Mariam Diawara Directrice du groupe La Désirade Plus, Brazzaville, Congo

Mariam est sans doute l’incarnation de la patronne de PME africaine qui se bat et développe son affaire à la force de ses poignets et de son talent, transmis de génération en génération. À 53 ans, Mme Diawara est l’une des figures incontournables de Brazzaville. Elle règne sur un business lui-même incontournable : la restauration et le service traiteur. Elle a trois restaurants, La Désirade Plus dans le quartier 10-Maison avec ses spécialités locales de poissons salés et autres saka saka ; un fast-food qui ne désemplit pas le midi au centre-ville, avec ses pilons de poulet « bicyclette » savoureux ou ses pizzas moelleuses, et la table chic du ministère des Affaires étrangères où elle accueille congressistes et diplomates, en version salon privé ou buffets géants sur commande.

Née à Brazzaville, elle a des origines sénégalaises et maliennes. Ce qui lui a certainement donné cette fameuse bosse du commerce. Un papa commerçant, justement, et une maman restauratrice. Élevée au fumet du riz au poisson et du poulet braisé, elle se destine pourtant à une carrière de diplomate. Sa maîtrise de droit public, option fiscalité, en poche, elle fait quelques stages… puis se rend vite compte, malgré l’oeil sourcilleux de sa famille, que « son truc », c’est définitivement la restauration. Après que sa mère a ouvert la première Désirade en 1989 dans le quartier Poto Poto, elle travaille à ses côtés. Puis part voler de ses propres ailes en inaugurant l’établissement de 10-Maison. Suivront un autre sur le boulevard du 30-Juin à Kinshasa, de l’autre côté du fleuve, puis La Désirade La Plaine, au centre-ville de Brazza, un resto aussi à Pointe-Noire et, enfin, un au ministère des Affaires étrangères en 2010, après avoir gagné l’appel d’offres pour la gérance des lieux.

C’est dans ce dernier restaurant, vêtue d’un beau basin jaune poussin et installée sur une des chaises drapées rehaussées d’un noeud de taffetas rose fuchsia, qu’elle affine l’histoire. « Depuis, Kinshasa et Pointe-Noire ont fermé. Trop loin, trop compliqué », explique-t-elle. L’un de ses trois portables sonne, comme environ 200 fois par jour : « Mohamed, tu es où ? As-tu as apporté les 300 verrines pour le mariage ? Il faut que tu ajoutes aussi 40 bouteilles de Ruinart pour le gala de samedi. Et Abdoul te donnera les instructions pour les méchouis de mouton… » Abdoul, c’est son fils aîné de 32 ans elle a aussi une fille de 23 ans, qui fait des études de sciences politiques à Dakar, qui est venu travailler avec elle. Il l’a aidée à développer ce qui représente le coeur de son activité : l’organisation de réceptions. Galas, anniversaires, mariages, congrès. L’État comme les privés font le plus souvent appel à elle.

Grande professionnelle, elle est capable d’organiser en un temps record des dîners de 100 à 2 000 personnes. Elle fait venir les roses de France, les chapiteaux de Dubaï ou la vaisselle de Chine. « J’emploie 65 personnes à temps plein, et jusqu’à 70 de plus pour l’événementiel. Nous livrons les déjeuners aux sociétés, comme Congo Iron ; on travaille aussi dans les cantines d’entreprise, à Airtel ou à l’ambassade des États- Unis », précise-t-elle. Et il n’est pas rare qu’elle gère des privés privilégiés : « Allô ? N’oubliez pas d’apporter un panier garni à Mme Untel ou le thiep bou dien préparé comme ceci ou comme cela à la résidence de tel ministre. » Discrétion oblige, elle ne raconte rien, mais connaît sur le bout des doigts les rouages de la société brazzavilloise.

Sa journée type ? Levée à 5 heures et couchée à 22 heures, dans son petit appartement du centre. Et toute la journée, elle fait des va-et-vient entre ses établissements et son laboratoire où elle prépare tous ses plats. Entre les trésoreries pour recouvrer ses factures et le domicile des clients qui se marient, avec telle ou telle exigence à laquelle il faut répondre. Bien entendu, impossible de parler revenus et bénéfices. C’est une règle d’or culturelle chez ces dames commerçantes. Mais on peut dire que son affaire tourne à plein régime. Elle s’est offert une formation à l’événementiel à New York l’année dernière pour se perfectionner, trouver de nouvelles idées. Elle fait des allers-retours plusieurs fois par an à Dubaï, en Chine ou à Paris pour se ravitailler.

Et son péché mignon, ce sont les spas. Elle s’octroie volontiers des séjours de remise en forme en Tunisie ou ailleurs, pour faire le vide. « Et vous verrez, dans quelques mois on va ouvrir une pizzeria au centre-ville. Et l’année prochaine, j’aurai fini de construire mon nouvel espace événementiel sur l’avenue Beaux- Parents. » Elle égrène ses projets, avec la même lueur passionnée dans les yeux. Sans jamais oublier de demander : « Alors, ce filet mignon moutarde ? Mais vous ne vouliez pas goûter un peu de saka saka aussi ? Mais enfin, Nathalie, pourquoi on n’a pas servi le verre de rosé-piscine à madame ! Allez voir ce qui se passe… »

L’ouverture du premier établissement, La Désirade Plus, a lieu en 1993, dans le quartier 10-Maison à Brazzaville.

C’est en 2002 qu’est inaugurée La Désirade La Plaine, qui deviendra ensuite un fast-food au centreville de la capitale. Une zone où la demande en restauration rapide ne cesse de croître.

Une des particularités de Mme Diawara est de servir, lors des événements et galas où elle officie, à la fois du foie gras et des verrines de saumon, et les traditionnels saka saka et thiep bou dien. Une rencontre réussie entre Occident et Afrique.

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