José Filomeno de Sousa dos Santos : « Nous respecterons toutes les règles internationales de transparence »

SURNOMMÉ « Zenu », le fils aîné du président de l’Angola fait partie, à 35 ans, du trio d’administrateurs qui dirige le Fonds souverain d’Angola (FSDEA), lancé à l’automne dernier.

AMB : Le FSDEA a été mis en place le 17 octobre 2012 lors d’une conférence de presse dans ces bureaux. Un grand nombre de journalistes angolais mais aussi étrangers étaient présents. Aujourd’hui, où en est le travail du fonds ?

José Filomeno de Sousa dos Santos : Lors de son lancement, nous avons eu l’occasion d’exposer la mission qui nous a été confiée. Il s’agit de conduire les activités de l’institution de façon transparente et responsable, d’investir dans des projets prometteurs et durables et, plus globalement, de promouvoir le bien-être socio-économique des Angolais. Pour ce faire, nous sommes en train de mettre en place les règles de fonctionnement interne du fonds, dont celles concernant la production du rapport annuel. En parallèle, nous étudions les stratégies d’investissement possibles et nous échangeons de façon intensive avec le conseil consultatif [organe composé des ministres des Finances, de l’Économie et du Plan, ainsi que du gouverneur de la Banque centrale, NDLR] afin de déterminer notre politique de placement.

Vous disposez d’un capital initial de 5 milliards de dollars, issu des recettes de la vente du pétrole, dont l’Angola est le deuxième producteur en Afrique. Quels sont vos objectifs de croissance et de rentabilité ?

Bien évidemment, l’objectif du fonds est de parier sur des investissements produisant de bons rendements pour accroître davantage sa valeur. Mais il s’agit aussi d’investir dans des projets durables, rentables sur le long terme et permettant l’amélioration des conditions de vie. Il est en outre prévu de renforcer le capital initial avec le versement chaque année d’un montant équivalent à la vente de 100 000 barils de pétrole par jour. En prenant comme base le prix du baril à 100 dollars, cela signifie que le fonds recevra annuellement une dotation additionnelle de 3,5 milliards de dollars.

Lors du lancement du fonds, vous avez, avec les deux autres membres du conseil d’administration son président, Armando Manuel, et son deuxième administrateur, Hugo Gonçalves évoqué des secteurs d’investissement à privilégier, dont l’agriculture et le tourisme. De quels projets concrets s’agit-il ?

Nous avons des vues sur différentes industries et plusieurs secteurs. Toutefois, il est un peu tôt pour donner des exemples car nous sommes encore dans la phase d’analyse. Concernant les investissements engagés dans le pays, il faudra qu’ils soient rentables bien sûr, mais nous porterons aussi une attention toute particulière à leur impact social. Pour l’étranger, les marchés émergents d’Afrique, d’Asie et certains d’Amérique semblent offrir le meilleur rendement. Et notre politique sera diversifiée, avec des placements liquides, des obligations, mais aussi des prises de participation, des produits alternatifs et dérivés. Je ne pourrai détailler qu’après la publication de la politique d’investissement, qui sera définie par le président de la République et exposée dans un décret. Ce document conduira notre action.

Plus globalement, le fonds souverain est présenté comme un outil pouvant diminuer la dépendance de l’économie angolaise au pétrole. Concrètement, comment peut-il permettre cette diversification économique ?

Ces dernières années, le pays a beaucoup investi dans le secteur pétrolier en formant de nombreux cadres dans ce domaine. Nous pensons que le fonds peut être le début d’une nouvelle approche visant à mobiliser de nouveaux secteurs afin de diversifier l’économie et d’être moins dépendant du pétrole. Le fonds devra encourager l’investissement dans des industries qui ont un grand besoin de capitaux mais qui, aujourd’hui, ne parviennent pas à les attirer. Et, en développant le secteur privé, nous constituerons une force de travail qualifiée qui fait défaut actuellement. L’idée est de créer une institution nouvelle qui agira comme un catalyseur des placements angolais à l’international et étrangers en Angola. C’est un véritable défi car nous devons être capables d’attirer des partenaires et d’évaluer correctement les perspectives d’investissement dans un contexte mondial de crise.

La création du fonds souverain a suscité des critiques dans le pays et à l’étranger. La principale porte sur les garanties d’une gestion transparente alors que l’opacité des comptes publics de l’Angola est régulièrement dénoncée. Comment être sûr que le fonds sera bien géré ?

L’obligation de rendre compte de notre action, avec la présentation régulière de rapports d’activités, est la meilleure des garanties. Nous respecterons toutes les règles internationales de transparence, notamment les principes de Santiago, qui régissent le fonctionnement des fonds souverains au niveau mondial. Nous ferons l’objet d’un audit indépendant chaque année, dont le résultat sera publié. En outre, la comptabilité du fonds fait partie des comptes du Trésor qui sont présentés chaque année devant le Parlement pour évaluation.

Autre objection apportée, le risque de corruption et de conflits d’intérêts. Le fonds est en effet géré par des proches du président de la République, vous, son fils, Armando Manuel, son conseiller économique, des membres de l’État et le gouverneur de la Banque centrale…

Les personnes chargées de la gestion du fonds ont toutes une solide expérience dans le domaine économique et bancaire. C’est pour cette seule raison, leur compétence, qu’elles ont été choisies. Pour ma part, ce travail est une activité professionnelle comme une autre. J’ai toujours exercé dans le domaine de la finance, aujourd’hui je prends ce nouveau poste. C’est une évolution de carrière. Je voudrais insister sur le fait que notre mandat est de gérer ce fonds de façon transparence et rationnelle. Nos investissements seront évalués et nous devrons justifier chacun d’entre eux.

De nombreux analystes ont également souligné que, jusqu’à présent, la compagnie nationale pétrolière Sonangol fonctionnait comme une sorte de fonds souverain dans le pays, en finançant des projets immobiliers ou sociaux sans lien avec son coeur de métier. Quelle sera l’efficacité du fonds dans ces conditions ?

Nous ne disposons d’aucune information à ce sujet. Ni les activités de l’entreprise Sonangol ni celles du gouvernement n’entrent dans le cadre du mandat qui nous a été confié. Il ne nous appartient donc pas de les commenter.

Avec la création du fonds, l’Angola suit la voie tracée par la Norvège, les Émirats arabes unis, la Chine ou encore l’Algérie, des pays développés ou en voie de développement. Est-ce une volonté de montrer l’importance économique croissante du pays ?

Il n’est absolument pas question de faire une démonstration de force. L’enjeu est de créer des bénéfices pour les Angolais et de préparer l’avenir en laissant des réserves aux générations futures. En même temps, il faut reconnaître que le pays a connu une évolution très rapide, surtout lorsque l’on sait qu’il était encore en guerre il y a une dizaine d’années. Cela se voit au quotidien. Désormais, les gens portent une grande attention aux questions administratives, ils font des projets sur le long terme ; ce n’était pas le cas avant. De ce point de vue, comme sur la perception que les habitants ont de leur pays, il y a eu une grande transformation.

Vous êtes né à Luanda et y avez passé votre enfance ainsi qu’une partie de votre adolescence. Vous avez ensuite suivi votre mère, diplomate angolaise et ancienne épouse du président, en poste en Suède et en Angleterre. Au début des années 2000, vous êtes revenu en Angola. Ce retour était-il choisi ?

J’ai quitté le pays à cause de la carrière professionnelle de ma mère, mais je n’ai jamais pensé vivre à l’étranger de façon définitive. Pour moi, il n’y avait pas d’autre possibilité que d’habiter en Angola. Je n’ai jamais eu envie de vivre ailleurs qu’ici, même si j’ai apprécié l’expérience en Europe.

Diplômé de l’université de Westminster en finance et en gestion, vous avez travaillé dans le trading à Londres, puis dans les assurances, le transport et la banque en Angola. Lorsque vous avez été nommé au conseil d’administration du fonds souverain, nombre de médias ont parlé d’un poste tremplin vers la présidence et la succession à votre père. Une carrière politique vous intéresse-t-elle ?

Le plus important pour moi, c’est mon poste actuel. C’est de faire en sorte que mon travail ait un impact significatif sur le quotidien des gens en créant une institution unique, ouverte sur le monde et donnant accès à l’Angola. C’est ma mission et elle me satisfait amplement. Je n’ai pas d’ambition politique. Quant à la question du successeur de mon père, c’est un sujet que nous n’avons jamais abordé.

Quelles relations entretenez-vous avec lui ? Et avec le reste de la famille ?

Nous avons une relation de père à fils, tout ce qu’il y a de plus normal. Nous passons du temps ensemble le week-end à regarder des programmes de sport ou de musique à la télévision, à parler de mes trois filles, de leur santé, de leurs résultats à l’école… Quand nous sommes en famille, nous ne parlons pas des activités professionnelles des uns et des autres. Nous profitons de ce temps libre pour prendre des nouvelles de chacun, surtout des enfants. Ce qui nous conduit souvent à parler de l’époque où nous étions, nous aussi, petits.

 

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