De la Méditerranée à l’Afrique : pour un tourisme durable

Comment tirer les leçons de l’expérience du Maghreb ?

Le potentiel touristique de l’Afrique subsaharienne est d’ampleur continentale, mais reste largement sous-exploité. En 2012, alors que la France, première destination mondiale, accueillait plus de 8 % des flux touristiques internationaux, l’ensemble des pays subsahariens en captait à peine 4 %. Certains d’entre eux, comme l’Afrique du Sud, le Kenya et le Sénégal, ont commencé de longue date leur développement dans ce secteur. Mais d’une manière générale, l’essor de l’activité est entravé par l’image d’un continent pauvre et inhospitalier, en dépit de la diversité des situations qui y coexistent.

Mais le temps viendra bientôt où les conditions sanitaires et sécuritaires s’amélioreront, où les infrastructures écloront et où de grandes destinations africaines émergeront. Le temps viendra bientôt où les citoyens africains feront du tourisme et où le voyage en Afrique sera en vogue dans les sociétés occidentales et asiatiques. Ce temps sera celui de la massification du tourisme sur le continent, que la plupart des organisations internationales appellent de leurs voeux pour les effets de développement qu’elle pourrait produire sur la région, comme elles le firent naguère pour les pays méditerranéens au nord du Sahara.

Quels enseignements l’Afrique subsaharienne peut-elle tirer de l’expérience égyptienne, tunisienne ou marocaine ? Que le tourisme est bon pour le développement économique ? Incontestablement. Avec le développement touristique, un pays peut attirer à lui des devises et des investissements. Il peut rentabiliser l’aménagement de son territoire. Il peut offrir des emplois à ses ressortissants, y compris aux plus vulnérables, comme les femmes et les jeunes non qualifiés. Il peut s’insérer dans les flux aériens et financiers mondialisés. Il peut générer la confiance des agences de coopération internationale et des investisseurs d’autres secteurs d’activité. À différents niveaux d’intensité, tout cela s’est observé en Égypte et au Maghreb. Cela peut se reproduire dans n’importe quel pays candidat au développement touristique, pourvu qu’il assure la protection des touristes et des investisseurs.

Mais l’essor du tourisme est à double tranchant, surtout lorsqu’il s’ancre dans des territoires fragiles. En Afrique du Nord, le succès de certaines destinations n’a pas été sans contrepartie. L’activité y a causé de sérieuses perturbations sociales et environnementales. La pression foncière a provoqué, à Marrakech, un exode des plus pauvres. Les déchets sont source de graves pollutions au sud de Djerba. Les sites égyptiens de la vallée du Nil sont de plus en plus « artificialisés »… Doit-on pour autant regretter que le tourisme s’y soit développé ? Ou doit-on simplement déplorer que ces pays soient tombés dans le piège de l’excès ?

L’expérience nord-africaine montre que les préoccupations économiques, aussi justifiées soient-elles, ne doivent pas l’emporter dans les stratégies gouvernementales, au risque d’annuler les effets les plus positifs du tourisme. Voilà un défi d’envergure pour les pays africains qui s’ouvriront à ce secteur dans les décennies à venir. Ce n’est pas tant le type de pratique privilégié qui compte que la capacité des territoires à l’assimiler sur le plan environnemental et culturel, cela même si fixer la limite est une tâche délicate, surtout pour un pays en quête de croissance.

 

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