Pour commencer AMB N°1

Une grande aventure

Un ami journaliste me regarde avec étonnement. « Vous voulez lancer un nouveau magazine de presse écrite alors que le secteur est quasiment à l’agonie et qu’internet bouleverse entièrement les habitudes de lecture! » Oui, voilà, c’est exactement cela. Notre entreprise, éditrice du mensuel Am, Afrique magazine, prend le pari de la diversification. Avec une nouvelle publication consacrée à des sujets essentiels pour notre avenir : l’économie, le développement, les entreprises, les projets, la croissance, et les débats qui vont avec...

Vous tenez donc entre vos mains le premier numéro d’AMB, Afrique Méditerranée Business (digne successeur des hors-séries business de 2011 et 2012). Un magazine trimestriel haut de gamme. Le moment est idéal. Notre zone, la grande Afrique, celle du Nord, de l’Ouest, du Centre, de l’Est, du Sud, arabophone, francophone, lusophone, hispanophone, est entrée dans une phase de profondes mutations économiques. Pour la première fois depuis des années, on parle d’opportunités, de progrès. Les investisseurs du monde entier se tournent vers le continent, les grands pays émergents multiplient les passerelles africaines. On cherche de nouveaux consommateurs. De grands chantiers d’infrastructures. Et aussi des sources d’approvisionnement en matières premières, en eau, en terres arables... Un nouvel eldorado! Au-delà des beaux discours, l’Afrique est surtout devenue un enjeu, au moment où le reste du monde se trouve confronté à une crise durable et profonde. Dans cette redistribution planétaire, les 54 pays du continent doivent défendre leurs intérêts et leur indépendance économique.

On nous parle de fortunes, de revenus, de croissance, mais les grandes questions demeurent : comment lutter contre la pauvreté? Comment soutenir nos entreprises? financer les infrastructures? le social? Comment nous adapter à une économie globale elle-même soumise à de formidables changements? Nous, Africains, amis et partenaires de l’Afrique, nous allons avoir besoin de repères.

C’est l’objectif d’AMB. L’idée maîtresse consiste à s’éloigner du territoire de l’immédiateté (domaine d’internet) afin de décrypter, d’analyser, de comprendre les enjeux. En allant sur le terrain. En donnant aussi la parole aux entrepreneurs, grands et petits, qui font l’économie d’aujourd’hui comme celle de demain. Aux politiques, qui sont chargés de définir et de poser le cadre. Aux intellectuels, qui doivent stimuler le débat. L’autre approche d’AMB, c’est de relier l’Afrique au monde méditerranéen. Parce que l’Afrique est évidemment méditerranéenne sur toute sa façade nord, avec les grands pays que sont le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Égypte... Mais aussi parce que la Méditerranée sert à la fois de frontière et de passerelle avec l’Europe. Parce qu’elle offre enfin un champ d’opportunités nouvelles, des connexions vers de grands pays comme la Turquie, un chemin vers les émirats du Golfe. L’Afrique et la Méditerranée constituent un ensemble cohérent aux intérêts liés. Avec des femmes et des hommes qui ont une histoire très ancienne et un destin commun. Une zone qu’il faut structurer pour qu’elle pèse vis-à-vis du reste du monde.

Un nouveau magazine, c’est une aventure, un projet au long cours. Nous espérons que vous allez apprécier notre travail et vous approprier ce titre. En faire un outil de travail, de réflexion et de découverte. Nous avons donc besoin de vous, lecteurs, annonceurs, partenaires. Nous avons besoin de votre « input », de vos remarques positives, de vos critiques, de vos propositions. Rendez-vous pour le numéro 2 courant juillet 2013.

Nouveaux mondes

On le dit souvent, nous vivons une époque formidable. Tout change, absolument. Nous faisons face aux effets de la troisième révolution industrielle, celle qui nous propulse à marche forcée vers l’avenir. La globalisation et les technologies ont fait de notre monde un vaste marché, chao- tique, ouvert, interdépendant. En deux ou trois décennies sont apparues de nouvelles puissances comme la Chine, le Brésil, la Turquie (aux portes de l’Europe), l’Indonésie, la Malaisie, l’Inde...

L’Afrique, continent longtemps condamné, sort peu à peu de son isolation. Avec 300 millions de personnes qui peuvent être déjà considérées comme des consommateurs. Deux siècles après le début de l’ère coloniale, un peu plus de soixante ns après les indépendances, le monde de la puissance n’est plus exclusivement « blanc ». La croissance, les marchés, le dynamisme se trouvent de plus en plus dans les pays du Sud, conférant aux deux tiers de l’humanité une influence et un pouvoir jamais atteints. L’Atlantique, océan majeur depuis des siècles, laisse progressivement sa place au Pacifique, devenu le nouveau centre du monde. Notre écologie se déglingue et le système n’est pas prévu pour une planète de 7 milliards d’habitants, dont une grande majorité sera de moins en moins pauvre. Les modes de production, de financement, de travail, les entreprises sont bouleversés par la rapidité et l’immensité des changements technologiques. Toutes les industries, même les plus anciennes, sont touchées. La révolution numérique ne fait que commencer. Demain, les imprimantes 3D vous permettront peut-être de devenir votre propre industriel...

Face à ces vagues multiples, à ces bouleversements, l’Occident paraît tétanisé, l’Europe tout particulièrement. Depuis la fin des Trente Glorieuses (période allant de la fin de la guerre jusqu’au début des années 1970, dopée par la reconstruction et soutenue par des prix de l’énergie dérisoires), l’Europe tente d’échapper à une douloureuse adaptation. Le manque de courage politique, le coût de fonctionnement aberrant du « système », la perte progressive de compétitivité, tout cela se traduit par un endettement massif et un chômage endémique, surtout chez les plus jeunes et les plus âgés. En Europe, on s’est épargné la refondation du modèle par l’excès de crédit. Et en Amérique, on fait payer son train de vie par le reste du monde. La crise actuelle montre que ces logiques sont arrivées à leur terme. Et que l’Occident lui aussi devra faire sa révolution copernicienne s’il veut maintenir sa prééminence sur le monde nouveau...

Et l’Afrique, finalement?

C’est la grande enquête de ce premier numéro : l’Afrique émergente. Le remarquable travail statistique effectué par notre collaborateur Mathieu Pellerin montre le chemin déjà parcouru. Et celui, très long, qui reste devant nous pour parler d’émergence réelle. Surtout si l’on se compare à d’autres, ailleurs, comme l’Indonésie, la Turquie, le Brésil... Ce nécessaire relativisme n’empêche pas de regarder le verre à moitié plein. Jamais, probablement, le continent ne s’est aussi « bien porté » depuis les indépendances. Les taux de croissance sont en hausse, la gouvernance s’améliore. Les trois quarts de nos 54 pays ont un revenu par habitant supérieur à 1000 dollars par an. La scolarisation augmente. Le nombre de conflits baisse. La démocratisation gagne du terrain. Les nouvelles technologies s’implantent rapidement, favorisant la modernisation en aval de pans entiers de l’économie. La prévalence du VIH/sida est en net recul. On sent une énergie, un vent d’optimisme pousser les générations montantes. Pour ceux qui couvrent l’actualité du continent depuis, disons, un moment (en ce qui me concerne, depuis la fin des années 1980), tout cela est réellement nouveau.

Le risque serait alors de s’en tenir là, à cette forme de satisfaction tranquille. Pour émerger réellement, l’Afrique a besoin, au contraire, d’accélérer le rythme des réformes et des changements structurels. La pauvreté reste la norme. Il faut transformer les modes de production, se défaire des économies de rentes pour aller vers la transformation, l’industrialisation et les services. Il faut encourager la jeunesse et la former. Il faut absorber un choc démographique qui pourra se révéler bénéfique (la création d’une grande classe intermédiaire urbanisée) ou cauchemardesque (la naissance d’un immense lumpenprolétariat dans des bidonvilles surpeuplés). Comme souvent, le succès ou l’échec se jouera sur la gouvernance, la transparence, la qualité du leadership. Tout se jouera sur une nouvelle génération de femmes et d’hommes capables de diriger, d’entreprendre, de gouverner et de fédérer.

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