Pour commencer AMB N°9

UN AVENIR AFRICAIN

C’est le débat récurrent, y compris dans les boardrooms des entreprises internationales. L’Afrique estelle réellement en émergence ? Est-ce vraiment la Chine ou l’Inde de demain ? Tout récemment, Nestlé, le géant suisse de l’agro-alimentaire, a jeté un sérieux pavé dans la mare : « Nous pensions que ce serait la prochaine Asie, mais nous avons réalisé que la classe moyenne est extrêmement faible et qu’elle ne croît pas véritablement. » Pour anecdotique qu’elle soit, cette information (couplée à la chute des matières premières et la résurgence de la menace jihadiste) illustre une ambiance pour le moins circonspecte. Les analystes soulignent également le peu de résultats de la lutte contre la pauvreté. Le classement des pays africains en termes d’indice de développement humain (IDH) reste consternant. Avec plus d’un demi-milliard d’habitants en dessous des standards minimums d’espérance de vie, d’éducation, de soins… D’autres font valoir que le boom relatif des dernières années n’aura fait que creuser les différences entre une élite déjà installée et la grande masse souvent rurale des « have not ». La gouvernance et la qualité du « personnel politico-économique » restent enfin un point clé préoccupant. Bref, les limites du « miracle africain » sont claires. Mais quelque chose de profond change. L’Afrique semble sortie de la régression et de la paralysie. Après trois décennies d’anomie, la croissance reprend. Certains pays sont à l’avant-garde en matière de création de nouvelles richesses (Côte d’Ivoire, Rwanda, Kenya, Ouganda, Tanzanie, Éthiopie, etc.). Et surtout, la démographie amène une véritable révolution : l’arrivée en masse de jeunes générations, des bataillons de producteurs et de consommateurs potentiels. Comme le souligne un expert, cette configuration est totalement inédite. Et c’est certainement l’une des clés de l’avenir africain.

LA TUNISIE EN URGENCE

Le massacre de l’hôtel Imperial Marhaba à Sousse, le 26 juin dernier, a choqué la nation et le monde entier. Au-delà de l’émotion, la facture économique sera très très lourde. La saison touristique, déjà très compromise, est définitivement morte. Et les années qui viennent n’augurent rien de bon pour un secteur qui représente plus de 7 % du PIB du pays, mais qui était déjà chroniquement malade. 450 000 personnes vivent plus ou moins directement du tourisme et leurs conditions de vie sont sérieusement menacées. La situation va donc aggraver un mal endémique de la société tunisienne : les inégalités, le sous-emploi et la marginalisation des nouvelles générations. Un mal endémique déjà à l’origine de la révolution de janvier 2011. Quatre ans plus tard, rien n’a changé ou presque. La bombe sociale est toujours en place. Quelques chiffres pour l’illustrer : le taux de chômage global est, disons, de 15 %. Probablement beaucoup plus si l’on compte les gens qui travaillent épisodiquement. Trois gouvernorats affichent un taux à plus de 25 % : Jendouba (25,6 %), Tataouine (25,8 %) et Gafsa (26,2 %). Près de 20 % des 19-25 ans n’ont strictement aucune activité. Près de 100 000 jeunes âgés entre 15 et 19 ans ne sont ni scolarisés, ni en formation professionnelle, ni insérés dans le marché de l’emploi. Le nombre de chômeurs diplômés s’élève à plus de 30 % (disons 600 000 personnes)… Sauver la Tunisie, c’est aussi prendre la mesure de ce désastre. Il faut de la croissance, des investissements, des partenariats, du business, des réformes, mais le volet social, inclusif, la notion de partage et de solidarité doivent être au centre du projet et de chaque projet. Pour longtemps.

RICHESSE…

C’est le très « capitaliste » Fonds monétaire international (FMI) qui le dit. Dont acte. Contrairement à ce que propose la théorie libérale du « ruissellement » (trickle down), l’accroissement de la fortune des « plus riches » finit par nuire à la croissance au lieu de la soutenir. Pour simplifier, une augmentation des revenus des tranches les plus favorisées entraîne moins de points de croissance que l’augmentation des revenus des « plus pauvres ». Ou ceux des « classes moyennes ». La globalisation financière, les progrès technologiques « favorisent » plus encore les « privilégiés ». Or, la concentration de la richesse est déjà spectaculaire. La moitié de la fortune du monde est détenue par 1 % de la population. On se dit que les inégalités sont loin d’être uniquement un thème de débat économétrique. Et que de telles différences à l’échelle de l’humanité auront forcément des conséquences politiques.

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