Débat Faut-il se débarrasser du franc CFA ?

Ce franc, hérité de l’ancien empire colonial français, reste la monnaie de huit pays de l’UEMOA, de six pays de la Cemac, plus les Comores, la Guinée équatoriale, la Guinée- Bissau. Vingt ans après la dévaluation historique du 10 janvier 1994, le CFA (pour Communauté financière d’Afrique) reste au coeur de la discussion économique. Gage de stabilité, outil de croissance ou entrave au développement et à la souveraineté ? Quatre spécialistes – trois économistes et un sociologue – répondent à nos questions.

NOS INTERVENANTS

Alpha Sidoux Barry,
68 ans, journaliste économique guinéen, ancien membre de la rédaction de Jeune Afrique, consultant indépendant. Auteur de La Haute-Route, un modèle de croissance et de développement, à paraître aux éditions du Panthéon (Paris), il plaide pour l’entrée de la Guinée dans la zone franc.

Sanou Mbaye,
69 ans, économiste sénégalais, ancien haut fonctionnaire de la Banque africaine de développement (BAD), est l’auteur de L’Afrique au secours de l’Afrique (L’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2009) et de l’article « L’Afrique francophone piégée par sa monnaie unique », paru dans Le Monde diplomatique de novembre 2014.

Mamadou Koulibaly,
57 ans, professeur d’économie et homme politique, a été président de l’Assemblée nationale de la Côte d’Ivoire (2001- 2012). Il a quitté le Front patriotique ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo pour fonder en 2011 le parti Liberté et démocratie pour la République (Lider), d’obédience libérale. Connu pour ses prises de position contre le franc CFA, il a publié plusieurs ouvrages, dont Souveraineté monétaire des pays africains (L’Harmattan, Paris, 2009).

Lamine Sagna,
53 ans, sociologue sénégalais qui s’intéresse au rapport à l’argent, mais aussi à la monnaie et la finance en général, a enseigné à Nanterre, à l’université du Maryland aux États-Unis (2000-2002) puis à Princeton (2002- 2011). Il a fondé le réseau Re-Source/Sununet des Sénégalais de l’extérieur qui organisent des conférences et des ateliers à Dakar.

1 FAUT-IL ABANDONNER LE FRANC CFA ? ET SI OUI, POUR QUEL SYSTÈME ?

Lamine Sagna : Oui, à condition que les institutions soient fortes. Une comparaison : que se passerait-il si les oeuvres d’art qui sont dans les musées en France étaient déplacées en Afrique ? Elles auraient de grandes chances d’être pillées… Il en va de même pour le franc CFA. Cette question en amène une autre, plus générale, qui a trait à la gouvernance. Dans nos pays, n’oublions pas que des responsables sont prêts à mettre des millions dans des valises et à faire tourner la planche à billets… Si l’on abandonnait le franc CFA, il faudrait envisager un système régional qui se serve des institutions existantes, l’Union économique et monétaire ouestafricaine [UEMOA] et la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest [Cedeao] dans le cas de l’Afrique de l’Ouest. Il s’agirait de construire un espace monétaire à la manière de l’Europe, avec un taux de change flexible.

Alpha Sidoux Barry : Non, l’expérience des pays ayant une monnaie nationale a été décevante. Une zone monétaire autonome suppose le respect de règles très strictes d’orthodoxie monétaire. Or le recours à la planche à billets est presque systématique ! À la moindre difficulté de trésorerie, l’État fait appel à la Banque centrale. C’est légal, mais ces avances doivent être remboursées par le Trésor public au bout d’un délai de 90 jours. En Guinée, elles ne sont jamais remboursées et sont devenues un véritable Himalaya, totalement insurmontables… Le géant économique qu’est le Nigeria a sa propre monnaie, le naira, mais il ne respecte aucune discipline et ne donne pas non plus l’exemple de la rigueur monétaire.

Mamadou Koulibaly : Oui, il faut abandonner le franc CFA immédiatement, mais avec méthode. Cela suppose de construire des États de droit capables de bien gérer la monnaie – le plus grand défi pour les Africains. Ensuite, nous devons admettre qu’un pays ne peut exister sans monnaie et vice versa. Les projets de monnaies communes en Afrique sont présentés comme des solutions pour résoudre les conflits et construire l’intégration. Encore faudraitil que les Africains concernés acceptent d’aller vers des nations africaines… Le franc CFA existe, lui, sans correspondre à une nation. Les accords monétaires n’ont fait l’objet d’aucun choix des peuples impliqués, qui sont par ailleurs très divisés. Ils n’ont ni Parlement, gouvernement ou déficits budgétaires communs et sont repliés sur eux-mêmes sous le contrôle d’États qui s’en réfèrent à la France comme à la nation commune capable de décider pour chacun comme pour tous. Le franc CFA n’est pas viable. Il ne peut pas faire face à la compétition mondiale des monnaies. Il maintient les pays où il est en circulation à la marge de la globalisation financière. Ces pays se contentent de l’aide publique au développement et des emprunts obligataires des États, alors que, partout ailleurs, ce sont les investissements directs étrangers et les prêts privés qui stimulent l’activité… Il est faux de croire qu’il est impossible de quitter le franc CFA. Nous avons deux choix : soit en sortir de manière coordonnée et responsable, dans la coopération, soit dans le désordre, parce que des pays y seront forcés par les marchés internationaux et prendront des initiatives unilatérales.

Sanou Mbaye : C’est une question difficile. Qui va démanteler le franc CFA ? La France est souveraine… La solution consisterait à conserver le système en le réformant, car les conditions ne sont pas remplies pour une monnaie commune en Afrique de l’Ouest ou en Afrique centrale. Il faudrait d’abord une union politique, une union douanière, et puis une vraie convertibilité de la devise, la fin de la parité fixe et des transferts libres de capitaux en francs CFA entre les pays de la zone et la France. Ces transferts libres n’existent ni en Chine, ni au Brésil, ni en Afrique du Sud… Ils permettent aux sociétés françaises de rapatrier leurs profits et aux élites locales de s’acheter des appartements à Paris… Tout cela doit finir !

2 FAUT-IL ENVISAGER UNE DÉVALUATION COMPÉTITIVE OU UNE PARITÉ MOBILE PAR RAPPORT À L’EURO ?

Lamine Sagna : La dévaluation n’est intéressante que lorsque les structures de production sont assez solides, de manière à soutenir les exportations. Quand on importe tout, la dévaluation pose problème.

Alpha Sidoux Barry : Étant donné le statut de l’euro, qui est un substitut au deutschemark, il n’est pas question pour la Banque centrale européenne [BCE] de dévaluer. Dévaluer le franc CFA reviendrait à rompre le cordon qui le relie à l’euro…

Mamadou Koulibaly : Un taux de change flexible permet de stabiliser des économies fortement exposées à des chocs internes – sécheresse – ou externes – crise financière ou chute des cours des matières premières. Le taux de change flottant permet aussi, en théorie, une autonomie de la politique monétaire et joue un rôle de stabilisation automatique. Avec son taux de change fixe, le franc CFA fort à la suite de l’euro fort encourage les importations au détriment de l’activité interne et conduit au déficit de la balance commerciale. Les productions locales deviennent moins compétitives à l’exportation par rapport à celles des pays hors de la zone euro. Le revenu des exportations de matières premières africaines, qui sont facturées en dollars – et donc soumises à un taux de change fluctuant – diminue en conséquence. Les activités de substitution d’importation perdent de la compétitivité, notamment face à la contrebande venant du Nigeria, de Chine et d’Europe. Tout se passe comme si l’euro était évalué comme un deutschemark. Quand, entre 1989 et 1996, la France a essayé de s’arrimer à la monnaie allemande avec la politique du franc fort, ce fut le début de la destruction du tissu industriel français. Ce que même la France n’a pas réussi, on voudrait que les pays africains de la zone franc y parviennent, avec des structures économiques archaïques ? Il est demandé au Sénégal, au Gabon et au Burkina d’être compétitifs avec l’euro comme monnaie là où la France, le Portugal, l’Espagne eux-mêmes ont du mal à l’être. L’arrimage à l’euro permet aux pays de la zone franc d’avoir plus de fonctionnaires, plus de pauvres et moins d’usines et d’emplois productifs. Les exportations des produits agricoles se font sans valeur ajoutée. Ce manque de compétitivité est compensé par l’aide publique au développement, alors que les pays africains ont besoin de flux importants d’investissements étrangers.

Sanou Mbaye : Non, il ne faut pas dévaluer. On a bien vu ce qu’a donné la dévaluation du franc CFA en 1994. Les pays concernés n’exportent que leurs matières premières, dont les prix sont libellés en dollars. La dévaluation a enlevé à ces pays 50 % de leur budget et augmenté leur endettement. Elle a appauvri les populations. La parité mobile répond à la loi de l’offre et de la demande partout dans le monde. La parité fixe représente l’un des grands dysfonctionnements du franc CFA…

3 QUELS SONT LES AVANTAGES DU SYSTÈME ACTUEL ?

Lamine Sagna : Le franc CFA représente une monnaie régionale stable et reconnue mondialement. Alpha Sidoux Barry : La zone franc bénéficie d’une stabilité des prix qui n’existe pas là où les banques centrales agissent comme des robinets ouverts sur l’économie. Avec pour conséquences une inflation galopante et la fuite des nationaux devant leur monnaie, un repli sur l’économie d’autosubsistance ou vers le dollar. La stabilité des prix incite au contraire à l’équilibre budgétaire. L’autre avantage, c’est l’accès illimité aux devises internationales, avec la convertibilité. Si le Sénégal veut acheter des biens aux États-Unis, il n’y a aucune limite – ce qui peut favoriser l’endettement. Dans les pays qui ont leur propre monnaie, la limite vient des réserves en devises. L’insertion dans le commerce international s’en trouve facilitée. Il faut bien souligner le revers de la médaille : les crédits à l’économie ne peuvent dépasser 20 % des recettes budgétaires de l’année écoulée dans la zone franc. Cette contrainte très serrée empêche toute autonomie de gestion économique et entrave l’industrialisation. Les États ne peuvent pas avoir une politique volontariste de développement.

Mamadou Koulibaly : L’inflation est plus faible dans les pays de la zone franc, selon les rapports annuels de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest [BCEAO] et de la Banque des États de l’Afrique centrale [BEAC]. Seul problème : l’inflation est calculée dans les pays de la zone franc sur un panier de la ménagère urbaine, et non de toutes les zones habitées, avec des produits dont les prix sont contrôlés et une faible part de marchandises dont les prix sont libres. L’échantillon de prix est biaisé dès le départ. Le taux d’inflation est peut-être faible, mais le coût de la vie est très élevé, voire insupportable pour les populations. Autre paradoxe : le PIB par habitant est élevé dans les pays de la zone franc, mais les PIB réels sont plus faibles ou de même niveau que les pays qui n’en font pas partie. Les pays de la zone franc ne sont pas plus performants que les autres si l’on compare les taux de chômage, de pauvreté, de croissance, etc. Aucun de ces pays n’est sorti de la pauvreté. Le franc CFA est un instrument du pacte colonial, qui n’a pas construit le développement. Une étude d’Alexander Yeats intitulée « Est-ce que les pays africains paient plus pour les importations ? Oui », a été publiée par la revue de la Banque mondiale. Les accords qui prétendent aider l’Afrique en dehors des règles du marché sont des accords d’exploitation des pauvres par les riches, qui reposent sur des liens de connivence avec les élites politiques locales. Le franc CFA pérennise l’économie de rente, empêche le crédit à long terme, ne favorise pas l’intégration régionale et pénalise la compétitivité extérieure.

Sanou Mbaye : En principe, une monnaie commune favorise les échanges dans le même espace monétaire. Or, les pays de la zone franc font plus de 85 % de leur commerce avec l’extérieur. C’est l’intégration avec l’ancienne métropole qui est favorisée, plus que l’intégration régionale. Le niveau des échanges intracommunautaires ne dépasse pas 13 % du total. C’est kafkaïen !

4 LES ÉCONOMIES DES PAYS AFRICAINS HORS CFA SONT-ELLES PLUS COMPÉTITIVES, PLUS FLEXIBLES ?

Lamine Sagna : Tout dépend des économies. Une monnaie flexible peut jouer sur la compétitivité, à économies égales. Dans la même sous-région, celles de la Gambie et de la Côte d’Ivoire, par exemple, ne sont pas comparables…

Alpha Sidoux Barry : Avoir sa propre monnaie pose la question de la gouvernance. Le Ghana s’en tire assez bien avec le cedi parce que, dans la tradition anglo-saxonne, il existe une plus grande rigueur dans la politique monétaire. En Guinée, en revanche, c’est catastrophique ! Le Mali avait quitté la zone franc en 1962, mais il a demandé à y retourner en 1968 – ce qui a été effectif en 1984 après une dévaluation de 50 %. Pourquoi des pays non francophones comme la Guinée équatoriale et la Guinée-Bissau ont-ils fait le choix, en 1985 et 1997, d’entrer dans la zone franc ? À terme, tous les pays de la zone franc ne sont pas appelés à être arrimés indéfiniment à l’euro. Ils pourraient envisager de couper le cordon ombilical et s’ériger en zone monétaire autonome. Les tenants de la sortie de la zone franc n’ont pas tout à fait tort, mais il faudrait que le maximum de pays africains adhèrent à la zone franc, quitte à s’ériger ensuite en zone monétaire autonome. Lors de la création de la Cedeao en 1975, on a envisagé une monnaie et une banque communes. Le traité de Lagos, qui portait création de la Cedeao, a été révisé en 1983 et projetait pour 2000 une zone monétaire ouest-africaine qui comprendrait les pays non membres de la zone franc : le Nigeria, le Ghana, le Cap-Vert, la Sierra Leone, le Liberia, la Guinée et la Guinée-Bissau – qui, entre-temps, a fait son entrée dans la zone franc. Mais ces économies ont des structures tellement hétérogènes qu’il est pratiquement impossible d’opérer une convergence pour constituer une zone monétaire unifiée. Il faut par ailleurs une volonté politique qu’on est très loin d’observer… Cette zone monétaire ne verra jamais le jour ! Un institut monétaire a été créé à Lagos mais rien n’avance. Le Nigeria est un géant qui risque d’écraser tous les autres… L’UEMOA constitue déjà un ensemble considérable. Mieux vaut que le plus de pays possible en Afrique de l’Ouest la rejoignent.

Mamadou Koulibaly : Dans le top 10 des économies les plus compétitives sur le continent africain en 2014, selon les chiffres de la BAD, figurent Maurice, l’Afrique du Sud, le Rwanda, du Maroc, le Botswana, l’Algérie, la Tunisie, la Namibie, le Kenya et la Zambie. À part le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, aucun pays francophone ou de la zone franc. Tous ces pays ont leur monnaie nationale qu’ils gèrent avec plus ou moins de bonheur, sans tutorat du Trésor public d’une puissance protectrice. Donc, a priori, on peut penser que l’appartenance à la zone franc CFA n’a pas rendu ces économies plus compétitives. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Structurellement, les pays africains hors zone CFA sont parmi les plus compétitifs du continent. Si l’on va au-delà du top 10 et qu’on regarde l’Indice global de compétitivité dans le monde, défini à partir des données de 144 pays évalués sur 12 piliers allant des plus basiques comme les institutions, les infrastructures, l’environnement macroéconomique, la santé et l’éducation primaire, jusqu’aux plus sophistiqués comme l’innovation et les affaires complexes, en passant par les piliers d’efficacité des marchés, des systèmes éducatifs et du développement financier, le constat est clair. Les pays qui sont hors de la zone franc sont nettement plus compétitifs que ceux qui sont dans la zone CFA.

Sanou Mbaye : Oui. Au moment où les programmes d’ajustement structurel ont donné des résultats, les investisseurs auraient pu arriver dans un cadre correct, comme les Chinois l’ont fait ailleurs en Afrique. Les Européens, eux, sont venus nous parler d’Accords de partenariats économiques [APE] pour libéraliser davantage, alors qu’il aurait simplement fallu donner des crédits aux hommes d’affaires… Nul besoin de réinventer la roue !

5 QUELLES SONT LES RAISONS EXPLIQUANT LE CHOIX DE LA FRANCE ET DE L’UNION EUROPÉENNE DE CONSERVER CETTE MONNAIE ?

Lamine Sagna : La France détient beaucoup de devises, puisque tout l’argent de l’Afrique est là ! Le système de solidarité monétaire du franc CFA oblige les pays de la zone franc à mettre 50 % de leurs réserves de devises étrangères sur le compte du Trésor français. Il y a un plafond sur le crédit accordé à chaque pays membre qui équivaut à 20 % de leurs recettes publiques de l’année précédente. Si les pays ont besoin d’emprunter davantage, tant pis pour eux ! Le dernier mot sur le franc CFA appartient au Trésor public français, qui investit l’argent des pays africains en son propre nom à la Bourse de Paris. C’est un grand avantage pour la France, dont on ne parle pas assez à mon avis. Les Africains, c’est vrai, disposent ainsi de véritables garanties sur les marchés internationaux. Le Fonds monétaire international [FMI] donne donc plus facilement de l’argent au Sénégal qu’à la Gambie. Mais ce n’est pas pour les beaux yeux des Africains que l’on conserve le franc CFA !

Alpha Sidoux Barry : Au départ, les pays de la zone franc devaient placer 80 % de leurs réserves en devises auprès du Trésor public français. Ce taux est passé à 65 % en 1972 et à 50 % en 2012. Cela contribue à régler les problèmes monétaires de la France. Les pays membres de la zone euro ont accepté l’arrimage de la zone franc à l’euro en janvier 2002, mais ils estiment que c’est une affaire intérieure française. Il incombe évidemment à la France de veiller à ce qu’il n’y ait pas de dérapage au sein de la zone franc. Paris, bien sûr, y trouve son compte, en maintenant un certain équilibre entre les pays pétroliers d’Afrique centrale qui ont d’importants excédents en devises, et qui apportent de l’argent frais au Trésor public français, et les pays sahéliens qui, eux, n’en ont pas ou ont plutôt tendance à être à découvert. La France en tire un avantage également politique : les pays de la zone franc votent de manière uniforme avec elle au sein des Nations unies, ce qui peut conforter sa position de puissance moyenne.

Mamadou Koulibaly : Je ne sais pas. Il faut leur poser la question. Les Européens se sont laissés convaincre par la France que la question du franc CFA relève d’une affaire interne aux fi nances publiques françaises. L’issue ne peut venir que de la plus grande ouverture des économies africaines de la zone franc aux marchés mondiaux. Il faut sortir de la gouvernance de connivences. Nous devons redevenir des hommes libres.

Sanou Mbaye : La France a bâti son empire colonial pour disposer de matières premières. Avec les indépendances, la France a voulu maintenir sa mainmise sur la politique fi nancière et monétaire. Le secteur privé est majoritairement contrôlé par les Français en Afrique de l’Ouest francophone, où les pays accusent un retard en termes d’infrastructures parce que les investisseurs chinois sont exclus par les Français. S’il faut construire une autoroute au Sénégal, on fait appel à Eiffage. Pour les télécoms, à Orange… Et pourtant, l’économie française se porte plus mal que celles des pays qui n’ont plus de colonies. Je fais le parallèle avec l’esclavage : les gens vont mieux s’ils sont payés, même s’ils touchent le salaire minimum, que si on leur donne la chicote. Les Nigérians sont corrompus, peut-être, mais ils réinvestissent leurs nairas dans leur propre économie. L’esprit colonial n’est pas productif !

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