Le Cameroun à la recherche du temps perdu

Code attractif, programmes de cartographie des ressources géologiques, appels aux opérateurs étrangers… Le pays veut sortir de l’exploitation semi-artisanale.

Devenir l’un des principaux acteurs miniers du Continent, c’est l’ambition affichée par le Cameroun qui entend relancer une activité qui tourne encore au ralenti. Il est vrai que, dix ans après la délivrance en 2003 du premier permis pour un gisement de cobalt-nickel-manganèse à l’entreprise Geovic, le secteur attend encore de passer du stade de l’exploitation semi-artisanale actuelle à une production plus industrielle. Un retard qui s’explique notamment par un cadre législatif longtemps jugé restrictif par les compagnies étrangères et par la prudence des autorités décidées à ouvrir de manière progressive l’exploitation du sous-sol camerounais. À ce jour, seuls cinq permis d’exploitation minière ont été accordés, alors que les experts pensent que ce chiffre pourrait être multiplié par trois ou quatre.

« Le Cameroun dispose pourtant d’un potentiel minier très important, marqué par un contexte géologique très favorable et la présence de gisements dont certains sont de classe mondiale », a ainsi relevé Emmanuel Bondé, le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) lors d’une conférence de presse en janvier 2014. Le responsable a notamment cité le cobalt-nickel de Lomié (Est), le fer de Mbalam (Est), la bauxite de Minim-Martap (Nord), le rutile d’Akonolinga (Centre) tout en indiquant que des études récentes « ont également mis en évidence des indices de minéraux d’or, de diamants et d’uranium. » Pour le ministre, le but est clair : les mines doivent à court terme concourir à hauteur de 10 milliards de francs CFA (soit 20 millions de dollars environ) au PIB du pays, soit près du double de la contribution actuelle.

TREIZE CARTES GÉOLOGIQUES

La réalisation de cet objectif passe d’abord par une meilleure connaissance du potentiel minier du pays sachant que la moitié du territoire camerounais n’a pas été explorée ou même cartographiée. « Les données géophysiques et géochimiques restent insuffisantes pour de vastes régions ou doivent être réinterprétées au moyen de technologies et d’approches modernes », avertit de son côté un document de la Banque mondiale. De janvier à juin 2014, une campagne aérienne de relevés a donc été programmée par Yaoundé, ce qui permettra entre autres d’élaborer treize cartes géologiques alors qu’il n’en existe qu’une seule aujourd’hui. « Disposer de levés géophysiques récents est le préalable pour convaincre les sociétés minières d’investir », explique un spécialiste français du secteur.

Pour attirer les capitaux, les autorités mettent aussi en avant un code minier incitatif qui accorde des avantages fiscaux et douaniers aux détenteurs de permis de prospection comme à leurs soustraitants et fournisseurs, en même temps qu’il permet l’admission temporaire du matériel, équipements professionnels, machines, appareils et véhicules de chantier. Une exonération des droits de douane, des enregistrements et des taxes sur la valeur ajoutée est même concédée pour certains matériaux destinés aux firmes minières pendant les phases de recherche, d’implantation et d’exploitation, jusqu’à la première production.

COMBLER LES LACUNES

Pour Fuh Calistus Gentry, secrétaire d’État auprès du ministre chargé des Mines, ce cadre légal compétitif « fait du Cameroun un bon risque pour l’investissement minier ». Cela même si le Cinq permis d’exploitation ont été accordés. Ce chiffre pourrait être multiplié par 3 ou 4. pays manque encore d’expérience, d’ingénierie et même de ressources humaines pour amorcer la phase industrielle de l’exploitation de son soussol. Pour combler cette lacune, le gouvernement a obtenu de la Banque mondiale un financement de 30 millions de dollars pour le Projet de renforcement des capacités du secteur minier (Precasem). Le but de celui-ci est d’améliorer l’efficacité et la transparence dans la gestion de l’activité avec, notamment, la création d’institutions dédiées et une meilleure intégration locale ou régionale des industries extractives.

Du reste le Cameroun a décidé d’adhérer à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (Itie) et s’engage donc à rendre publics les revenus tirés de l’exploitation minière. Autre effort : il fait aussi partie du processus de Kimberley destiné à assainir le commerce des diamants. Des adhésions saluées par les ONG locales et internationales qui attendent désormais que Yaoundé tienne ses engagements.

Certaines productions ont d’ores et déjà démarré au Cameroun. C’est le cas de la mine de diamant de Mobilong dans l’est du pays, exploitée par la firme Cameroon & Korea Mining. Quant au gisement de fer de Mbalam, le Cameroun a signé une convention minière avec Cam Iron, filiale de l’australienne Sundance Resources, qui devrait investir 6,3 milliards de dollars pour la construction de la mine et d’une ligne de chemin de fer de 510 kilomètres pour l’évacuation du minerai vers le port en eau profonde de Kribi. « Notre projet, estime Giulio Casello, PDG de Sundance Resources, détient la même teneur en fer que les meilleures mines d’Australie occidentale. Nos coûts d’infrastructures sont moins élevés que pour un projet minier majeur comme celui du Simandou, en Guinée.[…] De plus, le projet est susceptible d’entrer en production en trois ans à peine. »

L’AMORCE D’UNE EXPLOITATION INDUSTRIELLE

Par ailleurs, la bauxite de Ngaoundal et de Minim-Martap, dans le plateau de l’Adamaoua, devrait également faire l’objet d’une exploitation dans les prochaines années par le consortium Cameroon Alumina Limited, composé des géants mondiaux Hindalco, Dubal, et Hydromine. La construction des installations minières et de l’usine d’alumine pourrait coûter jusqu’à 100 millions de dollars et durer deux ans afin de mettre en valeur des gisements dont le potentiel dépasserait les 700 millions de tonnes de minerai. L’objectif est de faire de cette usine l’une des plus grandes d’Afrique, avec une capacité initiale de 1,5 million de tonnes par an, puis de 3,5 millions par la suite.

Dans l’attente du démarrage de ces projets industriels, l’exploitation artisanale se poursuit, étroitement réglementée par le Cadre d’appui et de promotion de l’artisanat minier (Capam), un organisme public créé il y a dix ans. Le Capam s’attèle donc à sortir les prospecteurs de l’informel et à codifier la chaîne de production, de traitement, de transformation et de commercialisation des produits de l’artisanat minier. Une de ses premières tâches a consisté à identifier tous les sites d’exploitation artisanale et à y organiser les travailleurs en sociétés coopératives ou en groupes d’initiative commune. Pour faciliter leur accès à du matériel moderne, le Capam les aide à bénéficier des microcrédits. Mais sur ses ressources propres, il accorde également des appuis techniques, en mettant par exemple à la disposition de chaque site d’exploitation artisanale deux ou trois ingénieurs et géologues miniers.

 

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