La voie est libre

La voie est libre

Ce jeudi 13 novembre 2014, Patrice Amba Salla, ministre des Travaux publics, ne cache pas sa satisfaction. « Ce pont est en train de prendre résolument corps et nous sommes optimistes quant à la fin des opérations. » En visite sur le chantier de construction du second pont sur le Wouri, dont les travaux ont été lancés un an plus tôt à Douala par le chef de l’État, il a pu constater que les travaux étaient déjà réalisés à 23 % pour un taux de consommation de délai de 30 % et un taux de consommation financière de 30 % sur les 120 milliards budgétisés.

« L’objectif est de faciliter le trafic entre les deux côtés du Wouri, soulignait le chef de l’État lors de la pose de la première pierre. Le pont actuel n’étant plus en mesure d’absorber le trafic en constante augmentation dans de bonnes conditions, il était devenu urgent d’en construire un deuxième. Il permettra de fluidifier les échanges entre la capitale économique et les régions situées à l’ouest du Wouri. Lorsque l’on sait que 80 % des produits alimentaires destinés à Douala traversent le fleuve d’ouest en est, on perçoit la nécessité d’assurer ce transit, sans compter les échanges d’autres marchandises. » Long de plus de 800 mètres, l’ouvrage comprend cinq voies routières et deux ferroviaires, sur une emprise d’environ 25 mètres. Deux kilomètres de voies assurent le raccordement avec le réseau routier de Douala. Le gigantisme de cet ouvrage est un exemple des grandes réalisations en cours. En effet, dans le cadre du programme d’infrastructures prévues dans le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi, qui doivent porter le Cameroun au rang des pays émergents à l’horizon 2035, les autorités ont décidé de voir grand. Illustration : l’autoroute Yaoundé-Nsimalen en cours de construction, longue de 20 km pour un investissement de 154 milliards de FCFA.

Vu la lourdeur des travaux, le marché a été confié à quatre entreprises : une pour la section rurale représentant la moitié du parcours et trois firmes de BTP pour la partie urbaine. La maquette présente un ouvrage futuriste comprenant deux fois trois voies, pas moins de sept échangeurs gigantesques et de nombreuses bretelles desservant les zones riveraines de l’ouvrage. Autre chantier de même type, la construction de la première section de l’autoroute Yaoundé-Douala. Son profil définitif a été arrêté à deux fois trois voies de 3,75 mètres chacune et une largeur de la plateforme de 33,5 mètres. Une convention de financement de 284 milliards a été signée avec la Chine. Pour Paul Biya, ce maillage du pays doit se poursuivre par une longue liste de travaux afin de restaurer la compétitivité de l’économie : « L’état de notre réseau routier a longtemps été un handicap pour notre économie. Il a été sensiblement amélioré au cours des dernières années. D’autres travaux routiers d’importance vont être entrepris à bref délai. Il s’agit de la première phase de la nouvelle autoroute entre Yaoundé et Douala, de la route Kumba-Mamfé, de la poursuite des travaux sur la Ring Road, de la réhabilitation de deux sections de la route Garoua-Kousseri et de la deuxième section de la route Foumban-Manki. Il s’agira également d’achever le tronçon Meïganga-Ngaoundéré. Ainsi, peut-on prévoir que nos principales agglomérations et nos zones de production seront reliées, à court et moyen termes, par un réseau routier moderne aux ports de Douala, Limbé et Kribi. Il est facile d’imaginer l’avantage que notre agriculture et notre industrie pourront en tirer et bien entendu notre économie en général », se réjouit le chef de l’État.

YAOUNDÉ TOTALEMENT RESTRUCTURÉ

À côté de ces ouvrages visant à relier les grands pôles du pays, les principales villes dopent leurs infrastructures urbaines sous une double déclinaison : fluidité du trafic et embellissement des cités. Le cas le plus emblématique est celui de la ville de Yaoundé, entièrement restructuré en quelque dix ans, avec de nouvelles avenues, des voies refaites, des espaces verts et des forêts urbaines. Pas assez cependant pour rattraper l’extension rapide de la zone périurbaine du fait de la naissance de nouveaux quartiers, où il manque encore des voiries praticables, de l’eau courante, et des ouvrages d’assainissement.

À Douala, où la priorité est à l’assainissement et au drainage des eaux, les travaux routiers concernent principalement la connexion plus facile de la ville au reste de pays, avec les autoroutes pénétrantes Est et Ouest. En plus de ces ouvrages neufs, la remise en état de certaines voies délabrées s’est révélée indispensable il y a deux ans, d’autant plus qu’il s’agissait d’axes routiers très fréquentés. C’est ainsi qu’un déblocage spécial de 100 milliards de FCFA a eu lieu l’année dernière pour leur réhabilitation d’urgence. Selon une évaluation effectuée par le ministère des Travaux publics, le programme est déjà en voie d’achèvement dans certaines de ses déclinaisons. Sur l’axe Yaoundé-Bafoussam-Bamenda, qui relie la capitale aux régions de l’Ouest et du Nord-Ouest, les travaux exécutés par l’entreprise Razel pour un montant de 27 milliards ont consisté à réhabiliter certaines sections et à supprimer des nids-de-poule sur d’autres. Un travail à compléter car la route reste gravement endommagée dans certaines parties, ce qui provoque souvent des accidents mortels. Idem pour la route Yaoundé-Mbalmayo-Ebolowa, dotée d’une enveloppe de 15 milliards de FCFA qui ont servi à la reconstruction et à la restauration de certains tronçons. Plus au nord, ces contraintes financières n’ont d’ailleurs pas facilité le lancement ou la conduite accélérée des travaux de réhabilitation de certains axes stratégiques, notamment pour desservir le Tchad. Pour le ministre des Travaux publics, des fonds supplémentaires seraient indispensables afin d’achever cette oeuvre de rénovation des axes à fort trafic : « En ce qui concerne les routes bitumées, le financement complémentaire se situe aux environs de 200 milliards de FCFA, eu égard à leur état de dégradation assez avancé. Des pans entiers de ces routes méritent une reconstruction. D’ailleurs, le parc de ces voies à réhabiliter se densifie chaque jour avec les routes Yaoundé-Douala, Kribi-Edéa, Bafoussam-pont du Nkam, Belabo-Bertoua, Mbalmayo-Sangmélima, Douala-Limbé-Idénau », explique Patrice Amba Salla.

ENTRETIEN ET RÉHABILITATION DES VOIES

Avant même ce plan d’urgence, l’entretien courant des routes est financé par le Fonds routier. Le fonds qui, par ses facilités de paiement et ses contrats de montants accessibles, a favorisé l’éclosion de nombreuses PME locales de BTP, dispose de deux guichets. Le premier, consacré à l’entretien, permet principalement de régler dans de brefs délais les factures des entreprises ayant effectué des travaux d’entretien courant et périodique du réseau routier prioritaire, urbain, interurbain classé et rural ainsi que des routes rurales prioritaires. Quant au guichet « investissement », il assure la réhabilitation des routes. Sur les quelque 50 000 km de voies du pays, le Fonds s’intéresse au réseau dit prioritaire qui supporte près de la moitié du trafic global. Mais, là encore, le problème de moyens continue de se poser. Les ressources actuelles du Fonds routier, estimées à quelque 55 milliards de FCFA par an, ne permettent d’entretenir que 10 % du réseau prioritaire évalué à 25 000 km. « Le Fonds routier aimerait disposer de budgets plus importants pour que les activités financées par cette structure soient davantage visibles et qu’elles aient un meilleur impact sur la vie des populations. Au-delà de l’insuffisance des ressources, la sous-consommation des crédits reste la principale difficulté du Fonds routier. Nous faisons face à des retards importants dans la passation des marchés », déplorait fin novembre Jean Claude Atanga Bikoe, administrateur du Fonds. Selon la primature, en 2013, environ 353 milliards de FCFA ont été mobilisés qui ont permis la construction de 196 km de routes bitumées, la réhabilitation de 148 km, la réhabilitation de 1 500 km de routes rurales ; l’entretien de 7 800 km de routes principales, 3 628 km de routes bitumées, 500 km de routes rurales prioritaires et le suivi de près de 2 300 chantiers urbains et ruraux, parfois de tailles très modestes, dans les villages.

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