Pour commencer AMB N°16

LA MARCHE DU MONDE (1)

À vivre en Occident, en Europe, en France, on s’habitue au déclinisme, à la perception d’un monde secoué par les crises, la montée des périls, l’affaiblissement des démocraties, le populisme, la croissance zéro, les délocalisations, le péril russe, chinois, djihadiste, le désastre environnemental version fin du monde, les grandes migrations, etc. Le prisme des sociétés riches soumises à un fort stress de changement est déprimant. Et déformant. Si l’on ouvre la focale, si l’on voyage, si l’on prend de la hauteur, on peut « lire » une vérité plus complexe : l’humanité, prise comme un ensemble, ne s’est jamais aussi bien portée. Elle n’a jamais été aussi riche. Elle a ouvert les portes du progrès à ses habitants les plus pauvres, entraînant l’émergence de classes moyennes aux quatre coins de la planète. Une humanité dont la santé s’est améliorée de manière fulgurante, où l’on vit de plus en plus vieux. Où la violence globale diminue, celle de masse (guerres, génocides) comme celle liée aux multiples criminalités (homicides, viols, etc. ). Et où la démocratie progresse. L’alphabétisation massive des humains est également en marche. En 1900, seuls 20 % de nos ancêtres savaient lire. Aujourd’hui, nous sommes plus de 80 %. Une humanité, enfin, qui a pris conscience des défis écologiques qui la menacent. Et qui cherche un nouveau modèle de croissance et de production. Il y a des limites à cette lecture, en particulier en Afrique, où les progrès sont moins rapides, où le niveau de vie baisse souvent dans des pays mal gouvernés. Mais là aussi, structurellement, les choses changent. Surtout, l’espérance de vie augmente. Dans certains pays, elle a progressé de dix ans en moins d’une décennie. C’est unique.

LA MARCHE DU MONDE (2)

Partout dans le monde riche se multiplient les demandes de statu quo, de protection, de « gel des situations ». Elles cherchent à répondre au grand malaise de « l’homme blanc » par un populisme protecteur et probablement illusoire. Les barrières ne protègent pas du déclin, ni du changement, ni des idées, ni de la créativité et du dynamisme des « autres ». D’ailleurs, un temps, les Arabes et la Chine ont été les maîtres du jeu, avant de s’effondrer à l’abri de murs de certitudes qu’ils pensaient infranchissables… Notre époque est celle des ruptures profondes, des changements, de la fin d’un long cycle, né de la révolution industrielle. Savoir, travail, production, information, technologie, écologie, des pans entiers de notre écosystème se transforment radicalement, et vite, sans que l’on puisse véritablement définir la portée de ces mutations. La digitalisation va proposer un accès inouï (et désordonné et inégalitaire) à l’information. Dans le domaine médical, des êtres humains travaillent sur l’immortalité, sur les implants et les greffes, et on s’approche des mystères originels de la cellule. Dans les bureaux d’études des constructeurs automobiles mais aussi aéronautiques, on travaille sur les modes de transport de demain. D’ici vingt ans sans doute, le fameux moteur à explosion rendra l’âme. Poussé dans la tombe par la technologie de plus en plus performante des batteries et du stockage de l’énergie électrique. Ce sera définitivement la fin d’un monde. Et le début d’un autre. Les nations pauvres, émergentes, en développement, doivent s’accrocher du mieux possible, chacune à sa mesure, aux wagons et investir dès maintenant dans l’éducation, la recherche, s’associer à des projets high-tech, porteurs d’avenir. C’est leur croissance, leur place dans le futur qui est en jeu.

LA MARCHE DU MONDE (3)

Fascinant, dans ce contexte, d’écouter ces hommes et ces femmes politiques promettre monts et merveilles à leurs citoyens, des réformes, des baisses d’impôts, de la croissance, du développement, sans jamais évoquer la réalité d’un monde où les interdépendances sont de plus en plus complexes. Et où les ruptures technologiques bouleversent les données. La capacité réelle d’un président à agir sur les choses est finalement modeste. Et c’est encore plus valable pour nos pays, plus fragiles, moins riches… Le chef africain est certainement chef dans son village, mais son village fait partie du vaste monde. Pour avoir une chance de prendre le train de demain, la clé, la première, l’incontournable, sera celle de la bonne gouvernance : éducation, promotion de l’intelligence, investissements, justice, transparence… Dans ce contexte bouleversé, l’Afrique devra jouer finement entre dangers et opportunités. Elle a des cartes en main, elle représente un potentiel immense au moment où l’on cherche de nouveaux débouchés. Elle peut être là, au coeur du monde en marche, à condition de choisir les bonnes politiques.

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