Pour commencer AMB N°6

L’AFRIQUE EN FACE
Tout le monde vous le dit, y compris les grandes entreprises mondiales qui y voient un marché aussi nouveau qu’inespéré. Et une réserve presque sans fin de matières premières, d’énergie, d’eau, de terres arables. L’Afrique, c’est la nouvelle frontière, le continent du XXIe siècle ! C’est le futur grenier du monde, l’atelier industriel de demain, avec 1 milliard d’habitants qui ne demandent qu’à travailler et consommer. Les apparences ne trompent pas. La croissance est là, les avions sont pleins et on construit des hôtels à tour de bras. Bref, tout baigne… Et on ne se plaindra pas de la transformation de l’image d’un continent longtemps marqué par des stéréotypes miséreux. Mais ce miracle africain ne se produira pas… par miracle. Par la seule force des marchés et de l’investissement. Pour réussir, pour entrer dans la modernité, l’Afrique doit se regarder en face. Mesurer l’ampleur de ses défis. L’épidémie d’Ebola montre la tragique nudité des systèmes de santé. La corruption et le clientélisme restent souvent encore le schéma de base. Émigration, migrations, démographie et urbanisation dépassent de loin les capacités même minimales de gestion sociale. Les inégalités s’accroissent dramatiquement au profit de quelques-uns, généralement les « littoraux », au détriment des autres, plus pauvres, et des populations de l’intérieur. En 2014, plus de 400 millions d’Africains vivent dans une situation d’extrême pauvreté. C’est une situation inacceptable et explosive. Qui met au défi les élites du continent.

L’ÉGOÏSME FRANÇAIS
La France va mal, tout le monde vous le dit aussi. Le système institutionnel est usé, la classe politique se déglingue. L’économie n’est plus compétitive, le chômage de masse s’installe, les générations futures seront lourdement endettées, les entreprises souffrent, les jeunes émigrent à Londres, à Dubai ou en Australie, le Front national monte… Il y a du vrai dans le portrait, mais ce « déclinisme » aigu, repris par les élites, les médias, les électeurs de bas en haut de l’échelle, laisse perplexe. La France au bord du gouffre ? On parle tout de même d’un « petit » pays de 60 millions d’habitants, avec une démographie dynamique (signe de confiance), qui reste malgré tous ses malheurs et ses psychodrames la cinquième puissance économique du monde en valeur (avec un PIB de 2 900 milliards d’euros !). Et un système social unique, un rayonnement culturel global. Et une langue parlée par près de 250 millions de personnes (700 millions d’ici à vingt ans…). Le vrai mal français est ailleurs. C’est l’égoïsme des uns et des autres maquillé en revendications sociales. C’est le chômage de masse parce que tous ceux qui ont un travail veulent le préserver coûte que coûte au détriment de ceux qui n’en ont pas. Et que la « collectivité » paie la facture. La réforme, oui, mais pas pour démanteler les rentes de tel ou tel secteur ou catégorie ou profession. La compétitivité, OK, si elle ne vient pas rogner sur le confort du temps de travail ou des vacances. La santé et l’éducation gratuites, évidemment, et il n’y a aucune raison de payer même 10 % de la facture globale… La France est un grand pays, riche, peuplé de gens relativement privilégiés qui sont tout à fait d’accord pour ne rien changer. Les politiques paient les pots cassés de l’immobilisme gaulois, et le « déclinisme », dans ce contexte, fait figure de caprice de riches.

ET DEMAIN ?
Je découvre au hasard de mes pérégrinations sur Internet l’existence d’un mystérieux et intrigant Centre for the Study of Existential Risk (CSER), centre d’études pour les risques existentiels, installé au coeur de la très prestigieuse université de Cambridge. Et dont la mission est d’étudier les risques d’annihilation de l’espèce humaine induits par l’évolution des sciences et de la technologie. L’objectif affiché du CSER est d’éviter notre disparition collective, d’assurer le chemin pour que nous survivions globalement au XXIe siècle… Les recherches les plus abouties concernent les avancées de l’intelligence artificielle et la possibilité qu’un jour les « robots » ou les « computers » s’émancipent du contrôle humain. D’autres travaux concernent les biologies de synthèse (et la production d’armes virales…). Tout cela pourrait paraître fumeux. À la limite du blockbuster d’anticipation hollywoodien. Et pourtant nous sommes au coeur de notre aventure collective. Nos choix économiques, technologiques, scientifiques, militaires, écologiques, pèsent sur notre devenir à tous. La survie de l’espèce n’est pas inscrite dans le marbre. Nous avons toujours su nous adapter, faire preuve d’imagination, de résilience, d’intelligence. Faisons-nous confiance…

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