5 questions à EVODE IMENA Ministre des Mines du Rwanda

« Faites toutes les lois que vous voulez, mais ne nous privez pas de notre droit à commercer ! »

NOMMÉ à la tête de son ministère en février 2013, Evode Imena ne se fait pas prier pour répondre à toutes les questions même embarrassantes sur le pillage ou l’exploitation illicite des minerais de l’est du Congo. Géologue de formation, cet ancien directeur de l’unité d’exploration minière de l’Autorité des ressources naturelles du Rwanda (ARNR) a reçu à son ministère une délégation du Parlement européen qui planche sur un projet de directive visant à interdire en Europe les « minerais du sang ». Dans son dernier rapport, le groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo a de nouveau mis en cause l’intervention du Rwanda dans le Nord-Kivu, l’accusant d’avoir armé et financé la dernière rébellion en date, le M23, pour continuer à exploiter les minerais de la province. Ce que le ministre dément, catégoriquement.

AMB : Le Rwanda est fortement soupçonné par la communauté internationale d’exporter des minerais qu’il ne produit pas. Quelle est votre réponse ?

Un pays petit, enclavé et pauvre, telle est l’image du Rwanda à l’international. Petit, c’est vrai… Mais pauvre, pas tout à fait ! Nous produisons des minerais depuis 1930. Selon un rapport américain sur l’offre mondiale de matières premières, nous serons le troisième producteur de tantale et le onzième producteur d’étain en 2030. Entre janvier et septembre, le Rwanda a exporté 7 096 tonnes de minerais. Nous investissons dans ce secteur. Le Rwanda ne doit pas être analysé à travers la situation en RD Congo. La RD Congo, c’est la RD Congo. Le Rwanda, c’est le Rwanda ! Nous avons beaucoup de ressources.

Quelles sont-elles exactement ?

Nous exploitons de la cassitérite, du tungstène, du tantale, du coltan et de l’or. En ce qui concerne l’or, la production reste faible et consommée localement, mais dans deux ou trois ans nous aurons une industrie aurifère dynamique. Les pierres précieuses, elles aussi, représentent un fort potentiel. Saphir, tourmaline, améthyste, rubis et topaze sont présents dans nos sous-sols. Le Rwanda est situé géographiquement dans une ceinture qui va de l’ouest de la Tanzanie à l’est de la RD Congo en passant par le Burundi et le sud de l’Ouganda. Les mêmes types de roches se retrouvent partout.

De quoi êtes-vous accusés ?

L’idée dominante à l’étranger est la suivante : 100 % de nos minerais sont des « minerais du sang », et nous sommes le seul pays du monde à dépendre entièrement d’eux.

Est-ce juste une perception ?

C’est une perception. Cela ne veut absolument pas dire que 100 % des minerais exportés du Rwanda ne soient pas traçables ni en provenance du Rwanda. Il y a beaucoup de rapports, mais où sont les preuves ? Où sont les faits et les chiffres ?

La loi américaine Dodd-Franck de 2010, qui impose aux entreprises américaines un « devoir de diligence raisonnable » sur leur approvisionnement en minerais, s’est traduite par un embargo de fait sur ceux provenant des Grands Lacs. Aujourd’hui, une directive européenne est à l’étude… Quelle est votre position sur cet arsenal ?

Pour nous, le commerce est un droit fondamental. Faites toutes les lois que vous voulez, mais ne privez pas le Rwanda de son droit à commercer ! On ne va pas nous dire de faire des affaires avec la Malaisie et pas avec le Burundi ou la RD Congo qui sont nos voisins ! Nous sommes contre tout commerce qui financerait des conflits. Quand vous [les États-Unis, NDLR] faites une loi limitée à une situation qui est en évolution, nous nous sentons simplement visés. Pourquoi le Rwanda et ses voisins sont les seuls pays mentionnés dans cette loi ?

Il faut que ce soit clair. Premier point : nous sommes contre le financement des conflits, nous voulons l’arrêter et même le combattre. Deuxièmement, le Rwanda est riche. Notre objectif est que chaque Rwandais ne dépende que de lui-même. Nous voulons dépendre de nos ressources pour nourrir nos familles et construire notre pays.

Déjà Membre ?

Email : Mot de passe :