Stratégie Le royaume dans la durée

Attijariwafa Bank (AWB), première du royaume avec 23 % du marché domestique, a été élue pour la troisième année consécutive « meilleure banque au Maroc » par le magazine anglais Global Finance et consacrée « banque de l’année » par The Banker, une publication du Financial Times. Premier groupe bancaire du Maghreb, avec 7,4 millions de clients et 3 265 agences (dont 307 en Afrique de l’Ouest et 93 en Afrique centrale), elle emploie 16 200 collaborateurs, dont un tiers opère hors du Maroc. Enfin, elle réalise le quart de ses revenus à l’étranger, pour un résultat net de 208 millions d’euros au premier semestre 2014.

Au total, AWB est présente dans 23 pays, dont 13 en Afrique et 6 en Europe (Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas, Italie et Espagne), outre des bureaux de représentation à Londres, Dubaï, Riyad et Tripoli. Depuis sa création, en 2003, elle a étendu son réseau africain, et a déjà investi plus de 1 milliard de dollars pour s’implanter en Tunisie en 2006, puis principalement dans les pays francophones subsahariens. La Compagnie bancaire de l’Afrique occidentale (CBAO) a ainsi été rachetée à 79 % en 2007 au groupe Mimran, avant de fusionner en 2008 avec Attijari Bank Sénégal, lancée en 2006.

Des succursales de la CBAO ont ensuite ouvert en Guinée-Bissau en 2008, au Burkina en 2011, au Niger en 2013 et au Bénin en juin 2014. Parallèlement, le groupe a pris pied en 2010 à Nouakchott sous l’enseigne Attijari Bank Mauritanie après le rachat à 80 % de BNP Paribas Mauritanie. D’autres acquisitions ont été effectuées au coup par coup, avec 51 % des parts de la Banque internationale pour le Mali (BIM) rachetées en 2009 et 55 % de la Banque internationale pour l’Afrique (BIA) au Togo en 2013 – des établissements qui ont conservé leurs noms.

Enfin, un accord global a été passé en 2008 avec le Crédit Agricole, d’un montant de 250 millions d’euros, pour reprendre cinq banques de détail africaines au Sénégal (Crédit du Sénégal), en Côte d’Ivoire (Société ivoirienne de banque), au Gabon (Union gabonaise de banque), au Cameroun (Société commerciale de banque) et au Congo (Crédit du Congo). Prochaines étapes de cette expansion, pour laquelle un investissement supplémentaire de 1 milliard de dollars est prévu sur la période 2013-2018 : le Tchad – où AWB a des visées sur la Commercial Bank Tchad –, la Guinée équatoriale, l’Angola et l’Égypte.

Le groupe cible les petits entrepreneurs et les populations ne détenant pas de compte sur des marchés où le taux de bancarisation oscille entre 5 % et 10 %, contre 55 % au Maroc. « Les banques de réseau doivent canaliser l’épargne domestique et assurer le financement des PME à travers une extension renforcée des activités de la banque de détail au service des citoyens », expliquait ainsi en 2013 à Afrique Méditerranée Business le PDG d’AWB, Mohamed el-Kettani. Un coeur d’activité qui n’exclut pas la banque d’affaires, la bancassurance, les financements de projets d’infrastructures et les partenariats public-privé (PPP).

La banque se positionne, de plus en plus, comme un acteur international africain. Elle a cosponsorisé cette année, avec Citibank, la première réunion des chambres de commerce américaines en Afrique, afin de mieux exploiter le potentiel des échanges entre les États-Unis et l’Afrique. Et un mémorandum a été signé en 2013 avec la Bank of China, en vue d’une assistance conjointe des opérateurs intéressés par leurs marchés respectifs… Neuf conventions ont également été validées fin novembre avec des institutions financières et des opérateurs chinois engagés dans des programmes d’investissement au Maroc et en Afrique. La contribution de l’Afrique subsaharienne dans les résultats des banques marocaines s’avère de plus en plus conséquente. L’autre acteur majeur du marché, la Banque marocaine du commerce extérieur (BMCE), troisième au Maroc, talonne AWB. Selon le magazine marocain La Vie économique, les résultats nets des filiales africaines d’AWB et de la BMCE représentent 127 millions d’euros, sur un total de 480 millions d’euros cumulés par les deux banques en 2013. « Entre 2009 et 2013, les filiales africaines d’AWB et de la BMCE ont généré 362 millions d’euros de profits, soit 15 % du résultat net des deux banques. »

Cet apport subsaharien se révèle plus important pour la BMCE, avec 47 % provenant des bénéfices engrangés en 2012. La BMCE s’est implantée au sud du Sahara à partir de 1989, d’abord au Mali avec une prise de participation dans la Banque de développement du Mali (BDM), puis au Sénégal en 2003, avant l’acquisition en 2007 de 35 % des parts de Bank of Africa (BOA), basée au Mali, troisième réseau bancaire en Afrique de l’Ouest. La transaction permet à la BMCE d’être présente dans 12 pays supplémentaires, où ses concurrents marocains ne sont pas forcément : Burkina Faso, Burundi, République démocratique du Congo, Côte d’Ivoire, Djibouti, Ghana, Kenya, Madagascar, Mali, Niger, Tanzanie et Ouganda. Les profits de cette opération incitent la BCME à porter sa participation à 76 % du capital de la BOA en 2013.

Du coup, d’autres opérateurs marocains arrivent sur ce marché, comme la Banque populaire du Maroc (BPM). Cet établissement est présent dans 23 pays à travers le monde, dont dix en Afrique en plus du Maroc (Mauritanie, Sénégal, Mali, Niger, Bénin, Togo, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Guinée et Centrafrique). L’acquisition en 2012 du groupe Banque Atlantique Côte d’Ivoire, basé à Lomé (Togo), lui a permis de s’implanter dans sept pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). La BPM tire 17 % de son résultat net de ses activités au sud du Sahara, mais les profits ne sont pas encore à la hauteur, en raison des efforts de restructuration du groupe.

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