L’Europe, boulet de l’économie mondiale

Le verdict est sans ambiguïté. Dans un document diffusé à la fin de mois d’avril 2013, le Fonds monétaire international (FMI) juge que l’Europe est le premier problème de l’économie mondiale. « À court terme, les risques proviennent principalement de l’évolution de la zone euro, notamment de la suite des événements à Chypre et de la situation politique en Italie », a ainsi relevé Olivier Blanchard, l’économiste en chef de l’institution internationale. Pour ce dernier, l’Europe est la seule région en récession dans le monde, et le danger est grand que ne s’aggrave son décrochage par rapport au reste de la planète, notamment les pays émergents.

Ce constat négatif, renforcé par des prévisions pessimistes sur la croissance européenne en 2013 et 2014, alimente nombre de débats. Les économistes parlent ainsi de « fragmentation » de l’économie mondiale, tandis que le FMI s’interroge sur l’efficacité des mesures d’austérité appliquées par les capitales européennes pour réduire leurs endettement et déficit budgétaire (on notera que le FMI s’est rarement posé la question à propos des pays du Sud soumis à des ajustements structurels…).

Mais il y a un élément de débat qui est rarement abordé et qui concerne l’Afrique. La question est simple : comment le continent va-t-il « encaisser » la récession qui sévit en Europe ? L’équation est évidente : l’Europe est le premier partenaire économique de l’Afrique, Maghreb et Égypte compris. C’est aussi le premier pourvoyeur d’aide publique et le principal débouché pour les mouvements migratoires africains. Si l’Europe s’enlise dans la récession et maintient ses politiques d’austérité à tous les niveaux, il est évident que l’Afrique sera pénalisée.

Dès 2013, il faut s’attendre à une réduction de l’aide au développement mais aussi à des baisses pour les recettes touristiques, les remises des migrants et les achats de matières premières. Inutile non plus d’espérer plus d’investissements de la part de groupes européens décidés à réduire la palette de leurs activités et à se consacrer de manière prioritaire à l’Asie. En 2008, lors de la crise financière mondiale, les mauvaises performances de l’Europe avaient, selon un consensus d’économistes consultés par l’agence Bloomberg, fait perdre un point de croissance à l’Afrique. Qu’en sera-t-il en 2013 ? La balle est aussi dans le camp des pays africains, à commencer par les dirigeants de pays membres des deux zones CFA. La faiblesse européenne va-t-elle engendrer une dévaluation de cette monnaie ? Cette crise européenne va-t-elle conforter la Chine, l’Inde, la Turquie et le Brésil dans leur rôle de partenaires économiques pour l’Afrique ? Quelle sera l’importance de l’Afrique du Sud, du Nigeria et de l’Égypte dans la redéfinition des relations Sud-Sud ? Autant de questions liées à la faiblesse de l’Europe. Avec une seule certitude : parier sur un rebond des économies européennes serait des plus aventureux

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