Radhi Meddeb : « La Tunisie a un besoin vital de réformes »

Radhi Meddeb : « La Tunisie a un besoin vital de réformes »

Méditerranéen convaincu, agitateur d’idées, impliqué dans le débat national, cet entrepreneur expose les défis auxquels son pays est confronté. Et propose un chemin de croissance.

Fondateur et président du mouvement tunisien « Action et Développement Solidaire », Radhi Meddeb a plus d’une corde à son arc. Son Institut de prospective économique du monde méditerranéen (Ipemed), basé à Paris, a pour objectif de rapprocher les deux rives de la Méditerranée par l’économie et ainsi oeuvrer à la prise de conscience d’un avenir commun entre les pays du nord et du sud de cette région.

AM : Pourquoi les économies arabes sont-elles si peu attrayantes ? Si peu modernisées ? Avons-nous un problème culturel ou politique, ou les deux, avec le développement ?

Vous avez apporté la bonne réponse. Si la plupart des économies arabes sont si peu attrayantes, c’est qu’elles ont hérité de deux tares congénitales profondes : culturelle et politique. Dans une série de leçons données au Collège de France en 1994 sur le « miracle » du développement, Alain Peyrefitte démontrait magistralement que la combinaison des facteurs du développement est faite exclusivement de critères culturels. Quand je relis, près de vingt ans plus tard, cette brillante analyse, je retrouve, dans le monde arabe, une large panoplie des ingrédients de la combinatoire du nondéveloppement telle que la définit Peyrefitte : sociétés restées longtemps immobiles, hostiles à l’innovation, intolérantes, obscurantistes, sous tutelle, à économie captive et dominée, à santé précaire, sociétés de pénurie et spasmodiques.

Sur le plan politique, les économies arabes se sont toutes développées sur des situations de rente, de privilège et de proximité du pouvoir. L’accès au marché est une récompense à l’allégeance et non la reconnaissance de la compétence et de la compétitivité. De véritables appropriations patrimoniales des pays, de leurs productions et de leurs richesses ont été mises en place, laissant des populations entières à l’écart du développement. Même quand la croissance était au rendez-vous, le développement n’y était pas faute d’inclusion, de participation et de solidarité.

Quel est l’impact du Printemps arabe sur les économies de la région ?

Les raisons derrière les révoltes arabes étaient essentiellement d’ordre économique et social. Elles ont fait exploser les revendications légitimes, jusque-là contenues par la force et la contrainte. Elles ont mis à nu des situations inacceptables de non-droit. Les régimes issus des élections organisées dans la foulée de ces mouvements, pour l’essentiel à référence islamique, n’ont pas encore pris la mesure de la nécessaire remise en état des finances publiques et de la relance de leurs économies. Les déficits se creusent, l’inflation s’emballe et aucune inflexion sérieuse n’est enregistrée dans l’évolution du chômage. Les économies de la région donnent l’illusion de retrouver, à des rythmes différents, les chemins de la croissance, en tout cas pas du tout ceux du développement, et les pays des réformes semblent, pour le moment, s’en sortir mieux que ceux des révolutions.

Les choses sont complexes. L’Égypte ne se portait pas si mal avant la révolution.

Le pays avait fait des « miracles » entre 2004, année d’arrivée des libéraux au pouvoir, et 2009. La croissance, dès 2006, était supérieure à 6 % par an. Les investissements directs extérieurs avaient été multipliés par 35, passant de 300 millions de dollars [environ 250 millions d’euros, NDLR] en 2003 à plus de 11 milliards en 2009. Les réserves en devises étaient supérieures à 30 milliards de dollars.

Mais cette croissance n’était pas en mesure de réduire les inégalités. 40 % des Égyptiens vivaient officiellement au-dessous du seuil de pauvreté avec moins de 1 euro par habitant et par jour. Les indicateurs relatifs à l’alimentation en eau potable, à l’assainissement ou aux conditions de logement traduisaient une très grande précarité. L’armée confisquait une part importante de la richesse nationale, et la corruption était généralisée.

En Tunisie aussi, les choses ne sont pas simples. Dans les années 1990, 2000, on est allé jusqu’à évoquer un « modèle tunisien ». Qu’a-t-on fait de positif, et qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

Vous avez raison. En Tunisie, nous avons connu, avant la révolution, plusieurs années de croissance continue et sans à-coups. La libéralisation était en marche, les investissements directs extérieurs se situaient à des niveaux élevés. Le pays était systématiquement au top 3 des meilleures performances africaines, tant en matière de données socioéconomiques que de grands équilibres macroéconomiques. Il était cité en exemple. On avait effectivement évoqué au niveau des institutions internationales un modèle tunisien. Puis vint la révolution, qui surprit presque tout le monde, et on découvrit alors ce qui ne fonctionnait pas.

Les inégalités étaient importantes entre régions, entre catégories sociales, entre genres, entre générations et entre niveaux d’instruction. Le modèle n’était pas suffisamment inclusif. La croissance qu’il générait n’était pas assez riche en emplois ou en valeur ajoutée. Il n’avait pas réussi à inventer de nouvelles solidarités pour remplacer celles, traditionnelles, que la modernité avait mises à mal. Il n’avait pas non plus suffisamment intégré les préoccupations environnementales et les efforts de durabilité.

Tout modèle de développement doit être capable de s’amender et de s’adapter en permanence. La Tunisie n’avait pas réussi cet exercice. Elle avait cessé d’initier des réformes structurelles dès le milieu des années 1990. Sur le plan politique, le déficit de libertés, l’accaparement du pouvoir, la prédation, l’absence de démocratie et de participation des populations sont autant d’éléments qui devenaient de moins en moins compatibles avec le niveau d’instruction des populations et de progression du pays.

Très clairement, celui-ci était en crise depuis plusieurs années. Le système d’enseignement et de formation était programmé pour générer annuellement 20 000 à 30 000 chômeurs supplémentaires. Des régions entières étaient maintenues à l’écart du développement. J’ai eu l’occasion de discuter personnellement avec des ministres de Ben Ali entre septembre et novembre 2010 à propos de projets économiques majeurs pour la Tunisie. Personne n’était capable de prendre une décision. Le désabusement était généralisé. Pire encore, certains voyaient les grands projets publics bloqués pour cause de prédation et de corruption et restaient cois.

Vous avez un regard très critique sur la situation de la Tunisie et sur le bilan des deux premières années de révolution. Que peut-on retenir de cette première phase ?

Je ferais une distinction entre les deux années. La première était celle de la révolution, et il était légitime que la priorité fût donnée au politique, à la stabilité sociale et aux institutions. La deuxième année aurait dû être dédiée à la consolidation du processus démocratique, à la rédaction de la Constitution, à l’approfondissement du consensus, mais aussi à la remise en marche de l’écol’économie, au lancement de multiples chantiers de réforme et à la restauration des grands équilibres du pays. Rien de cela n’a été fait. La rédaction de la Constitution piétine. L’insécurité et l’instabilité institutionnelle se sont installées. Les grands équilibres économiques se sont dégradés, ainsi que l’emploi et les conditions de vie des populations. L’image internationale de la Tunisie s’est ternie. La confiance des investisseurs, tant de l’intérieur que de l’extérieur, s’est émoussée, et les touristes ont déserté le pays. Aucune réforme sérieuse n’a été engagée. Les populations s’impatientent.

Les islamistes ne sont-ils pas concernés par l’économie ? Le développement ? L’emploi ?

L’impression que donnent aujourd’hui les islamistes et leurs alliés dans l’exercice du pouvoir est celle d’une grande distance par rapport aux préoccupations économiques et sociales. Les 1 200 nominations opérées depuis un an dans l’administration et les entreprises publiques se sont faites pour l’essentiel sur base d’allégeance et non de compétence. Les multiples dégradations de la note souveraine de la Tunisie, de sa Banque centrale ou de ses institutions financières sont en permanence tournées en dérision par les responsables gouvernementaux. L’explosion des déficits jumeaux (budget et balance des paiements) n’inquiète personne. La dette extérieure a augmenté. Le budget d’investissement public pour 2012, largement orienté vers les régions intérieures, n’a été réalisé qu’à hauteur de 30 %. Pire encore, les dépenses dans ces régions semblent avoir été utilisées comme variable d’ajustement pour éviter une dérive encore plus grave du déficit budgétaire.

Les seules mesures annoncées en matière d’emploi portaient sur la création de 30 000 postes dans une administration déjà pléthorique et inefficace. De plus, l’économie n’est pas pilotée au sein du gouvernement : pas moins de 7 ministres sont en charge des dossiers économiques et financiers sans coordination quelconque. Pendant ce temps, les opérateurs économiques, traditionnels ou nouveaux, quittent la Tunisie, relocalisent leurs carnets de commandes ailleurs, et nos jeunes chômeurs s’impatientent. La priorité du pouvoir est strictement politique : gagner les prochaines élections et s’installer dans la durée pour une transformation en profondeur de la société.

Y a-t-il une économie islamiste ?

Bien sûr que non ! Il n’y a pas d’économie islamique, mais une finance islamique. Les exemples de réussite économique souvent cités sont ceux de la Turquie ou de la Malaisie. On y retrouve les mêmes ingrédients dans les pays émergents : prospective, gouvernance et innovation.

L’Institut européen de la Méditerranée à Barcelone a organisé en juillet 2012 un colloque sur « Les programmes économiques des acteurs islamiques ». À la lecture des actes de cette conférence, on relève une critique de l’héritage du passé, de grandes orientations pour les politiques à mettre en oeuvre demain, mais rien de précis si ce n’est la nécessité de diversifier les relations économiques et commerciales au-delà de l’Europe.

Quelle est la différence sur le plan économique entre les islamistes tunisiens et les islamistes turcs de l’AKP (Parti de la justice et du développement) ?

L’AKP est arrivé au pouvoir à travers les municipalités d’abord. Cela lui a donné une légitimité, une expérience et du réalisme. L’AKP s’est doté d’une vraie vision, politique, économique et diplomatique, au service de la restauration de sa puissance régionale d’antan. Une différence majeure avec Ennahdha est le positionnement économique de l’AKP vis-à-vis de l’Union européenne. En février 2011, je rencontrais à Ankara le ministre Egmen Bagis, négociateur en chef avec l’UE. Il me déclarait alors : « Nous sommes engagés dans une négociation avec l’Europe en vue de l’adhésion. Celle-ci est hasardeuse et hypothétique. Elle est renvoyée à 2023 et soumise au référendum dans chacun des pays européens. Le plus important pour nous n’est pas l’adhésion, mais la transposition dans notre droit, dans nos réglementations de l’ensemble de l’acquis communautaire, la convergence législative et normative. C’est notre voie vers la modernité. » C’est ce qui aura permis à la Turquie en l’espace de quinze ans d’entrer dans le club des quinze premières puissances économiques du monde.

Ne peut-on pas croire justement à un mouvement de réforme de l’islamisme politique tunisien ?

L’islamisme politique en Tunisie a été surpris par son accès au pouvoir. Il n’y était pas préparé, ni du point de vue de la vision, ni du projet, ni de l’expérience. Aujourd’hui, il est fortement marqué par la figure de son premier responsable, même si des dissensions commencent à se faire jour à l’épreuve de l’exercice du pouvoir. Le pays ne pourra pas être gouverné par une fraction contre une autre et encore moins si la ligne de fracture est religieuse et sociétale. Des recompositions de l’échiquier politique sont nécessaires. Elles sont possibles sous réserve de l’adoption d’un dénominateur commun reconnaissant le Code du statut personnel et de la famille, mais également tous les acquis sociétaux de la Tunisie moderne. Elles passeront plus, à mon avis, par une scission du mouvement islamiste que par sa réforme.

Selon la plupart des observateurs, le pays va se retrouver de facto sous tutelle du FMI…

Les politiques ne nous le disent pas suffisamment en ce moment, mais la Tunisie est de fait sous l’emprise du Fonds monétaire international. Pour la première fois de son histoire, elle se retrouve avec une représentante résidente du FMI dans les bureaux de la BCT. La contribution en cours de négociation entre le pays et le Fonds n’est pas considérable. De plus, elle est mise en place à titre préventif et ne donnera pas inéluctablement lieu à des tirages. Elle n’en est pas moins importante pour autant, car elle est le garant pour la communauté financière internationale que le gouvernement a engagé les réformes adéquates sous la supervision du FMI. Le type de changements que ce dernier est susceptible d’exiger est connu. Ils seront nécessairement douloureux. Toute la question est de savoir si le gouvernement aura la capacité de négociation qui lui permettra d’en atténuer les effets sur les couches les plus vulnérables de la population.

Les notations ont-elles réellement de l’importance pour la Tunisie ?

Le gouvernement a systématiquement essayé de minimiser l’effet de ces notations sur l’économie nationale. En réalité, il n’y a pas un investisseur qui ne s’appuie pas sur celles-ci, spécialement quand elles subissent des dégradations, pour relever ses exigences en matière de rémunération et de primes de risque. Pire encore, les bailleurs de fonds, y compris les multilatéraux, sont très soucieux de leurs propres notations. La dégradation de la note d’un pays, surtout quand elle est récurrente, les amène systématiquement à alléger leurs portefeuilles et à réduire l’allocation de leurs ressources, même s’ils ne l’annoncent jamais explicitement.

Est-il possible d’estimer l’ampleur de la dette tunisienne ? On a parlé de 25 milliards de dollars.

Derrière le mot dette, il y a de multiples réalités, celle de la dette publique, celle de la dette extérieure, celle encore de la dette publique extérieure. La dette en elle-même n’est ni bonne ni mauvaise. Seul l’usage qui en est fait l’est. La dette extérieure de la Tunisie est passée entre 2010 et fin 2012 de 37 % à quelque 48 % du PIB. Elle tourne donc autour de 22 milliards de dollars aujourd’hui et va allègrement vers les 25 que vous citez. Dans de multiples déclarations récentes, les autorités tunisiennes comparent le niveau d’endettement extérieur du pays à celui de nations comme la France, le Japon ou l’Italie pour en déduire que le niveau de la dette reste faible et soutenable et que des marges de progression importantes existent. Évidemment, ce discours ne correspond pas à la réalité.

Deux éléments dans l’évolution récente de la dette extérieure sont sources d’inquiétude, d’abord, l’usage qui en a été fait et, ensuite, la vitesse de son évolution. La Tunisie s’est endettée ces deux dernières années pour financer son déficit commercial et sa balance des paiements, autrement dit pour consommer. Nous allons léguer aux générations futures la responsabilité de payer notre consommation d’hier et d’aujourd’hui. Ensuite, en deux ans, la dette a augmenté de près de 30 % alors que le PIB ne croissait sur la même période que de 1,6 % ! Cela impose la mise en oeuvre d’un train de réformes structurelles rapides touchant la Caisse générale de compensation et la fiscalité.

Quelle est la vocation économique de la Tunisie ?

La principale richesse du pays aujourd’hui est constituée par ses hommes et ses femmes, son capital humain, son Code du statut personnel et de la famille, son niveau d’alphabétisation, ses cohortes de diplômés de l’enseignement supérieur, mais aussi par ses spécificités culturelles et ses identités multiples. Sa vocation économique en découle directement et naturellement. La Tunisie devrait s’investir dans l’agriculture biologique et l’industrie agroalimentaire, en renouant avec ses produits traditionnels et en valorisant ses multiples terroirs. Elle devrait se positionner également sur les services à haute valeur ajoutée, car c’est là la seule voie pour donner à chacun un emploi digne en rapport avec ses aspirations et ses capacités.

Le pays a un avantage compétitif indéniable sur de multiples secteurs mondialisés et tournés vers l’exportation, comme la production de logiciels, l’ingénierie, le conseil, la santé, l’éducation, les services aux entreprises, les services financiers, mais aussi des secteurs nouveaux et encore inexplorés comme les jeux informatiques, l’animation logicielle ou encore les métiers de la logistique. Il devrait favoriser la montée en gamme de ses industries textiles, mécaniques et électriques en y injectant plus d’innovation et de création, ainsi que promouvoir les énergies nouvelles et renouvelables en optant délibérément pour la construction d’une nouvelle filière et en y convertissant son industrie et son tourisme. La Tunisie devrait attirer un constructeur automobile d’envergure mondiale qui constitue une industrie industrialisante. Elle en a la capacité à la faveur d’une expérience de plusieurs années. Elle devrait aussi développer le tourisme écologique durable et investir dans les industries culturelles.

Si vous étiez en charge, ministre et peut-être plus, quelle serait votre approche économique ?

La Tunisie a besoin d’un modèle économique plus inclusif, plus équitable, plus solidaire et, en même temps, plus performant. Il faut donner des signaux forts aux populations que leurs préoccupations sont celles de leurs gouvernants. Le programme à lancer doit être volontariste et centré sur l’emploi à travers quatre piliers : la formation, pour réorienter les diplômés vers les métiers à forte employabilité, des grands projets d’infrastructure à impact direct sur l’investissement productif, la promotion de l’entrepreneuriat (fonds d’investissements en capital-risque, institutions de microcrédit et restructuration du système bancaire) et une relance des accords de coopération technique avec les pays voisins et amis.

En même temps, il faut engager les réformes structurelles multiples qui s’imposent aujourd’hui. Ces remaniements concernent le code des investissements, la fiscalité, le secteur financier, les caisses de retraite, la douane, les circuits de distribution, le commerce informel, l’économie parallèle, la caisse générale de compensation. Mais sont également nécessaires la modernisation de l’État, la réforme du système éducatif, la restructuration du secteur touristique… Dans tous ces chantiers, il faut avoir une double préoccupation permanente, la modernité et la performance.

Sur le long terme, la Tunisie a besoin de compter sur ses amis, sur tous ceux avec qui elle partage les valeurs de la modernité, de l’ouverture, de la solidarité et de la performance. Elle a besoin de s’ancrer définitivement dans un espace économique plus large qui la tire vers le haut.

La Méditerranée, vous y croyez encore ?

Oui, et plus que jamais. C’est un projet civilisationnel qui s’impose à toutes les parties. Dans sa dimension politique et diplomatique, il mettra peut-être vingt à trente ans à se réaliser, mais dans sa dimension économique, les opérateurs sont à l’oeuvre. Les chefs d’entreprises sont pragmatiques. Ils construisent d’ores et déjà la Méditerranée de demain. Notre horizon ne s’arrêtera pas là. La Tunisie doit renouer avec son africanité et retrouver sa vocation d’Ifriqiya. L’Afrique est un géant en gestation. La Tunisie a naturellement un rôle majeur à jouer en tant que trait d’union entre l’Europe et le continent. Plusieurs de ses entreprises ont emprunté cette voie depuis longtemps.

Êtes-vous encore optimiste ?

Je répondrais de manière succincte en empruntant au philosophe ces belles paroles : « Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté. »

ACTIVITÉS SOUS HAUTE SURVEILLANCE LE TOURISME

« CE SECTEUR représentait, la veille de la révolution, jusqu’à 12 % du PIB et employait directement et indirectement près de 400 000 personnes. Mais le tourisme se porte mal depuis vingt ans. Son modèle traverse une crise structurelle. Le Printemps arabe a accéléré la dégradation de sa situation. Du coup, les remèdes qui sont recherchés relèvent plus du pis-aller que de la vraie thérapie. La détérioration de la situation sécuritaire, l’assassinat de Chokri Belaïd ont entraîné des annulations massives. Des dizaines d’établissements ont fermé. Les autres peinent à rembourser les banques. Les clients sont détournés vers la Maroc, la Turquie ou ailleurs. Sur le long terme, la survie du secteur est tributaire de sa profonde restructuration financière et capitalistique. »

LA BANQUE

« LE SECTEUR FINANCIER tunisien avait pris beaucoup de retard par rapport à des pays à niveau de développement comparable. Aujourd’hui, il est confronté à de multiples défis : une qualité des ressources humaines insuffisante, un émiettement important par rapport à la taille du marché, une régulation inadaptée et une supervision insuffisante. Les crédits non performants du secteur bancaire atteignent des niveaux inquiétants. Ceux relatifs aux établissements hôteliers y contribuent pour une part significative et sont particulièrement concentrés auprès d’un nombre limité de banques. L’insuffisance de ressources est endémique depuis deux ans, et seule une politique laxiste de la Banque centrale aura permis à de multiples établissements de survivre. Globalement, le système n’est pas rentable. Il finance la consommation et l’immobilier, mais pas le développement, la petite et moyenne entreprise et encore moins l’innovation. Le secteur des assurances est sous-provisionné et souffre d’un déficit d’image qui ne favorise par l’amélioration de son taux de pénétration de l’économie. »

Déjà Membre ?

Email : Mot de passe :