Pour commencer AMB N°7

L’AFRIQUE, BIEN SÛR !
Vous trouverez page 8 notre classement exclusif de l’Afrique émergente. C’est un travail remarquable, dirigé par notre collaborateur Mathieu Pellerin, qui passe les 54 pays du continent au crible de plus d’une soixantaine de critères. L’objectif est d’envisager tous les aspects de la question : résilience économique, force institutionnelle, performances sociales, attractivité internationale, infrastructures… Les résultats permettent de dépasser le prisme des effets de mode. L’émergence n’est pas forcément là où on le croit. Les pays « stars médiatiques » n’apparaissent pas, encore, dans le top 5 ou même 10 du continent. Reste le débat sur le fond. Et sur le fond, il n’y a pas de doute, l’Afrique décolle. C’est le futur grenier du monde, l’atelier industriel de demain, avec 1 milliard d’habitants qui ne demandent qu’à travailler et consommer. Le mouvement est là. Mais il faut le relativiser. L’Afrique part de loin, de très loin, avec des taux de pauvreté extrêmement élevés, des systèmes sociaux et éducatifs en déshérence. La croissance accentue les inégalités au profit de ceux qui ont déjà. L’émergence est donc un objectif à long terme, sur une, deux, trois générations, c’est un plan sur le demi-siècle. Ce qui compte, c’est d’entrer dans le cercle vertueux. Un processus de progrès successifs, d’adaptation permanente, de création de richesses. Un processus qui permet aux populations de croire, d’espérer et surtout de voir, année après année, leur sort s’améliorer. L’émergence, ce n’est pas le bout du chemin. C’est le chemin lui-même.

LE DÉFI TUNISIEN
Au moment où vous lirez ces lignes, la Tunisie aura, on l’espère, bouclé la phase politique de la transition. Avec une nouvelle Constitution, un nouveau parlement, un nouveau président. C’est un exploit en soi. La naissance réelle d’une nouvelle république. Cela étant dit et fait, il faudra enfin se tourner vers l’exigence économique. Pour réussir, et tenir, la toute jeune démocratie tunisienne va devoir d’une part parer au plus pressé, et d’autre part ouvrir le chantier de demain. Depuis 2011, les dépenses du budget ont explosé sans que les recettes ne suivent. 2015 et 2016 s’annoncent très tendues. Les institutions financières internationales exigent des réformes de fond clairement nécessaires mais dont le coût politique sera lourd. Les questions de trésorerie et d’endettement sont toujours révélatrices d’un malaise plus profond. Les domaines productifs, comme le tourisme, le textile, le secteur manufacturier, sont durablement affaiblis par la perte de productivité et le manque de rénovation. Le modèle de la sous-traitance produit de la médiocrité. Le système scolaire, universitaire et les grandes écoles forment des milliers de cadres, d’ingénieurs, pour une économie qui demande des salaires à bas prix. Pour aller plus vite, croître de manière plus soutenue et à long terme, et donc enrichir globalement la population, il faut investir dans la modernité. Penser plus « grand », consolider des secteurs, aller chercher les vraies marges, la valeur ajoutée. Entrer dans le principe d’une économie compétitive, inventive, entrepreneuriale. Ce qui demande des années de stabilité sociale, de bonne gouvernance publique et d’efforts pour les acteurs économiques divers. Un défi réel. (Lire sur ce sujet l’interview de Badreddine Ouali, page 40)

AMB, DEMAIN ?
Le premier numéro d’AMB, Afrique Méditerranée Business, est sorti en mai 2013. Votre magazine trimestriel a donc un peu plus d’un an et demi d’âge. C’est un encore tout jeune produit, qui a le mérite d’être né dans une période difficile, de crise pour la presse et pour l’économie mondiale. Un magazine dont on espère qu’il apporte un vrai regard, original, authentique, sur nos économies et nos entreprises. L’expérience déjà accumulée nous incite à évoluer. En 2015, pour être plus proche des enjeux, AMB deviendra bimestriel. Son identité s’adaptera aux impératifs de l’époque et de nos lecteurs. L’objectif est de « désenclaver » l’Afrique, au nord ou au sud du Sahara, de l’inscrire dans un cercle plus vaste, celui des économies émergentes. Nous voulons être le trait d’union entre le continent et le monde. Nous voulons connecter Casablanca, Abidjan, Tunis avec Djakarta, Beijing ou Baku. Nous voulons être le titre militant, informé, actif de cette nouvelle économie globale qui se dessine, qui s’invente au sud. Le titre en quelque sorte d’une révolution en marche.

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