Le train s’envole, l’aérien à la peine

Le train s’envole, l’aérien à la peine

Douala, gare de Bessengué. Dans cette immense station, vestige du Cameroun prospère d’avant la crise économique, le parking est saturé de voitures de luxe. Il est 14 heures, et le nouvel InterCity en provenance de Yaoundé entre en gare. Ouverte le 2 mai 2014, cette ligne de train rapide offrant un service de standard international a très vite séduit la classe aisée, qui la préfère désormais à la route, risquée et bien moins confortable. Express et neuf, ce nouveau train est composé de quatre voitures ventilées « Premium » de 88 places chacune, et de deux voitures climatisées « Première classe » de 64 places, toutes équipées de téléviseurs et entièrement sonorisées. Avec, chaque jour, deux départs de Yaoundé et autant de Douala, sans arrêt intermédiaire. Le Premier ministre, Philémon Yang, l’a personnellement visité lors du lancement, pour témoigner du standing de ce nouveau moyen de transport qualifié de confortable, sûr et rapide par le concessionnaire des chemins de fer Camrail. Filiale ferroviaire du groupe Bolloré au Cameroun, Camrail devrait ainsi relancer le trafic passagers. L’entreprise était parvenue à porter son trafic passager à 1,5 million par an depuis la mise en concession des chemins de fer camerounais en 1999. Un chiffre appelé à s’améliorer avec cette nouvelle ligne de transport entre les deux villes les plus peuplées du pays. Et la mise en service de 40 nouvelles voitures, y compris sur la ligne Yaoundé-Ngaoundéré en direction du nord, devrait également améliorer nettement les chiffres du transport passagers.

Le transport marchandises par le rail connaît quant à lui une hausse soutenue, de 7,8 % en 2012 et de 8,5 % en 2013, grâce à l’augmentation du tonnage transporté des hydrocarbures (+ 11,4 %), des matériaux de construction (+ 12,8 %) et des conteneurs (+ 4,6 %). Camrail investit annuellement 12 milliards de FCFA dans l’amélioration de ses équipements et services, et reverse quelque 11 milliards de royalties et impôts à l’État, signe d’une bonne santé financière qui se traduit également par la rénovation de ses plateformes d’accueil. Ces investissements et cette expérience lui valent d’être le partenaire technique des gouvernements tchadien et camerounais dans l’extension des chemins de fer camerounais sur 1 400 km. Dans ce projet de près de 1 400 milliards de FCFA, le rôle du groupe Bolloré consistera à « appuyer la réalisation des études ; apporter un appui à la préparation des dossiers de présentation du projet aux bailleurs de fonds ; préparer les rencontres avec les bailleurs de fonds ; apporter une contribution aux réflexions et aux montages institutionnels et financiers ».

Une situation enviable qui n’est malheureusement pas celle de Camair Co, la compagnie aérienne nationale, qui ne semble pas avoir encore trouvé la bonne piste pour son envol. La preuve, Jean Paul Nana Sandjo, installé en juin dernier est le cinquième directeur général de la compagnie, en neuf ans d’activité, après le Français Gilbert Mitonneau, les Néerlandais Alex Van Elk et Matthijs Boerten, puis le Camerounais Frédéric Mbotto Edimo. Installé le 25 juin, Jean Paul Nana Sandjo a pour mission de densifier la flotte, d’améliorer la trésorerie, et d’aller à la conquête de la clientèle pour remplir ses avions, limiter l’endettement, et surtout éliminer les dépenses de prestige d’une compagnie qui vit encore sous perfusion de l’État, là où les concurrents réalisent des chiffres d’affaires confortables. Pour le ministre des Transports, Robert Nkili, cette restauration de la compétitivité de la compagnie passe par « la révision des contrats antérieurs qui devraient désormais être compatibles avec la trésorerie de l’entreprise ainsi que par la reconquête de la confiance des Camerounais en leur campagne aérienne nationale, à travers la régularité des vols et le respect scrupuleux des horaires annoncés ». La compagnie dispose pour le moment d’une flotte de trois avions : un Boeing 767 vieillissant, qui offre peu de commodités à la clientèle, surtout sur les longs trajets, et deux Boeing 737 dont les coûts d’exploitation et la capacité trop élevée ne facilitent pas le déroulement du plan d’affaires de l’entreprise. « Une compagnie avec une flotte de trois appareils sera toujours structurellement déficitaire, quel que soit le niveau de performance du commercial et aussi rigoureuse que soit la gestion des coûts. Nous sommes donc condamnés à grossir, commente un haut cadre de la compagnie. Nous devons nous positionner sur une flotte récente, avec des coûts d’exploitation réduits et adaptés à la structure de nos réseaux. » Dans ce sens, l’actionnaire unique qu’est l’État a prévu de faciliter l’acquisition de deux MA60 de fabrication chinoise pour les lignes domestiques, et de deux autres aéronefs de grande capacité, plus modernes, pour les lignes intercontinentales.

En attendant que Camair Co, « L’étoile du Cameroun », illumine de nouveau le ciel, les autorités du secteur aéronautique mettent les bouchées doubles pour rendre les aéroports camerounais plus compétitifs. Privés de travaux d’entretien pendant les années de crise économique, les principaux aéroports du pays avaient quelque peu perdu de leur superbe, du fait du vieillissement de certaines infrastructures, du manque de commodités, et même de l’insécurité, puisque les zones de récupération de bagages pouvaient être envahies par des badauds. Au ministère des Transports qui pilote la mise en conformité des aéroports, on signale la fin des tracasseries à l’arrivée dans la salle des bagages, où l’ordre a été rétabli grâce à la mise en place de barrières entre passagers et visiteurs et à la création d’une salle réservée au retrait des produits douaniers.

CURE DE JOUVENCE POUR MAROUA

Robert Nkili, qui vante volontiers « les nouveaux salons VIP créés et aménagés qui font la beauté et la fierté de l’aéroport international de Douala et de celui de Yaoundé-Nsimalen », souligne que, dans le cadre de la modernisation de l’aéroport international de Douala, il est prévu le renouvellement complet de toutes les passerelles télescopiques, afin qu’elles soient conformes aux nouvelles technologies. Les chaussées aéronautiques devraient, elles aussi, prendre un coup de neuf avec des travaux de renforcement, d’un montant de 15,275 milliards de FCFA, exécutés dans le cadre de la certification des trois aéroports internationaux de Douala, Yaoundé-Nsimalen et Garoua. Promue en avril dernier aéroport international, la plateforme de Maroua a également eu droit à sa cure de jouvence et attend la mise en place de certains équipements de sécurité qui devraient lui permettre d’accueillir les vols intercontinentaux.

Ces investissements permettraient de soutenir la forte hausse du trafic observée ces dernières années dans les principaux aéroports du pays, qui ont accueilli 1,2 million de passagers en 2013. Les mouvements d’aéronefs effectuant les vols réguliers commerciaux sur les trois aéroports internationaux ont connu une croissance, entre 2012 et 2013, de l’ordre de 16 % sur la plateforme de Douala, 12,2 % sur Garoua et 20,8 % sur l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen. Sur les lignes internationales, analyse l’Autorité aéronautique du Cameroun, cette progression du trafic « continue de profiter très inégalement aux transporteurs européens (Air France, Brussels Airlines) qui renforcent la fréquence de leurs vols au fil des ans. Cependant, on note un différentiel de croissance en défaveur du pavillon français (- 3 %), à la différence du belge (+ 18 %) ». La part congrue revient à la compagnie nationale. Nul doute que le renforcement annoncé de la flotte lui permettra de voler aussi haut que ses concurrents.

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