, ouverture sur le grand large… Elles « votent » rarement conservateur. Elles sont moins craintives sur les questions d’immigration, d’identité, de concurrence. Autour de ces coeurs battants, se multiplient les campagnes désertes et les agglomérations fantômes. Pour le meilleur et pour le pire, ces grandes villes incarnent un futur en train de se dessiner sous nos yeux. Elles dépassent les intérêts de leurs propres États. Elles vivent par elles-mêmes, et il ne faut pas exclure, un jour, des tentatives d’indépendance…

RICHE CORRUPTION

Les chiffres sont presque passés inaperçus. D’habitude, ils concernent plutôt nos pays, le monde en développement. Contrairement donc à une idée reçue, ce n’est pas qu’une affaire de pauvres. Courant janvier, la Commission européenne a présenté son premier rapport sur la corruption. Et Bruxelles sonne le tocsin sur un fléau qui coûterait 120 milliards d’euros à l’économie des 28. C’est beaucoup, même si cela ne représente, in fine, que 1 % du PIB global de la zone. Prudents, les experts se sont abstenus de « classer » les pays membres. Mais on peut toutefois déduire de la lecture que les bons élèves sont toujours les mêmes : pays nordiques, Allemagne, Royaume-Uni.

Et les mauvais aussi : Europe du Sud et Europe de l’Est. La France se situant, comme souvent, au milieu, entre deux mondes. Les citoyens français sont peu touchés par la petite corruption de la vie quotidienne, moins qu’un Grec, qu’un italien ou qu’un Bulgare, en tous les cas. Mais le fardeau est nettement plus lourd au niveau des entreprises, du monde des affaires. Près de 60 % des entreprises hexagonales déclarent que la corruption est un frein à leurs activités. Et les technocrates européens estiment que le juge français n’a pas assez de compétences sur les marchés publics (qui représentent 20 % du PIB) et sur les transactions internationales (dont on connaît le potentiel d’opacité). Voilà qui ferait une belle réforme « sociale-démocrate » à mettre à l’actif de la présidence Hollande.

VIVE LES FONDS !

Ce n’est pas encore l’Asie, mais, on le sait, le regard global de la communauté des affaires sur l’Afrique a changé. En particulier pour les fonds d’investissements et les capital-risqueurs. Les marchés émergents s’essoufflent. Les grands pays industriels sont en crise larvée. Le continent offre, lui, des perspectives réelles de « business ». On y retrouvera, entre 2015 et 2020, sept des dix économies à plus forte croissance. Et le marché des futurs consommateurs attire toutes les convoitises (voir p. 8 et p. 78).

Les grands « aristocrates » du secteur (Abraaj, Blackstone, Carlyle, KKR, Lazard, Rothschild, Wendel…) multiplient les projets, tout comme les nouveaux arrivants spécialisés (Amethis). Comme le souligne un fondateur de cette maison parisienne : « Aujourd’hui, c’est presque moins risqué d’investir dans des entreprises africaines que de faire du LBO [leverage buy out] en France. » Et si certains investisseurs sont encore hésitants, c’est surtout parce que ce marché n’offre pas (encore) assez de bons projets, hors énergie et infrastructures. Et que des risques, institutionnels, politiques, économiques, pèsent encore sur la « sortie » des capitaux. Tout cela, reste, malgré tout, une affaire de riches Occidentaux. Et l'on espère avec impatience le développement d'entités africaines, « homegrown » comme disent nos amis anglosaxons, capables de créer de la valeur ajoutée « locale ».

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