Pour commencer AMB N°13

ESPOIR ET DÉSESPOIR…
Le retournement est brutal. Hier, l’Afrique était le continent perdu, sans avenir. Puis, par la grâce d’un pétrole à 140 dollars le baril, elle était devenue la grande affaire, la dernière frontière du capitalisme et de la globalisation. Aujourd’hui, le cours du fameux baril (entre autres précieuses commodités) ayant sombré, l’opportunité se volatilise. Et on nous ressert le scénario du pire, celui d’un continent désespéré, miné par la pauvreté et les conflits… Fin de la belle histoire, celle d’une classe moyenne où des dizaines de millions de jeunes consommateurs se précipiteraient sur les produits du monde entier, disponibles dans des nouveaux centres commerciaux flambant neufs. Fin de la belle l’histoire où une Chine toute puissance, vorace en richesses naturelles, prenait à elle seule en charge l’immense défi des infrastructures (à des prix défiants toute concurrence…). Fin de la belle histoire, enfin, où de grandes entreprises occidentales ou/et émergentes s’installent à la queue leu leu dans des capitales en pleine mutation. Le tableau du naufrage programmé est évidemment excessif, comme était excessive la « belle histoire » d’un décollage stupéfiant d’audace. On va du désespoir à l’espoir, puis de nouveau au désespoir, sans étapes intermédiaires, sans un regard lucide sur la situation réelle du continent. Pour ceux qui ont déjà un peu vécu, l’Afrique d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celle des années 1970 ou 1980. En trente, quarante ans, elle a profondément changé. Physiquement et dans les têtes. Elle s’urbanise, elle se construit, elle rajeunit, elle bouge, elle est ouverte sur le monde qui l’entoure avec l’apport des nouvelles technologies. Il y a une forme de résilience, d’adaptabilité et de modernité nouvelle.

UNE VRAIE CRISE…
L’Afrique est plus forte, mais la crise est réelle. La plupart des grandes économies du continent sont en quasi-récession. Les poids lourds, Nigeria, Afrique du Sud, Algérie, Égypte (à eux quatre, la moitié au moins du PIB du continent) font face à d’immenses difficultés. L’Angola comme le Ghana, ou d’autres encore, sont aux portes du FMI. La dette s’envole. La croissance moyenne du continent, aux alentours de 4 %, demeure supérieure à celle du reste du monde, mais elle est trop faible pour absorber le choc démographique (3 % par an). Et elle est très en deçà des performances du cycle 2003-2008… Gouvernance, démocratie, État de droit restent souvent soumis aux caprices d’élites non productives et à la corruption. Le passage de témoin vers les nouvelles générations bute sur un « grand frérisme » virulent. L’Afrique a changé, elle est plus « sophistiquée », mais elle reste encore globalement un continent dominé par la rente. Au seuil de la vraie révolution. Aux portes d’un âge économique moderne, celui de la transformation de ses richesses en produits manufacturés. Et en services performants.

DEMAIN ENFIN ?
Business is business ! Le continent ne sera pas sauvé par une globalisation magique et/ ou par les grands investisseurs occidentaux, ou émergents, ou russes, ou chinois, ou autres… Ceux-là agiront toujours en fonction de leurs intérêts propres. Et du payback, qu’il soit économique, politique, ou les deux… Si l’Afrique veut enfin inaugurer son siècle, elle doit d’abord compter sur elle-même. Elle doit définir son propre projet. Entamer une mutation de ses économies vers les secteurs productifs, l’industrialisation, la sécurité agricole, les services. Sortir de la rente et de la facilité pour produire de la performance et de la valeur ajoutée. Commercer avec elle-même, libéraliser ses échanges, accentuer la régionalisation des marchés, favoriser la libre circulation des gens, des idées, des moyens. Il lui faudra inventer son mode d’épargne, mobiliser ses propres capitaux, celui de ses fortunes, acquises plus ou moins légalement, celui de ses retraites, de ses fonds, celui de la diaspora, et provoquer sa propre accumulation du capital. Investir dans son propre avenir. Favoriser l’entreprise. Et il faudra, oui, bien sûr, revenir et insister sur la bonne gouvernance. Sur la nécessité d’États prévoyants et stratégiques, investis pleinement dans la lutte contre la corruption, contre la pauvreté et pour le développement. L’opportunité est immense. Le défi, l’enjeu le sont tout autant. Nous sommes plus de 1 milliard d’Africains. Nous serons 2 milliards en 2050 ; 4 milliards en 2100…

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