André Fotso « Rendre nos entreprises plus compétitives »

André Fotso « Rendre nos entreprises plus compétitives »

Elu en décembre 2011 à la tête du Gicam, André Fotso a une réputation de moderniste et de libéral. Ce Bamiléké né en 1957 est titulaire d’un doctorat en sciences de gestion obtenu à Lyon. En 1991, il se lance dans les transports puis dans l’industrie de production du gaz en 1993. Il dirige aujourd’hui Taf Investment, le groupe qu’il a créé, actif dans les secteurs du transport, du gaz et de la construction métallique. Ses souhaits : encourager l’entrepreneuriat, lutter contre le chômage, et voir les Camerounais davantage investis dans l’économie de leur pays.

AMB : Le Cameroun a ratifié cette année l’accord d’étape des Accords de partenariat économique avec l’Union européenne. Comment cette mesure est-elle accueillie par le Gicam ?
Le Gicam a toujours milité pour un Accord de partenariat économique (APE) régional, équilibré et complet avec l’Union européenne. Nous oeuvrons pour que cet accord intègre tous les autres pays d’Afrique centrale, qu’il prenne suffisamment en compte le volet développement ainsi que le niveau actuel de notre tissu industriel par rapport à celui de l’Union européenne. Cette position n’a pas changé. Par conséquent, la ratification de l’accord d’étape n’est pour nous qu’une phase d’un processus qui doit se poursuivre. Dans cette perspective, nous avons évidemment bien accueilli celle-ci qui, selon nous, devrait contribuer à la diversification de notre tissu économique. Toutefois, celle-ci relèvera surtout de la mise en oeuvre des réformes nécessaires pour moderniser notre appareil de production et rendre notre espace économique plus attrayant.

Beaucoup d’activistes anti-APE, y compris dans d’autres syndicats patronaux, pensent que les entreprises camerounaises ne sont pas prêtes. Que leur répondez-vous ?
Les entreprises camerounaises n’ont pas le même niveau de compétitivité que leurs homologues de l’Union européenne, à tel point qu’il est même difficile d’envisager une compétition entre elles. Cependant, affirmer qu’elles ne sont pas prêtes présuppose que les APE n’apporteront que des problèmes, alors que nous considérons être encore en négociation. Nous pensons que l’impact des APE sur nos entreprises dépendra de leur contenu et des mesures que nous prendrons pour nous adapter. Nous préférons retenir les avantages des APE et travailler à gommer les effets négatifs de manière à n’avoir, au final, que du positif pour notre économie. Depuis plusieurs années, certaines de nos entreprises exportent librement sur le marché de l’Union européenne. Si, en plus, le volet développement de l’APE intègre les compensations liées à la diminution des recettes douanières résultant de l’ouverture des frontières, la construction de nombreuses infrastructures, la mise à niveau de plusieurs milliers d’entreprises et l’intégrat on régionale, nous aurons une économie plus compétitive. Par ailleurs, si nous mettons en oeuvre les réformes nécessaires pour rendre notre espace économique plus attrayant, nous accueillerons davantage d’investissements directs étrangers, ce qui pourrait contribuer à densifier et diversifier notre tissu économique.

Plus généralement, que pensez-vous du climat des affaires au Cameroun ?
Il demeure problématique pour le développement des entreprises. Les efforts visant à l’améliorer restent insuffisants et interviennent à un rythme très lent. La position du Cameroun en matière de climat des affaires et de compétitivité dans le monde, et même en Afrique, est encore mauvaise. Selon le récent rapport sur la compétitivité mondiale, le pays a encore perdu une place en 2014 et est classé 116e sur 144 pays, derrière le Gabon, le Ghana, le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

La non-mise en application de certaines résolutions des concertations État/privé dans le cadre du Cameroun Business Forum (CBF) ternit les rapports entre les milieux d’affaires et l’État. Que reste-t-il précisément à faire ?
Beaucoup ! La mise en oeuvre de la plupart des recommandations du CBF est en cours, mais elle ne se fait pas avec la rapidité souhaitée. En général, le délai entre le début de la mise en oeuvre d’une recommandation et l’aboutissement excède l’année, ce qui nous amène parfois à reporter les mêmes recommandations d’une session du CBF à une autre. Nous avons néanmoins relevé de nombreuses avancées cette année, notamment en ce qui concerne la création des Centres de formalités de création d’entreprises (CFCE), la réduction du délai de paiement des impôts, en particulier grâce la mise en place des télé-procédures fiscales et parafiscales, l’adoption de la loi sur l’affacturage et l’élaboration des textes d’application de la loi régissant les zones économiques et l’amélioration de l’offre d’énergie électrique. Toutefois, il ne faudrait pas forcément s’attendre à une amélioration du classement « Doing Business » du Cameroun, parce qu’il dépend également des avancées réalisées par d’autres pays.

Quelles mesures préconisez-vous pour faire décoller le Cameroun dans ce classement ?
Le Cameroun doit rapidement mettre en oeuvre les recommandations contenues dans le CBF, en principe déclinées suivant les axes du « Doing Business ». Cela nécessite que chaque administration responsable de la mise en oeuvre se dote de l’organisation ainsi que des moyens humains et matériels nécessaires. À notre avis, l’évaluation périodique devrait systématiquement s’accompagner de mesures coercitives à l’endroit de ceux qui ne suivent pas.

La loi sur les incitations à l’investissement privé adoptée l’année dernière a-t-elle répondu aux attentes des milieux d’affaires ? Et quel bilan en tirez-vous un an plus tard ?
Nous avons accueilli avec enthousiasme l’adoption de cette loi. Cependant, les textes d’application qui sont venus par la suite restreindre les avantages fiscaux et douaniers accordés aux entreprises existantes et pour les investissements dans certains secteurs ont refroidi l’élan initial. Le bilan, un an plus tard, est donc en deçà de nos prévisions initiales. Nous espérons que les quelques ajustements récents sur ces textes d’application vont inciter les entreprises existantes à investir.

La mise en service du port de Kribi peut-elle résorber la saturation de la place portuaire de Douala ? 
Oui. L’une des causes de l’engorgement du port de Douala est le déficit d’infrastructures d’accueil qui n’ont pas suivi la croissance du trafic des marchandises au fil des années. L’entrée en fonction du port de Kribi permettra certainement de résoudre ce problème. Toutefois, il faudra une planification à l’avenir pour éviter de telles situations dont les conséquences sont dommageables pour notre pays et pour la sous-région.

Les 9 et 10 octobre, le Gicam a accueilliune réunion des patronats d’Afrique centrale. Quels étaient ses objectifs ? 
À l’heure où notre continent doit relever des défis d’envergure pour tirer parti des mutations de l’économie mondiale, les enjeux de l’intégration régionale se sont démultipliés. Aussi, les organisations patronales membres de l’Union des patronats d’Afrique centrale (Unipace) et de la Fédération des organisations patronales d’Afrique de l’Ouest (Fopao) se sont rencontrées pour jeter les bases d’une implication davantage pro-active dans la concrétisation de l’intégration sous-régionale et régionale. Cette réunion a débouché sur une déclaration dans laquelle les organisations patronales ont réaffirmé leur détermination à s’investir dans les échanges d’expériences et la mise en commun de ressources pour donner le change à la concurrence internationale et contribuer davantage aux réformes sur le plan plan national, régional et continental.

Jadis dominé par le Gicam, le secteur du patronat camerounais a vu la naissance d’organisations concurrentes. Quels sont les rapports de votre groupement avec celles-ci ? N’existe-t-il pas un risque de cacophonie au sein du mouvement patronal ?
Nous ne percevons pas de concurrence. Nous avons un objectif, connu de nos partenaires, qui est de gagner au moins un point de croissance chaque année pour atteindre un taux à deux chiffres à l’horizon 2020. Nos actions pour les entreprises et le secteur privé sont visibles sur le terrain. Nos positions sur de nombreuses problématiques économiques et sociales sont structurées et à la disposition du public.

À quel besoin répondait la récente modification des textes régissant le Gicam ?
La révision des statuts plébiscitée par les adhérents du Gicam avait pour objectif d’arrimer le fonctionnement du groupement aux nouvelles exigences induites par l’évolution de son environnement économique et institutionnel Les adhérents, dans leur immense majorité, ont compris et partagé cette ambition et ont donné à leur groupement les moyens d’être plus performant, de rester à l’avant-garde et de pouvoir répondre à leurs attentes. À travers cette réforme, le Gicam s’est notamment ouvert aux chefs d’entreprise de la diaspora et s’est donné plus de flexibilité pour un fonctionnement efficace.

Quelles sont les actions et réformes dont vous êtes personnellement le plus fier en tant que patron des patrons ?
En tant que mandataire des adhérents qui avaient placé leur confiance en une équipe, ce sont leurs appréciations qui sont importantes. Nous avons, durant les trois dernières années, toujours mis leurs intérêts et les enjeux de développement de notre pays au-devant de nos actions, aussi bien dans la densification et la structuration du dialogue public/privé, l’accompagnement des entreprises, la promotion de notre espace économique que dans l’amélioration de la gouvernance interne du groupement;

PARCOURS :

1981
André Fotso obtient un doctorat de troisième cycle en sciences de gestion à l’université de Lyon II.

1982
Il débute sa carrière professionnelle dans la compagnie Batoula, comme contrôleur de gestion, avant de rejoindre Rhône-Poulenc en 1985 en tant que directeur administratif et financier.

1991
Après avoir lancé 3T Cameroun, une entreprise de transport, il crée FME-Gaz en 1993.

2010
Il rachète Cometal. Ses trois entreprises sont regroupées dans une société baptisée Taf Investment, qui emploie 800 personnes.

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