Entre promesses et contraintes

Entre promesses et contraintes

Le Cameroun affiche de bonnes performances, avec une croissance soutenue malgré l’atonie des échanges internationaux. La baisse des cours des matières premières et la dégradation des termes de l’échange pénalisent le pays, qui exporte à 80 % des ressources naturelles non transformées. Du coup, le déficit commercial va rester structurel et devrait même se creuser, passant de - 3,7 % à - 4,3 % du PIB entre 2013 et 2018.

Bonne nouvelle cependant : la demande intérieure reste forte, tirée par les grands projets d’infrastructures, avec la construction d’un nouveau pont sur le Wouri, ainsi que les barrages de Lom Pangar, Memve’ele et Mekin. L’autre moteur de l’économie se trouve dans les rebonds actuels ou attendus dans l’agriculture, le bois, la pêche, les mines et les hydrocarbures.

L’économie camerounaise s’avère la plus diversifiée d’Afrique centrale. Elle repose largement sur les services (43,4 % du PIB). Transports, télécoms, commerce et hôtellerie sont les filières les plus dynamiques. De gros investissements vont continuer à soutenir l’activité des transports, avec la mise en service du port en eaux profondes de Kribi, situé à 150 km de Douala, et l’extension du réseau ferroviaire dans le nord du pays. L’arrivée de la 3G en septembre 2014 et le renouvellement des licences MTN et Orange ont également porté la croissance dans les télécoms. L’essor du secteur tertiaire va se poursuivre, avec des taux de croissance de 5,4 % et 5,5 % attendus pour 2014 et 2015.

AGRICULTURE EN CROISSANCE

L’agriculture, second pilier de l’économie nationale (24,7 % du PIB), affiche une santé solide, avec une croissance de 5,7 % en 2014 et un bond de 9 % attendu pour 2015. Le secteur primaire repose sur les cultures de rente (cacao, café, huile de palme, hévéa) et vivrières (manioc, maïs, banane plantain, riz), ainsi que les forêts, l’élevage et la pêche. L’activité est soutenue et régulée par l’État, qui apporte semences et engrais et cherche à mécaniser certaines productions. Tout l’enjeu consiste désormais à voir émerger un agrobusiness à la hauteur des capacités du pays, avec des entreprises susceptibles de transformer sur place le coton, le bois, le cacao et le caoutchouc, entre autres.

En attendant, l’industrie (22,2 % du PIB) reste le point faible du Cameroun. Son activité comme ses perspectives sont entravées par des difficultés d’accès à l’électricité. La situation s’est améliorée en 2014, avec une capacité d’approvisionnement qui a augmenté de 216 MW, et l’arrivée prévue d’un gaz industriel moins cher et plus régulier, avec la construction d’un pipeline dans la zone industrielle de Douala.

NOUVEL ESSOR DU SECTEUR PÉTROLIER

Le secteur des BTP et le pétrole soutiennent la croissance de l’industrie (5 % en 2014 et 5,6 % attendus en moyenne d’ici 2018). La production d’or noir, après plusieurs années de déclin, connaît un nouvel essor, avec 8,6 % de croissance en 2013 et un pic de 25 % prévu pour 2014. Ce rebond s’explique par le meilleur rendement des puits existants, la mise en exploitation de nouveaux gisements et la production de gaz destinée à la centrale de Kribi. D’autres potentiels miniers ne demandent qu’à être mis en valeur. La refonte du Code minier devrait rendre l’investissement plus attractif, pour exploiter les gisements de fer, de diamants, de bauxite et de cobalt dont dispose le pays.

L’industrie extractive pèse 8,2 % du PIB selon le rapport 2014 « Perspectives économiques de l’Afrique » publié par l’OCDE et la Banque africaine de développement (BAD). La feuille de route que s’est fixée le pays, dans le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE 2010-20), vise à réduire la dépendance à l’égard des recettes d’exportation tirées du pétrole pour favoriser l’essor de l’agrobusiness. Pays carrefour ouvert à la fois sur l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, le Cameroun sert de transit entre différents pays de la sous-région. Les efforts d’intégration dans le commerce sous-régional se poursuivent, avec une stratégie de désenclavement qui passe par la construction de nouvelles routes vers le Nigéria.

ÉCONOMIE À DEUX VITESSES

L’inflation, de 5,3 % en 2008, est retombée à 1,3 % en 2010 et a été contenue à 2,6 % en 2013. La pauvreté touche environ 40 % de la population, dans une économie à deux vitesses marquée par de fortes inégalités sociales (0,44 sur le coefficient de Gini) et un important secteur informel.

La gestion des finances publiques vise à réduire le déficit budgétaire (4,1 % du PIB en 2013 et qui devrait se stabiliser à ce niveau dans les années à venir). La réforme en cours s’avère difficile à mettre en oeuvre, avec le passage à des « budgets programmes ». Importantes, les dépenses de l’État non budgétées pour la mise en place du Sénat et les élections législatives grèvent l’équilibre des comptes, et se soldent par des impayés auprès du secteur privé – ce qui impacte la situation financière des entreprises et des banques.

Autre fardeau pour les finances publiques : les subventions aux carburants dues à la raffinerie nationale (Sonara), qui ne sont intégrées que pour moitié dans la loi de finance. D’où l’accumulation d’arriérés auprès de la Sonara depuis plusieurs années, qui pèsent sur la dette publique intérieure. La dette publique extérieure s’avère importante, à 20 % du PIB en juin 2014. Son augmentation continue va porter l’endettement total du Cameroun à 34 % du PIB en 2018 selon le FMI, avec une part de 26 % pour la dette intérieure. Ce fort endettement s’explique par la multiplication de prêts non concessionnels, passés notamment avec la Chine. Le Cameroun, qui n’a plus aucun programme en cours avec le Fonds monétaire international (FMI), bénéficie toujours de lignes de crédit auprès de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement, de la France et de l’Union européenne, mais ses relations avec la Chine deviennent privilégiées. Quatre projets, le port de Kribi, des logements sociaux, la centrale hydroélectrique de Memve’ele et un tronçon d’autoroute Douala-Yaoundé portent sur des engagements de 1,1 milliard d’euros. La Chine sera le premier créancier du Cameroun en 2015, avec 50 % des décaissements prévus de prêts contractés auprès des bailleurs de fonds.

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