Pour commencer AMB N°5

CHINE EXPRESS
Voyage rapide à Shanghai, pour le lancement de la nouvelle première classe d’Air France (voir page 166). Découverte de cette Chine à la fois communiste, populaire et… capitaliste. Les billets de banque arborent toujours le visage de Mao, figure fondatrice, architecte de la collectivisation des terres et de la révolution culturelle, qui firent des dizaines de millions de victimes. Shanghai, ville de la mondialisation chinoise, où personne ou presque ne parle anglais. Avec 1,3 milliard d’habitants, l’Empire du Milieu est un monde en soi. Un monde socialement contrôlé, sévèrement encadré. Liberté d’expression réduite. Accès à Internet, aux réseaux sociaux aussi. Dans les deux ou trois ans à venir, la Chine sera la première puissance économique du monde. En volume. Les progrès réalisés en trois décennies sont proprement stupéfiants. Le revenu national brut (RNB) sera multiplié par 64 entre 1980 et 2017 ! Celui par habitant passera, quant à lui, de 200 dollars à 5 500 dollars (en tenant compte de l’augmentation de la population). Ce qui place la Chine à un modeste 90e rang mondial. Et ce qui laisse imaginer la marge de progrès et les exigences à venir. La Chine est un immense pays en marche, mais ses défis sont colossaux. Fracture sociale, géographique, inégalités croissantes, et surtout une terrifiante facture écologique dessinent l’envers du miracle. La Chine va devoir se réinventer. Le modèle d’usine du monde à bas coût, tenue d’une main de fer, est remis en cause par la hausse des salaires et des revenus. Et par l’aspiration à plus de démocratie politique et sociale. La puissance a un prix…

L’INDE EN FACE
L’Inde, c’est presque la Chine, avec 1,2 milliard d’habitants. Mais c’est aussi la plus grande démocratie du monde. Une structure fédérale de vingt-huit États, qui ont une autonomie réelle. Ce pays-continent vient de voter et veut tourner une page de son histoire. La pauvreté est en recul (32,7 % de la population), mais 300 à 400 millions de personnes sont plongées dans la précarité. La croissance (4,4 %) a faibli de moitié en quelques années. Le revenu par habitant plafonne aux alentours de 1 500 dollars par an. Un Indien de 2014 vit comme un Américain de 1880… Et le déficit en infrastructures est criant. Aujourd’hui, l’Inde produit moins d’électricité que la France… Or ses besoins en énergie vont au moins quadrupler dans les vingt ans. Entre 15 et 20 millions de personnes se présentent annuellement sur le marché de l’emploi. Mais les postes qualifiés recherchent désespérément preneur. L’idée consiste à mettre ces retards sur le dos de la démocratie et de la diversité culturelle. Peut-être… Mais sur le fond, il s’agit surtout de déverrouiller les énergies, de mettre en place de véritables politiques de croissance (en particulier en termes d’industrialisation et d’infrastructures), d’alléger un État et une classe politique budgétivores. L’émergence aussi a un prix…

LA BATAILLE DE L’AIR
Retour sur la nouvelle Première d’Air France. La compagnie tricolore va dépenser plus de 50 millions d’euros pour la refonte de sa cabine First. Près de 600 000 euros pour chaque nouvelle suite (fauteuil). L’investissement n’a rien de symbolique. Attaquées sur les prix et les volumes par les low cost, les grandes compagnies s’orientent vers les passagers à haute contribution. La marge se trouve chez les First et les Business et non pas vers la multiplication des tarifs éco qui n’arrivent jamais à s’aligner avec ceux de Ryanair ou d’Easyjet… Les passagers affaires d’Air France ne représentent que 10 % des sièges mais ils pèsent plus du tiers du chiffre d’affaires (CA) global. Et pour avoir un chiffre plus précis encore, les First ne représentent que 0,3 % des passagers mais 1,8 % des revenus. Et en termes de marketing, de publicité, de renommée, ces produits de luxe tractent toute l’image de marque de la compagnie. Le Graal aérien serait donc dans les prix chers et toute la concurrence le sait. British Airways a annoncé investir 5 milliards de livres sur les six ans à venir sur ses passagers à haute contribution. Les compagnies du Golfe et d’Asie montent en gamme. Des nouveaux acteurs, comme Turkish Airlines, cherchent ouvertement les riches clients africains et asiatiques. Passagers africains qui représentent par ailleurs « le marché émergent » du transport aérien. C’est à Luanda, à Abidjan, à Libreville, à Addis, à Nairobi, à Casa, à Tunis, etc., que les compagnies vont aller chercher les nouveaux passagers du XXIe siècle.

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