L’Afrique doit défendre ses communications par satellite

L’ouverture des fréquences en bande C aux acteurs de téléphonie mobile serait une mauvaise nouvelle pour les opérateurs satellitaires comme pour l’Afrique.

En novembre, la Conférence mondiale des radiocommunications, réunie à Genève, va prendre une décision cruciale pour l’Afrique. Celle-ci risque d’affecter son développement, sa sécurité et sa capacité à accéder aux technologies du XXIe siècle. Pourtant, peu de personnes ont entendu parler du sujet en question. Il est temps d’informer les Africains pour que la discussion ait lieu au grand jour et que chaque État puisse décider en toute connaissance de cause. Depuis des mois, les opérateurs de téléphonie mobile demandent à pouvoir utiliser un type bien précis de fréquences, les fréquences en bande C. Actuellement, elles sont réservées aux communications par satellite. L’Union internationale des télécommunications devra donc décider si elle autorise ou non les opérateurs mobiles à se servir de ces fréquences.

Au coeur du débat, les communications satellitaires en bande C constituent une ressource précieuse pour l’Afrique. Très robuste, la bande C est adaptée aux spécificités du continent et lui rend des services uniques. Exemple : en cas de catastrophe naturelle, c’est grâce à elle que les communications sont rétablies en quelques heures pour que les organisations non gouvernementales et les agences de sécurité viennent en aide aux populations. Lorsque toutes les infrastructures terrestres sont détruites, lorsque de fortes pluies perturbent les liaisons sur les autres fréquences, la bande C est la seule planche de salut, jusque dans les territoires les plus reculés. La diffusion de la télévision sur le continent repose elle aussi fortement sur la bande C, n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler l’Union africaine des télédiffuseurs. Et que dire de l’accès à Internet dans les zones peu denses, qui ne sont connectées que grâce au satellite. Bref, sans les communications satellitaires en bande C, c’est toute l’expansion de l’Afrique qui sera freinée.

Le continent progresse à pas de géant sur le chemin de la croissance économique et il constitue un moteur pour l’économie mondiale. Peut-on prendre le risque de priver ses entreprises minières ou ses zones pétrolières de communications satellitaires fiables ? Peut-on accepter de pénaliser les échanges interbancaires qui dépendent des liaisons par satellite faute de réseau terrestre suffisamment étendu ? Peut-on priver l’Afrique du meilleur outil de communication existant dans le domaine de la sécurité du trafic aérien ?

Le partage de la bande C entre opérateurs de satellites et de réseau mobile signerait la fin des communications satellitaires sur cette fréquence. En effet, il n’y a pas de coexistence possible entre les deux technologies sur une même bande. Le partage est techniquement impossible parce que les signaux très puissants des opérateurs mobiles noient ceux des satellites, beaucoup plus faibles. Partager reviendrait donc à expulser le satellite, sans le remplacer par une technologie équivalente. C’est un jeu de dupes alors même que les opérateurs mobiles disposent encore d’immenses capacités de déploiement : plus de la moitié du spectre de fréquences disponibles à ce jour n’est pas utilisé, y compris en Afrique…

N’entravons pas son essor ! Ne la privons pas d’un outil qui lui rend un service de qualité à un coût raisonnable. Et donnons à toutes les technologies les moyens nécessaires pour travailler à l’avenir du continent.

Déjà Membre ?

Email : Mot de passe :