Pour commencer AMB N°11

L’AVENIR DEVANT NOUS
LES ACCORDS DE PARIS sur le climat ? Trop ou pas assez… certains font la fine bouche. Mais l’histoire retiendra un moment unique, un changement de cap majeur. La prise de conscience globale d’un danger qui nous menace tous. Une réalisation qui transcende les frontières. L’ensemble de la communauté des hommes, riches, pauvres, émergents, s’engage dans l’effort. Et c’est rare, cette dynamique d’une humanité rassemblée. Même si le texte final reste assez flou, les principes qu’il pose sont révolutionnaires. Contrôle de la hausse des températures, sortie progressive des énergies fossiles, justice climatique. Les riches ont beaucoup pollué. Les émergents aussi. Paris a reconnu que pays du Nord et pays du Sud ont des responsabilités communes mais « différenciées ». Les uns n’ont pas les mêmes moyens que les autres. Les uns n’en sont pas au même stade que les autres. Pour l’Afrique, continent le plus pauvre et le plus exposé, il est plus qu’urgent d’entamer cette bataille. La liste des défis est angoissante. Modification des écosystèmes, détérioration de la qualité des sols, pénurie d’eau, montée du niveau de la mer, augmentation des inégalités entre l’hinterland asséché et les rivages… Un réchauffement d’environ 2°C entraînerait une réduction globale de plus de 10 % du rendement agricole. Au-delà, des cultures entières pourraient disparaître : sorgho, maïs, mil… En 2100, l’Afrique comptera (probablement) près de 4 milliards d’habitants. Pour éviter l’implosion, elle devra assurer des taux de croissance économique supérieurs aux taux démographiques. Et assurer ces taux de croissance sans participer massivement au réchauffement climatique, sans aggraver de manière irrémédiable la destruction de son environnement. Une véritable question existentielle. On peut croire à notre capacité de survie. La conférence de Paris a révélé un continent préparé, « conscient ». Qui est sorti de la posture victimaire pour présenter des engagements et des projets. La muraille verte au Sahel, les énergies renouvelables, la réhabilitation du lac Tchad, la priorité à l’adaptation des économies… La lutte contre le réchauffement climatique implique une extraordinaire mobilisation de moyens. L’Afrique peut se placer au centre des enjeux du siècle, tout autant que la Chine ou l’Inde. Et attirer d’importants capitaux, des ressources, des talents, de la technologie. Du danger existentiel, on pourrait alors passer à l’opportunité majeure, celle de sortir du sousdéveloppement par l’économie durable.

L’AVENIR DEVANT NOUS
LIVRE ASSEZ FASCINANT et assez peu encourageant sur mon bureau dont le titre n’incite pas au sourire : Un monde de violences, l’économie mondiale 2015-2030*. Brutalité des crises et des cycles, profonds déséquilibres, chocs géostratégiques majeurs, notre système ne se régule plus, et l’accident catastrophique, le crash global du XXIe siècle n’est plus à exclure. Les auteurs déterminent six « plaques tectoniques » en mouvement : le vieillissement de la population (et ses conséquences sociales) ; le ralentissement du progrès technologique ; l’épargne qui se raréfie ; la financiarisation absurde et démesurée de l’économie ; l’explosion des inégalités ; et last but not least, le transfert massif des activités d’un bout à l’autre du monde. Pour les auteurs, la solution passerait par une gouvernance mondiale plus efficace, sans « angélisme » ni « cynisme ». Les périls sont là, les opinions poussent pour le chacun pour soi, les élites tergiversent. Peut-être faudra-t-il approcher un peu plus du précipice pour voir les nations adopter la même approche que sur le climat. * Un monde de violences, Jean-Hervé Lorenzi, Mickaël Berrebi, Eyrolles, 2014.

L’AVENIR DEVANT NOUS
POUR TOUTE LECTURE de notre futur plus ou moins proche, il faut rappeler un changement essentiel : après cinq siècles de domination, l’Occident perd peu à peu sa prééminence. Les pays émergents se sont engagés dans une vaste compétition pour les biens, le savoir et les ressources. La stabilité a souvent été le produit de la domination d’une hyperpuissance, la France un temps, l’Angleterre ensuite, enfin et surtout les États-Unis. Ce système est dépassé avec la montée en puissance de la Chine (ou les ambitions renaissantes de la Russie ou de l’Inde…). C’est le « grand basculement ». Le poids des économies émergentes dans le PIB mondial grandit (près de 50 % aujourd’hui, 70 % demain), celui des pays de l’OCDE décline. Même constat pour la démographie ou l’énergie. Une telle réallocation des ressources et des besoins n’ira pas sans tensions majeures. Cette mutation immense, tout comme le climat, ou la crise systémique des économies riches, rend encore plus urgente la mise en place d’une gouvernance mondiale, sans « angélisme », ni « cynisme ».

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