Burkina Faso Le coton malgré tout

710 000 tonnes à l’issue de la campagne 2015, 650 000 attendues cette année. La culture de l’« or blanc » bat son plein. Mais tous les problèmes ne sont pas réglés pour autant.

Le coton constitue un des poumons de notre économie », soulignait en janvier Mamadou Sangaré, chargé d’affaires du Burkina Faso en France. Son ambassade célébrait alors la signature d’un accord entre la Société burkinabè des fibres textiles (Sofitex), la principale société cotonnière du pays, et un pool de banques internationales, emmené par la Société générale, pour le financement de la campagne 2016. Depuis 2007, dépassant l’Égypte, le pays est devenu le premier producteur du continent. Le coton fait vivre près de 4 millions de personnes, contribue à 5 % du produit intérieur brut (PIB) et représente 17 % des exportations, ce qui en fait la deuxième richesse nationale après l’or. D’un montant de 70 millions d’euros (46 milliards de francs CFA), la convention signée complétait un premier apport de 120 millions d’euros (80 milliards de francs CFA) d’un groupe de banques locales conduit par Ecobank. Selon ce système historique, les crédits octroyés servent à acheter les intrants et les semences puis à financer le transport, l’égrenage et l’exportation, les producteurs remboursant en fin de cycle, au moment de la vente de la récolte. « Une véritable bouffée d’oxygène », a résumé le patron de la Sofitex, Bernard Zougouri, qui table sur une collecte de 580 000 tonnes en 2016 pour sa société, le reste de la production nationale étant réalisée par deux autres entités, Socoma et Faso Coton. « Si nous prenons part à l’opération, c’est parce que le secteur est bien structuré, avec des paysans organisés en coopératives et des organismes comme la Sofitex qui s’assurent que nous soyons remboursés en temps et en heure », explique Cheikh Travaly, le directeur d’Ecobank Burkina Faso. « On peut parler d’une véritable filière intégrée, qui va des fibres et graines à l’huile végétale et au fourrage animal », met en avant Yannick Morillon, PDG de Geocoton, qui détient la Société cotonnière du Gourma (Socoma).

UN SUCCÈS FRAGILE
Cela n’a pas toujours été le cas. Dans les années 2000, la libéralisation de la filière, conjuguée à la chute du prix des matières premières, a provoqué une grave crise : déficits, mauvaise gouvernance, effondrement de la production. Il a fallu l’intervention de l’État (et la remontée des cours à partir de 2011) pour remettre le secteur sur le droit chemin à travers la recapitalisation des sociétés cotonnières, la mise en place de subventions aux intrants et l’amélioration des conditions de paiement des producteurs par les sociétés d’égrenage. Ces dernières années, le gouvernement a aussi soutenu le prix d’achat du coton, malgré la nouvelle baisse du cours (à 60 cents la livre) et un contexte politico-sécuritaire interne tendu. En 2016, le prix du kilogramme (kg) a ainsi augmenté de 10 francs CFA à 235 francs CFA pour le coton-graine. « Cela nous incite à produire plus afin d’accroître nos revenus, affirme Célestin Gala, secrétaire général de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB). En parallèle, nous bénéficions d’un accompagnement durant tout le processus, du lancement de la production à sa commercialisation. »

Le succès de l’« or blanc » reste toutefois fragile. Il est tout d’abord très dépendant des conditions climatiques. Après avoir annoncé une campagne record de 800 000 tonnes pour cette année, les cotonculteurs ont dû revoir leurs ambitions à la baisse en raison d’une pluviométrie capricieuse. Ensuite, si la dernière campagne a répondu aux attentes en termes de quantité, elle a été décevante sur le plan qualitatif. En 2003, le pays avait fait figure de précurseur en se lançant dans la culture de coton OGM avant de la généraliser à partir de 2009. Aujourd’hui, sa production est à 75 % de type Bt, le nom du plant mis au point par le géant américain Monsanto. Ce coton OGM réduit de 6 à 2 le nombre de traitements nécessaires mais il a perdu en qualité, la fibre Bt étant plus courte que celle du plant conventionnel. Résultat, la production burkinabè a été déclassée sur le marché mondial, se vendant moins bien et surtout moins chère. « Cette perte financière s’est accompagnée d’une dégradation de l’image de marque du coton », note Bruno Bachelier, du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

RENDEMENTS INSUFFISANTS
En réaction, les autorités ont décidé de réduire à 50 % la part du coton OGM dans la production totale. Des négociations sont aussi engagées avec Monsanto pour mettre au point un nouveau plant, un processus qui sera long. Sauf que l’expérience transgénique a créé des crispations. Cotonculteurs, agronomes, intellectuels et simples citoyens dénoncent l’absence de consultation publique sur le sujet, une partie d’entre eux réclamant le départ de Monsanto, alors même que des expérimentations sont menées sur le sorgho, le niébé et le maïs. Dans le même temps, un ensemble de producteurs se sont lancés dans le coton biologique, qui permet de conjuguer bon prix de vente, respect de l’environnement et développement local. « Le problème de fond du Burkina concerne les rendements, qui sont très en dessous de la moyenne mondiale », pointe Bruno Bachelier. Le pays affiche ainsi un résultat de 431 kg de fibres par hectare et par an contre 765 kg au niveau international. Pour l’Afrique francophone, on tombe à 395 kg. « Sur les vingt dernières années, des progrès ont été réalisés mais il y a encore beaucoup à faire, notamment grâce à la mécanisation », reprend le chercheur. Pour Yannick Morillon, il faut surtout améliorer la résistance des semences à la sécheresse et moderniser les usines d’égrenage et les huileries existantes. « Si on veut relever le défi de la sécurité alimentaire, on doit encourager une agriculture familiale de qualité et miser sur le marché porteur du biologique », défend pour sa part Christian Legay, membre de l’ONG Autre Terre.

Quelle que soit la stratégie adoptée, l’objectif est le même : utiliser le coton pour générer des revenus permettant de développer des cultures vivrières et ainsi éviter l’exode rural. À plus long terme, il s’agirait de faire renaître une industrie textile pour l’heure bloquée par le difficile accès à l’énergie. Le Burkina Faso produit 272 000 tonnes de fibre par an mais n’en consomme que 4 000. Autrement dit, moins de 2 % de sa récolte est transformée sur place, la quasi-totalité s’envolant pour l’Asie.

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