Un repli en ordre plus ou moins dispersé…

Un repli en ordre plus ou moins dispersé…

La plupart des banques européennes, obligées de renforcer leurs ratios prudentiels à cause de la crise, réduisent la voilure. Une position d’attente qui souligne tout de même la montée en puissance des acteurs nationaux et de ceux des pays émergents.

La crise économique et financière avait déjà fait mal à beaucoup de banques européennes. La crise de la dette de la zone euro, à travers le phénomène du deleveraging le désendettement, les concerne toutes. Les nouvelles régulations bancaires, dites de Bâle 3, qui entreront en vigueur en 2014, les contraignent à améliorer leur solvabilité et leurs liquidités en ajustant leurs fonds propres en fonction de leurs actifs ou en réduisant la taille de leurs bilans. Conséquence : certaines se séparent de leurs « actifs non stratégiques ». Dans son rapport sur la stabilité financière globale publié en avril 2012, le FMI a estimé que les banques de la zone euro allaient diminuer leurs bilans de 2 600 milliards de dollars (2 000 milliards d’euros) au cours des dix-huit mois suivants. José Viñals, le directeur des marchés monétaires et des capitaux de l’institution internationale, avait indiqué que la région la plus durement frappée serait l’Europe émergente (Europe de l’Est, Grèce, Turquie…), tout en ajoutant que d’autres marchés émergents seraient touchés. Plusieurs banques françaises ont vendu depuis plus d’un an leurs actifs dans les banques de grands pays africains (Égypte, Afrique du Sud) afin de dégager des gains conséquents.

En décembre dernier par exemple, Société générale a cédé ses parts (77 %) dans la banque d’affaires égyptienne National Société générale Bank (NSGB), 24e en Afrique (classement Jeune Afrique) en 2011. L’heureux acheteur ? Qatar National Bank, qui a acquis les parts pour près de 2 milliards de dollars. La banque française, toujours présente dans 16 pays africains, cherche aussi à se séparer de ses participations (52,24 %) dans la Société générale de banques en Guinée équatoriale (SGBGE). Le même mois, BNP Paribas a annoncé la cession de sa participation de 95,2 % dans BNP Paribas Egypt, 77e banque africaine avec 2,67 milliards de dollars de bilan, à Emirates NBD pour près de 500 millions de dollars. « Nous ne nous retirons pas de la région [BNP Paribas est encore présent dans 11 pays en Afrique NDLR], nous voulons conserver une présence mondiale », a tenu à préciser Jean- Christophe Durand, le directeur général du numéro 1 français pour l’Afrique et le Moyen-Orient, début mars, à l’agence de presse Reuters. « L’Afrique sera une région de croissance et nous investirons avec prudence pour saisir des opportunités », a-t-il ajouté, indiquant vouloir mettre l’accent sur le conseil dans des pays à fort potentiel comme le Nigeria ou le Maroc. De son côté, Crédit agricole avait annoncé dès novembre 2011, « contraint par le contexte mondial », devoir fermer sa filiale sud-africaine, pourtant rentable (2,3 milliards de dollars de bilan). Trois ans plus tôt, elle avait cédé à Attijariwafa Bank ses actifs dans 5 pays subsahariens, tout en renforçant sa position au Maroc. Alors, les banques européennes sont-elles sur le départ ?

« Je pense que la situation égyptienne ne peut pas être comparée avec celle du reste du continent, étant donné l’instabilité socio-économique dans le pays qui pourrait expliquer l’aversion accrue au risque des banques européennes », relativise Thorsten Beck, professeur d’économie à l’université de Tilburg, aux Pays-Bas, et coauteur en 2011 du rapport « Financer l’Afrique : au-delà de la crise ». « Compte tenu de la forte liquidité des banques en Afrique, poursuit- il, y compris des filiales de banques européennes, je ne vois pas de risque immédiat. Cependant, je continue de penser que la tendance à long terme sera vers une moindre importance des banques européennes, au bénéfice des institutions régionales et des banques des autres pays émergents, dont la Chine. » Barclays Egypt a annoncé en avril dernier vouloir travailler « dans le long terme » dans le pays, où elle va augmenter son réseau d’agences de 10 % en 2013 et offrir des services de banque islamique. En décembre, le numéro 2 britannique s’était déjà rapproché de sa filiale sud-africaine, ABSA (62,3 % du capital), pour créer une banque panafricaine dans 10 pays, comptant 14,4 millions de clients, 1 300 agences et 43 000 collaborateurs.

DES CONCENTRATIONS BANCAIRES PROFITABLES ?

EN EUROPE et aux États-Unis, la naissance de champions nationaux de la banque puis leur sortie à travers des fusions transfrontalières (Citicorp et Travelers deviennent Citigroup en 1998, BNP et Paribas fusionnent en 1999, HSBC avale CCF en 2000…) datent du début des années 1990. Le nombre d’établissements bancaires aux États-Unis est ainsi passé de 15 000 à 8 300 entre 1990 et 2008, avec des actifs à gérer toujours plus importants (13 574 milliards de dollars en 2008 contre 7 635 en 2001). C’est pire en Europe (Union monétaire à 13), où un peu plus de 6 100 banques géraient 28 312 milliards d’euros en 2008 contre 18 900 en 2003. En France, les cinq premières banques concentraient en 2007 52 % du total bilan du secteur, contre 40 % en Grande-Bretagne et en Espagne et 22 % en Allemagne, pour une moyenne européenne de 44 %. À qui cela profite-t-il ? Si la banque est cotée en Bourse et que le marché réagit bien au rapprochement de banques, les principaux gagnants sont les actionnaires. « Les effets sur le bien-être des clients sont incertains, sinon ambivalents, estime Jézabel Couppey- Soubeyran, maître de conférences en sciences économiques à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et conseillère au Conseil d’analyse économique, dans l’ouvrage Monnaie, banques, finance (PUF). Étant donné que ces opérations de restructuration participent à une réduction significative de la concurrence, les entités issues de ces opérations bénéficient d’un plus grand pouvoir de marché et sont donc à même de réaliser, aux dépens de leurs clients, des marges plus importantes. Les économies d’échelle servent davantage à restaurer les marges qu’à réduire le prix des services. » La concentration s’est accrue en Europe, après 2008, quand les banques sorties épargnées de la crise ont racheté leurs concurrentes en difficulté.

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