Les précurseurs panafricains

Alors que les investissements des banques occidentales en Afrique ralentissent, plusieurs institutions « locales » ont décidé de faire du continent leur zone d’expansion stratégique. Tour d’horizon de ces nouveaux banquiers « globaux ».

Standard Bank Group Le numéro 1

QUATRE BANQUES MÈNENT LE JEU EN AFRIQUE DU SUD, et, parmi elles, une les domine toutes par le nombre d’actifs : Standard Bank. En 2012, le groupe, créé en 1862 par son homonyme britannique avant de devenir entièrement sud-africain en 1987, a une fois encore réalisé des performances solides dans presque tous ses secteurs d’activité, malgré le contexte difficile de crise. « Les facteurs négatifs sont évidents dans la banque de financement et d’investissement, où les revenus chutent de 13 %, indiquait en février dernier Jacko Maree, alors directeur général du groupe. D’un autre côté […], notre ambition de maintenir notre position en Afrique du Sud et de croître dans nos marchés ciblés a porté ses fruits. » Les revenus des opérations africaines de Standard sur le continent (hors Afrique du Sud) ont ainsi augmenté de 38 %. Dans le même temps, afin de diminuer ses pertes hors du continent et d’y devenir profitable, l’institution a réduit ses actifs en Russie, en Turquie et en Argentine, encaissant 800 millions de dollars, et a restructuré ses activités au Brésil. Mais elle ne met pas un trait sur son expansion hors Afrique. D’autant que, depuis 2008, elle est alliée à la plus grande institution financière du monde en termes de capitalisation boursière, la Banque industrielle et commerciale de Chine (ICBC), qui a acquis 20 % de son capital pour environ 5,5 milliards de dollars. Cette alliance permet déjà à Standard Bank de conseiller des opérations de fusion-acquisition entre entreprises chinoises et africaines pour plusieurs milliards de dollars.

Attijariwafa Bank Le modèle Sud-Sud

ELLE A SIGNÉ EN MARS DERNIER SON ENTRÉE sur le marché togolais en reprenant, devant Ecobank et pour environ 19 millions de dollars, 54 % du capital de la Banque internationale pour l’Afrique au Togo (BIA Togo). En huit ans, Attijariwafa Bank s’étend ainsi dans son onzième pays d’Afrique francophone. Et le chantre de la coopération Sud-Sud, qui a organisé en 2012 son second Forum Afrique développement, ne devrait pas en rester là. Selon son PDG, la première banque marocaine, avec 23 % de part de marché, a investi près de 1 milliard de dollars dans l’extension du groupe depuis cinq années et devrait en investir autant dans les cinq prochaines. Mohamed El Kettani cite pêle-mêle sa volonté de s’implanter au Niger et au Bénin, pour compléter la toile tissée en Afrique de l’Ouest, mais aussi au Tchad, en Guinée équatoriale, en Angola ou en Égypte ! Au Maroc comme ailleurs en Afrique, Attijariwafa Bank, créée en 2003 de la fusion entre Wafabank et la Banque commerciale du Maroc, veut encourager la démocratisation des services bancaires au profit des ménages à faibles revenus et des petites entreprises. Néanmoins, si elle a érigé 530 nouvelles agences en 2012, 478 l’ont été sur son propre sol contre seulement 52 hors de ses frontières. La banque de détail à l’international a réalisé en 2012 une hausse de 13 % de sa participation au produit net du groupe. Son patron, qui souhaite un retour sur fonds propres de 15 à 22 %, indiquait en janvier dernier à l’hebdomadaire Jeune Afrique que la rentabilité d’Attijariwafa Bank à l’étranger est « intéressante, mais pas encore à la hauteur de [ses] ambitions ».

BMCE L’ambitieuse

« LES OPPORTUNITÉS SONT INCOMMENSURABLES pour les trente années à venir en Afrique. Il faut savoir les saisir », assurait en janvier dernier Othman Benjelloun, le PDG de la Banque marocaine du commerce extérieur. Troisième banque du pays, BMCE Bank est un acteur de plus en plus ambitieux sur le continent, notamment depuis sa prise de contrôle en 2010 du groupe Bank of Africa (68 % des actifs en 2012). Le groupe Euromoney lui a remis le prix de la meilleure transaction 2012 dans les transports en Afrique pour le pont Henri-Konan-Bédié, à Abidjan. Pour profiter des futures opportunités, elle aimerait s’entourer de partenaires. Premier pas en avril 2012 : la signature d’un accord de financement des PME au Maroc avec la China Development Bank pour un montant global de 200 millions de dollars. Dans le même temps, BMCE, qui restructure ses activités en Europe afin d’y réduire ses pertes, est bénéficiaire pour la première fois à Londres en 2012. Elle a levé près de 293 millions de dollars depuis la fin de l’année dernière, quelques mois après que sa note a été dégradée par Moody’s, qui lui reprochait son faible niveau de capitaux propres ainsi qu’une expansion africaine « rapide » et « porteuse de risque ». Reste qu’en 2012 la contribution des activités africaines au résultat net du groupe, après une première hausse en 2011, a encore augmenté de 30 %.

Bank of Africa La doyenne

C’EST LA PREMIÈRE BANQUE « TOUT PUBLIC » à vocation panafricaine. Née en 1982 au Mali, la BOA veut contribuer au développement du continent à une époque où le marché est essentiellement composé de banques internationales tournées vers les grandes entreprises et de banques publiques à la gestion plus que hasardeuse et au final désastreuse. Présente dans 15 pays, elle a vu en 2010 l’un de ses actionnaires, la BMCE, prendre son contrôle. Depuis, Mohamed Bennani a remplacé son patron et fondateur, Paul Derreumaux, resté président d’honneur. Le groupe gère ses filiales de façon saine et prudente, tout en étudiant les possibilités d’extension. Ainsi il a annoncé l’ouverture d’une filiale au Togo, en 2013. En février 2011, la BOA avait fait son entrée au Ghana en devenant majoritaire dans le capital d’Amalgated Bank (Amalbank).

Equity Bank Cap sur l’innovation

DEUXIÈME ÉTABLISSEMENT bancaire kényan, modèle d’innovation tourné vers les ménages et les PME, Equity Bank a des ambitions régionales parmi les plus élevées dans l’Est. Créée en 1984 en tant qu’institution de microfinance, elle est devenue une banque commerciale cotée à Nairobi et à Kampala. Elle contribue néanmoins toujours au développement des très petites entreprises, qui comptent pour 45,5 % dans son portefeuille de prêts. Equity Bank a largement participé, depuis six ans, à la multiplication par plus de quatre du nombre de comptes ouverts au Kenya. La banque s’est pour cela alliée, en 2010, à l’opérateur de téléphonie Safaricom afi n de créer M-Kesho, trois ans après le lancement de M-Pesa, permettant d’effectuer des opérations de transfert d’argent avec un mobile. Grâce à M-Kesho, les clients accèdent à la microépargne, à la microassurance et à nombre d’autres services bancaires. « Lorsque les comptes M-Pesa seront liés à Equity, nous serons le pays le plus bancarisé d’Afrique et du monde en développement », avait prévenu James Mwangi, philosophe, sociologue et patron du groupe. La banque continue son expansion en connectant les pays où elle est présente à travers une plateforme informatique très efficace. Son but, en partenariat avec Mastercard ou avec le chinois Union Pay : devenir un guichet unique pour les services financiers dans la région.

Ecobank Un géant en construction

CRÉÉ EN 1985, Ecobank Transnational Incorporated (ETI) est le groupe africain présent dans le plus grand nombre de pays, 37 au total (dont 33 sur le continent), depuis qu’il a ouvert en janvier dernier une filiale en Guinée équatoriale. Il n’est pas étonnant qu’au contraire de ses rivaux marocains la maison mère, ETI, ne soit plus dans une phase d’expansion géographique, mais de consolidation de ses acquisitions récentes. Il faut dire que ces dernières années ont été prolifiques. La seule intégration en 2011 de la banque nigériane Oceanic Bank, acquise à 100 %, a permis d’augmenter son bilan de 64 %. Le groupe, basé au Togo et coté en Bourse à Abidjan, Lagos et Accra, a ainsi grimpé du quatrième au deuxième rang des banques d’Afrique de l’Ouest. De la même façon, le rachat de Trust Bank au Ghana, finalisé en janvier 2012, lui a permis de devenir numéro 1 sur le marché local par le total de bilan. Conséquence du rachat de ces deux banques ouest-africaines, Ecobank a enregistré en 2012 ses meilleurs résultats depuis sa création. Pour réaliser ces opérations, le groupe s’était vu accorder un prêt de 285 millions de dollars sur trois ans par Nedbank, avec une possibilité de convertir ce prêt en parts de capital. La banque sud-africaine a annoncé en février dernier qu’elle allait exercer ce droit et devenir son principal actionnaire, devant Public Investment Corporation, structure d’investissement de l’État sud-africain (19,58 % du capital) et la Société financière internationale (14,1 %). Une phase gérée par Thierry Tanoh, le nouveau directeur général d’Ecobank.

Afriland First Group Objectif UEMOA

DEUXIÈME GROUPE BANCAIRE D’AFRIQUE CENTRALE derrière le gabonais BGFI Bank, Afriland a été créé en 1987 au Cameroun sous le nom de Caisse commune d’épargne et d’investissement. Il s’est lancé pour la première fois hors de ses frontières en 1994 en ouvrant une filiale à Malabo, devenue aujourd’hui le leader local, et une en Zambie. Après s’être étendu aux deux Congos, c’est désormais vers l’ouest que le groupe regarde. Présent depuis 2011 au Liberia, il a ouvert une filiale en Guinée en 2012 et ambitionne d’entrer dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) dès 2013. Après avoir vu son offre de reprise de la Banque togolaise pour le commerce et l’industrie rejetée, Afriland n’attend plus que l’autorisation de l’UEMOA pour reprendre la filiale ivoirienne de la nigériane Access Bank.

United Bank for Africa Retour en force

LE MAGAZINE THE BANKER, DU GROUPE FINANCIAL TIME, l’a élue en novembre dernier « banque africaine de l’année ». Une juste récompense pour la plus panafricaine des institutions financières nigérianes, qui compte 7,2 millions de clients dans 20 pays du continent. Troisième établissement du Nigeria par le nombre d’actifs, après une fusion réussie en 2005 avec la Standard Trust Bank puis la reprise de Continental Trust Bank Limited, elle est partie à l’assaut du continent et a développé ses activités dans 19 autres pays, dont la moitié est francophone. En 2012, « UBA est à nouveau très rentable, a commenté The Banker. Son rendement des capitaux propres au cours de la période a été de 27 %, bien supérieur à celui de la plupart des concurrents locaux. Et ses actions ont grimpé de 90 % ». Une réussite « en lien avec la ferme décision prise par les administrateurs de la banque de nettoyer leur portefeuille de prêts », selon le DG du groupe, Phillips Oduoza. Le système bancaire nigérian a été secoué depuis une demi-douzaine d’années par une crise des crédits à risques portés par les plus grandes institutions. Dans ce contexte, UBA avait déjà indiqué en 2011 avoir réduit ses prêts non performants de 19 % à 8 %.

BGFI Bank L’option « haut de gamme »

TOUT VA BIEN POUR LE NUMÉRO 1 DE LA BANQUE EN AFRIQUE CENTRALE. Née en 1971 d’un partenariat entre des investisseurs privés gabonais et la Banque de Paris et des Pays-Bas, la Banque de Paris et des Pays-Bas Gabon ne devient la Banque gabonaise et française internationale (BGFI) que vingtcinq ans plus tard. Elle a, durant ces années, creusé son marché, avant de se lancer, au début des années 2000, à la conquête des pays voisins sous la houlette de son actuel PDG, Henri- Claude Oyima, en commençant par la République du Congo. Aujourd’hui présente sur 9 marchés africains, elle souhaite porter ce chiffre à 18 à l’horizon 2015. Après le Cameroun et le Bénin, en 2010, le groupe a ouvert une filiale sur le marché ultraconcurrentiel ivoirien (plus de 20 groupes bancaires) en janvier 2012, afin d’en faire une base pour son développement en Afrique de l’Ouest. São Tomé-et-Príncipe a suivi quelques semaines plus tard. BGFI, qui se présente comme la banque des grandes entreprises, des PME-PMI performantes et des « particuliers haut de gamme », réalise déjà 41 % de ses revenus hors du Gabon. En 2011, son bilan avait déjà atteint 2 284 milliards de F CFA (4,5 milliards de dollars), dépassant un palier de 2 000 milliards de F CFA attendu seulement pour 2015.

Banque centrale populaire L’axe Casa-Abidjan

NUMÉRO 2 MAROCAIN et neuvième groupe bancaire africain, BCP est le premier collecteur d’épargne du pays (+5,6 % à 17 milliards de dollars), avec 27,9 % de part de marché en 2012. La banque publique est également numéro 1 en ce qui concerne le volume des dépôts des Marocains de l’étranger (+4,5 % à environ 8,5 milliards de dollars), avec une part de marché encore plus substantielle de 52,7 %. C’est pour « renforcer son rayonnement et son ancrage dans le continent africain » que la banque, déjà présente en Guinée, en Centrafrique et en Mauritanie, a étendu en juin 2012 son influence à 7 pays de la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) en s’alliant à Atlantic Financial Bank. Mohamed Benchaaboun, son PDG, parvient à rattraper une partie de son retard sur Attijariwafa Bank et BMCE en une seule opération. « L’accord conclu permet à la BCP d’assurer la gestion courante de la holding commune et des filiales », indiquait Mohammed Agoumi, le nouveau directeur général des activités internationales de BMCE Bank, à l’hebdomadaire Jeune Afrique.

Groupe Banque Atlantique Une stratégie d’alliance

CRÉÉE EN 1978 EN CÔTE D’IVOIRE, LA BACI (Banque Atlantique Côte d’Ivoire), l’« ancêtre » du groupe Banque Atlantique, a connu de nombreux soubresauts avant de stabiliser son actionnariat auprès de son actuel PDG, Bernard Koné Dossongui. Entre 2005 et 2006, le groupe pénètre dans 6 marchés d’Afrique de l’Ouest, mais doit vite assainir ses comptes. En 2010, gage de sérieux, il fait entrer la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) dans son capital à hauteur de 10,7 %. Depuis, « la Banque Atlantique a atteint un niveau d’envergure tel qu’il fallait changer d’échelle. C’est la raison pour laquelle, ces trois dernières années, nous avons travaillé à la recherche d’un partenaire », expliquait Koné Dossongui en octobre dernier au Premier ministre ivoirien, au moment de lui présenter son nouvel actionnaire majoritaire. Après deux échecs avec le fonds d’investissement américain Intangis Holdings, puis avec le français Banque populaire-Caisse d’épargne, c’est finalement avec le marocain Banque centrale populaire (BCP) qu’il a trouvé un accord en juin dernier. Les deux entités vont créer à parts égales la holding Atlantic Bank International. Le groupe Banque Atlantique apportera ses participations dans ses 8 filiales africaines, sa banque d’affaires et sa société de service informatique, alors que BCP investira l’équivalent en numéraire (environ 131 millions de dollars).

Déjà Membre ?

Email : Mot de passe :