3 questions à Patrick Lucas : « Nos entreprises savent se différencier »

3 questions à Patrick Lucas : « Nos entreprises savent se différencier »

« Nos entreprises savent se différencier »

AM : Comment s’illustre la présence économique française en Afrique ? Est-elle en recul ?

L’une des principales caractéristiques de la présence des entreprises françaises sur le continent est qu’elle est diversifiée, et d’abord sur le plan sectoriel. L’Afrique, est-il besoin de le rappeler, dispose d’importantes ressources naturelles. Quant à l’agriculture, le potentiel est là mais encore sous-exploité. La mise en valeur de toutes ces richesses, lorsqu’elles sont bien gérées, constitue un formidable levier de croissance et de développement pour le continent. L’autre axe majeur concerne les infrastructures et l’énergie. Et, là encore, les Français peuvent faire la différence en apportant un savoir-faire reconnu partout dans le monde, savoir-faire qu’ils savent adapter et transmettre. Aujourd’hui plus encore qu’hier, le continent a une vocation à commercer avec le monde. De fait, le secteur des transports et de la logistique est stratégique. J’ajouterai que les entreprises françaises ont, depuis bien longtemps, compris que le potentiel de l’Afrique se trouve également dans sa population, qui croît, qui s’urbanise, qui consomme. Et c’est à ce niveau que se concentrent les principaux défis que le continent dans son ensemble devra relever pour se développer de façon durable. Enfin, les entreprises françaises sont convaincues de la nécessité de développer des capacités de transformation locale, notamment dans l’agro-industrie. Diversification de la présence française donc d’un point de vue sectoriel, mais aussi sur le plan géographique. L’Afrique francophone est bien sûr une zone avec laquelle les entreprises françaises entretiennent des relations d’affaires importantes. Cependant, tout en restant des partenaires de référence, nous ne sommes pas exclusifs. C’est ainsi que les pays africains s’ouvrent à de nouveaux partenaires, notamment émergents. Enfin, notre présence économique se renforce en Afrique de l’Est et en Afrique australe.

La crise est-elle un argument supplémentaire pour investir davantage sur le continent ?

L’Afrique est sans aucun doute une opportunité pour les entreprises qui voient leur activité ralentir avec la crise. Mais ce n’est pas un eldorado. C’est un marché complexe à appréhender : il n’y a pas une Afrique mais des Afrique. Une approche par ensembles sous-régionaux s’impose. Une adaptation de l’offre et de l’organisation de l’entreprise est parfois nécessaire. Et malgré les importants progrès de la décennie passée, les entreprises doivent avoir conscience que l’environnement dans lequel elles évoluent peut être complexe, parfois instable. Mais n’est-ce pas propre à tous les pays émergents et en développement ? Il faut aborder sans complexe la question de la perception du risque africain, et sans doute avec plus de finesse aussi. C’est nécessaire pour ne pas prendre de retard et investir dans les zones de croissance, dans le bon timing.

Comment faire la différence sachant que la concurrence est de plus en plus importante, notamment celle des pays émergents ?

L’Afrique est de plus en plus convoitée. Mais il faut être confiant. Nous ne nous sentons pas menacés. Il ne faut pas raisonner avec la théorie de la rareté : la consommation est dynamique, les classes moyennes vont émerger… Il y a tant à faire. Les entreprises françaises ont, je le répète, une expertise reconnue dans beaucoup de domaines qui sont importants pour le développement économique du continent. Elles forment, elles transfèrent les compétences et les technologies, elles s’engagent sur le long terme et n’hésitent pas à proposer le meilleur : l’innovation qui est aujourd’hui insuffisamment valorisée, notamment dans les marchés publics et les projets financés par les bailleurs de fonds. Bref, les entreprises françaises savent se différencier. Et lorsque les règles sont claires et que les standards de sécurité, de qualité ou encore de contenu local sont respectés, les entreprises françaises sont compétitives.

Président du comité Afrique du Medef International et président de Gras Savoye.

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