Pas de vague à l’âme chez les émergents

Depuis plusieurs mois, l’inquiétude prévaut quant à l’évolution des pays émergents dans la conjoncture mondiale. Les commentateurs, experts et institutions internationales ne cessent de scruter leur évolution et les signes d’essoufflement que beaucoup d’entre eux ont manifesté ces derniers temps. Les questions ne cessent de fuser sur le devenir de l’économie-monde si ces pays en plein essor rentrent dans le rang et que s’impose ce que Larry Summers, l’ancien secrétaire au Trésor américain, appelle la stagnation séculaire. C’est le dynamisme et la résilience de ces économies qui a porté un système frappé par la récession et l’incertitude depuis la grande crise financière de 2008. D’autres qui n’ont jamais accepté ce basculement du monde vers le Sud ne cessent d’évoquer le retour, enfin, à l’ordre des choses hérité de la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’Occident régnait. Il faut dire que des changements récents confortent ces questionnements. Le principal est le fait que la Chine soit revenue de ses taux de croissance à deux chiffres, qui en faisaient pâlir d’envie plus d’un. Seule l’Inde semble échapper (provisoirement ?) au marasme général.

Qu’en pensent les économistes et les spécialistes des pays émergents ? Ressentent-ils la même inquiétude et les mêmes interrogations sur leur avenir que celles qu’expriment depuis quelques mois beaucoup de rapports d’organisations multilatérales et un grand nombre d’experts ? Ce sont ces questions que j’ai portées avec moi à la dixième réunion annuelle de l’Emerging Markets Forum, un réseau d’anciens chefs d’État, de ministres des Finances, de gouverneurs de Banques centrales et d’analystes en provenance des pays en développement d’Amérique latine et d’Asie, qui s’est tenue les 4 et 5 novembre derniers à Tokyo.

Alors que je m’attendais à une atmosphère morose, j’ai été surpris de voir la détermination et l’enthousiasme des interventions des différents participants. Les déboires et difficultés actuels ne sont pas occultés. Mais, selon les décryptages présentés, ils sont surtout significatifs des transitions en cours. Celles-ci sont au moins de trois ordres. La première concerne la sortie progressive des économies planifiées et la recherche d’un nouvel équilibre entre l’État stratège et les forces du marché. La deuxième tient au passage du rôle prééminent des activités industrielles vers les services, et particulièrement les nouvelles technologies. La troisième transition est liée au renforcement du rôle de la demande interne et aux liens avec les marchés internationaux comme locomotive de la croissance. En dépit des difficultés que ces transitions incontournables génèrent, les pays du Sud sont plutôt optimistes quant à leur capacité à les conduire et à inventer ainsi de nouvelles trajectoires de développement. C’est d’autant plus vrai que les dernières projections effectuées par ce réseau montrent que les émergents devraient représenter près de 70 % de l’économie mondiale en 2050 !

Face au désenchantement des puissances économiques traditionnelles et à leur incapacité à inventer de nouvelles sources de croissance et de richesse, c’est plutôt la volonté et l’énergie qui l’emportent dans le monde des émergents. Une différence d’attitude significative du basculement du monde en cours et à venir.

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