PME : Le casse-tête du financement

Pour améliorer l’accès au crédit des petites entreprises, certains pays comme le Sénégal relancent la mise en place de banques publiques dédiées. Les observateurs nationaux, déçus par les échecs du passé, ne demandent qu’à y croire.

Créée en 2011, la Banque nationale pour le développement économique (BNDE) veut contribuer à régler l’un des problèmes de l’économie sénégalaise, qui est également celui de la plupart des pays africains : le financement des PMEPMI. Alors que ces dernières constituent la base du tissu économique local et du marché de l’emploi, elles sont limitées dans leur croissance par les difficultés d’accès aux capitaux. « Les PME qui existent depuis quelques années fonctionnent bien et ne rencontrent pas trop de difficultés pour accéder aux crédits bancaires, précise Mactar Niang, secrétaire général du Syndicat patronal de l’Ouest africain des PME-PMI [Sypaoa, NDLR]. Mais pour les jeunes entreprises, qui n’ont par définition pas encore pu dégager de moyens, c’est une autre histoire, car les banques réclament des garanties. Des efforts sont déjà faits, via l’Adepme [Agence de développement et d’encadrement des petites et moyennes entreprises] et d’autres mécanismes, mais les résultats sont minimes. Les prêts sont presque insignifiants, ils représentent souvent un dixième des sommes demandées. »

Pour remporter son pari, la BNDE, qui espère rapidement recevoir son agrément de la part de la BCEAO pour commencer ses activités, devrait être soutenue par le Fonds souverain d’investissement pour le financement des PME-PMI (Fonsiv). Cet organisme, que les pouvoirs publics sont également en train de mettre sur pied, devra prêter aux banques, notamment à la BNDE, à des taux stables d’environ 6 %, afin que ces dernières puissent à leur tour prêter aux PME. Ces dernières devront à leur tour solliciter un fonds de garantie également en cours de création. Si les banques, qui disposent pourtant d’importantes liquidités, débloquent peu de prêts aux PME, c’est aussi en raison du manque d’informations dont elles disposent à leur propos. En travaillant de concert, la BNDE et Adepme, qui ont signé en février dernier une convention de partenariat, veulent pouvoir « labelliser » ces entreprises en créant un système de notation et de cotation des PME permettant d’évaluer leur solvabilité, d’apprécier le risque lié au crédit et d’améliorer l’information les concernant. « Une entreprise qui est labélisée pourra avoir accès facilement aux financements et bénéficiera d’un taux préférentiel », a expliqué Thierno Seydou Nourou Sy, directeur général de la BNDE, à l’occasion de la signature du partenariat. « Les PME qui, aujourd’hui, ne représentent que 16 % du portefeuille des banques trouveront en la BNDE un interlocuteur dédié […] investi dans son rôle de facilitateur », a promis Ngouda Fall Kane, le représentant du ministre de l’Économie et des Finances.

Le procédé convainc-t-il ceux qu’il doit aider ? « Nous attendons de voir. C’est tellement facile de promettre », répond un Mactar Niang sur ses gardes. Cela fait dix ans que le précédent gouvernement a lancé un plan d’actions sur la Concertation nationale sur le crédit (CNC) qui ne satisfait pas les PME. C’est d’ailleurs dans son cadre que le processus de labellisation a été lancé en 2011. En février 2012, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a souscrit au capital social de la BNDE à hauteur de 1 milliard de F CFA, soit 10 % du capital. Le Sénégal en est actionnaire majoritaire, à hauteur de 62,5 %, mais il a lancé en mars dernier un processus de cession de 37,5 % de ses actions, de préférence au secteur privé national.

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