DÉFENDRE DES PROJETS LOCAUX D’ÉNERGIES RENOUVELABLES

Quelque 600 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité. Aux foyers et entreprises qui en bénéficient, elle coûte cher, souvent trois fois le prix pratiqué aux États-Unis et en Europe. Sans oublier les pannes récurrentes, qui représentent une perte annuelle chiffrée entre 1 % et 4 % du produit intérieur brut (PIB). Malgré ce défi énergétique qui s’impose à elle, l’Afrique connaît une croissance et des transformations soutenues, bien qu’inégalement selon les régions. Sa population croît rapidement et ses économies se développent.

Offrir à tous une électricité fiable et abordable est une condition sine qua non de la durabilité de cet essor. Ce ne sera pas chose facile : il faut engager un investissement important et prendre en compte les particularités du continent. Dans de nombreux pays, et notamment en milieu rural, les populations sont isolées et dispersées sur des zones étendues. Elles sont donc peu ou pas connectées aux réseaux de transmission.

C’est à cette échelle que les énergies renouvelables peuvent faire la différence, en devenant le principal moteur de l’électrification comme de la croissance. En la matière, le potentiel africain est considérable, que ce soit dans l’éolien, le solaire, l’hydroélectricité ou la biomasse. Or, pour le moment, il est sous-exploité : selon le rapport « Afrique 2030 » de l’Agence internationale de l’énergie renouvelable (International Renewable Energy Agency, Irena), ces énergies alternatives couvraient 5 % des besoins énergétiques du continent en 2013, un chiffre qui pourrait passer à 22 % d’ici à 2030.

La logique adoptée jusqu’à présent consistait à mettre en place de grandes unités de production d’électricité fonctionnant avec un réseau central. Le succès limité de ce modèle a conduit les pays africains à en considérer un autre pour les énergies vertes, plus flexible, mobile et décentralisé. Ce changement est comparable à ce qu’il s’est produit dans le secteur des télécommunications, où l’Afrique a adopté le téléphone portable sans passer par un réseau fixe. De la même façon, les énergies renouvelables s’apprêtent à électrifier le continent sans ce réseau central, autrefois jugé indispensable.

Le succès des initiatives solaires au Sénégal et au Mali, mais aussi éoliennes au Ghana, démontre la pertinence d’une action locale. La conquête de l’électricité se fera par la création de réseaux et de pôles régionaux dont l’interconnexion s’effectuera ultérieurement. Une telle transformation n’interviendra pas d’elle-même. Elle ne pourra aboutir que si les décideurs poussent à la mise en place de mécanismes permettant de stimuler les investissements. Cela signifie entre autres une réforme de la réglementation des marchés qui remplacerait le modèle de l’acheteur unique par un système multi-acteur. C’est ce qu’a fait par exemple la Namibie pour faciliter le développement de projets à petite ou moyenne échelle. Une autre évolution fondamentale serait l’élaboration d’outils juridiques et bancaires capables d’assurer le financement des projets, comme l’initiative sudafricaine du Renewable Energy Independent Power Producer Procurement Programme. Pour finir, la capacité de stockage sera l’enjeu majeur du continent pour rendre pérenne cette mutation.

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